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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2522267

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2522267

mardi 13 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2522267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantATSATITO KAMANOU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant soudanais, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire l'assignent à résidence pour 45 jours dans la Loire-Atlantique. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la signataire disposant d'une délégation régulière. Il a également jugé que la durée de l'assignation n'était pas disproportionnée, celle-ci étant fondée sur les articles L. 751-2 et L. 751-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) pour assurer l'exécution d'une décision de transfert vers l'Espagne, prise en application du règlement Dublin III.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2025, M. A... E..., représenté par Me Atsatito Kamanou, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 8 décembre 2025 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l’assigné à résidence dans le département de la Loire-Atlantique pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d’ordonner toute mesure utile à la sauvegarde de ses droits fondamentaux, notamment la suspension des arrêtés préfectoraux s’il y a lieu ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à son profit, en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un vice d’incompétence ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation
- la durée de l’assignation présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés pour M. E... ne sont pas fondés.


M. E... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 17 décembre 2025.

Vu les pièces du dossier.


Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- l’arrêté 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l’Etat responsable de leur traitement
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Lay, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Le Lay a été entendu au cours de l’audience publique du 30 décembre 2025.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E..., ressortissant soudanais né en 1992, a sollicité l’asile auprès des services de la préfecture de Loire-Atlantique qui ont enregistré sa demande le 8 septembre 2025. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé que l’intéressé avait franchi irrégulièrement les frontières espagnoles dans les douze mois précédant sa première demande d’asile, le préfet de Maine-et-Loire a sollicité, le 25 septembre 2025, sa prise en charge par les autorités espagnoles, lesquelles ont fait connaitre leur accord le 10 octobre 2025. Par arrêté du 23 octobre 2025, le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de M. E... aux autorités espagnoles, responsables de l’examen de sa demande d’asile. Par l’arrêté attaqué, le préfet de Maine-et-Loire a assigné l’intéressé à résidence dans le département de Loire-Atlantique pour une durée de quarante-cinq jours.

2. En premier lieu, le secrétaire général chargé de l’administration de l’Etat dans le département de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 2 novembre 2025, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à Mme C... F..., cheffe du pôle régional Dublin à la direction de l’immigration, signataire de la décision en litige, en cas d’absence ou d’empêchement de Mme D... B..., directrice de l’immigration par intérim, dont il n’est pas établi qu’elle n’était pas absente ou empêchée, à l’effet de signer, notamment, les décisions d’application du règlement « Dublin III » prises à l’égard des ressortissants étrangers, dont les décisions d’assignation à résidence prises pour l’exécution de décisions de transfert. Par ailleurs, conformément aux dispositions de l’arrêté 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d’asile et déterminer l’Etat responsable de leur traitement, le préfet de Maine-et-Loire était bien compétent pour assigner M. E... à résidence dans le département de la Loire-Atlantique. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté contesté doit être écarté.

3. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 751-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. (…) » En vertu de l’article L. 751-3 du même code : « L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 751-2 peut être placé en rétention en application de l'article L. 751-9 s'il présente un risque non négligeable de fuite tel que défini à l'article L. 751-10. ».

4. Il est constant que M. E... fait l’objet d’une décision de transfert en application de l’article L. 572-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et il n’est pas sérieusement contesté que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il ressort des termes mêmes de l’arrêté attaqué qui indique que cette mesure est nécessaire pour organiser le transfert du requérant, que le préfet de Maine-et-Loire a assigné l’intéressé à résidence en vue de mettre à exécution la mesure d’éloignement prise à son encontre le 23 octobre 2025. Si M. E... soutient qu’il souffre de divers maux, il n’apporte aucun élément de nature à établir que la durée de l’assignation à résidence et l’obligation de présentation fixées par l’arrêté attaqué ne seraient pas compatibles avec les problèmes de santé dont il se prévaut et que les quelques convocations à des rendez-vous médicaux produites ne sauraient au demeurant suffire à établir. Par suite, et alors qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n’aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant avant de prendre la décision attaquée, laquelle est suffisamment motivée, M. E... n’est pas fondé à soutenir que l’assignation à résidence contestée ne serait pas adaptée, nécessaire et proportionnée.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. E... doit rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... E..., au préfet de Maine-et-Loire et à Me Atsatito Kamanou.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.


La magistrate désignée,
Y. Le Lay
La greffière,
G. Peigné


La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,


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