Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de visa de long séjour pour réunification familiale opposée à Mme A... par la commission des recours contre les décisions de refus de visa. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les requérants n'ayant pas démontré de risques personnels et actuels en cas de retour en Afghanistan, et ayant eux-mêmes contribué à la prolongation de leur séparation en déposant tardivement leur demande de visa. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 décembre 2025, Mme B... A... et M. D... F... C..., représentés par Me Angale, demandent au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite de refus de la commission des recours contre les décisions de refus de visas du 20 octobre 2025 rejetant leur recours dirigé contre la décision des autorités consulaires françaises à Téhéran du 23 juillet 2025 refusant un visa de long séjour à Mme A... au titre de la réunification familiale;
2°) d’enjoindre aux autorités consulaires compétentes à délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours suivant la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de visa litigieuse sous les mêmes conditions de délais et d’astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 800 euros hors taxe en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable ;
- la condition d’urgence est satisfaite : elle doit être présumée comme étant satisfaite du fait de la séparation prolongée du couple engendrée par la décision litigieuse, mais également du fait du genre de la requérante et de l’irrégularité de sa situation en Iran, pays dans lequel elle est maintenue du fait de l’impossibilité de regagner l’Afghanistan ; elle est exposée à des risques en cas de retour dans son pays d’origine, en raison de son genre, de son comportement jugé transgressif des normes sociales et religieuses imposées par les talibans, de ses liens avec des ressortissants afghans en exil dans un pays occidental, de son isolement total et de l’absence de soutien en Afghanistan ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Marowski, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». Aux termes de l’'article L. 522-3 de ce code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».
2. Si, pour justifier de l’urgence à suspendre l’exécution de la décision en litige, les requérants font valoir que Mme A... est exposée à un risque d’expulsion vers l’Afghanistan en raison de l’irrégularité de sa situation en Iran, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, d’une part, que l’intéressée aurait sollicité en vain la délivrance ou le renouvellement de son visa en Iran, ni qu’elle y serait soumise à des risques de mauvais traitements, d’autre part, qu’elle serait exposée, en cas de retour en Afghanistan, à des menaces personnelles et actuelles mettant en jeu sa vie ou son intégrité physique, en dépit de son genre. Il n’est pas davantage établi que Mme A... serait isolée en cas de retour dans son pays d’origine. Enfin, si les requérants se prévalent de la durée de séparation, il ressort des pièces du dossier que si M. C... a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire dès le 21 août 2019, un certificat de naissance E... français de protection des réfugiés et apatrides le 6 juillet 2020 et que Mme A... produit un passeport délivré le 23 août 2023, les requérants ont attendu le 3 mars 2025, soit près de six ans après l’obtention par le réunifiant d’une protection internationale, pour solliciter un visa au titre de la réunification familiale, sans expliciter les motifs d’un tel délai d’attente, contribuant ainsi eux-mêmes à la prolongation de la durée de séparation et donc à l’urgence qu’ils invoquent aujourd’hui par devant le juge des référés. Au regard de l’ensemble de ces éléments, il n’est pas démontré que le refus de visa préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à la situation des requérants pour caractériser une situation d’urgence à laquelle les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent une mesure de suspension par le juge des référés.
3. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A... et M. C... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et M. D... F... C....
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Fait à Nantes, le 17 décembre 2025
Le juge des référés,
Y. Marowski
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,