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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2600435

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2600435

vendredi 6 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2600435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLE FLOCH

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé-suspension, rejette la demande de Mme B... visant à suspendre le refus préfectoral de lui délivrer un titre de séjour "famille-talent". Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car le refus initial ne constitue pas un refus de renouvellement d'un titre existant et que la requérante n'apporte pas la preuve de circonstances particulières justifiant une mesure provisoire. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative relatives aux conditions du référé-suspension.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 janvier 2026, Mme C..., représentée par Me Le Floch, demande au juge des référés :
d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 8 décembre 2025 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « famille – talent », jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, et de lui délivrer dans l’attente un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler ;
de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en l’absence de décision lui accordant le bénéfice de l’aide juridictionnelle, de mettre cette somme à la charge de l’État sur le fondement des seules dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite :
* la décision en litige, qui interrompt son séjour régulier en France, doit être regardée comme un refus de renouvellement de titre donnant droit au séjour, conduisant à ce que la condition d’urgence soit présumée ;
* elle suit actuellement des cours de français dans la perspective de l’exercice d’une activité professionnelle ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle méconnaît les articles L. 412-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d’urgence n’est pas remplie et qu’aucun moyen n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de sa décision.
Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2026.
Le président du tribunal a désigné M. Dardé, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 janvier 2026 sous le n° 2600466 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 28 janvier 2026 à 14h30 :
- le rapport de M. Dardé, juge des référés ;
- les observations de Me Gouache, substituant Me Le Floch, avocate de Mme B....
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. (...) ». Enfin, aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 dudit code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire. ».
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
Mme B..., ressortissante nigériane née le 6 novembre 1996, est entrée en France le 12 septembre 2025 sous couvert d’un visa de long séjour qui lui a été délivré en qualité de conjointe d’un étranger titulaire d’un titre de séjour portant la mention « talent ». Elle a sollicité la délivrance d’une carte de séjour le 15 septembre suivant au moyen du téléservice dit « A... ». Par une décision du 8 décembre 2025, dont Mme B... demande la suspension de l’exécution, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande.
D’une part, Mme B... est titulaire d’un visa de long séjour d’une durée inférieure à trois mois portant la mention « talent - famille », dont la détention constitue une condition de remise par le préfet de la carte de séjour pluriannuelle portant une mention identique, conformément à l’article R. 421-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Un tel visa n’est pas au nombre de ceux pouvant se substituer, dans les conditions prévues par les dispositions combinées des articles R. 431-16 et R. 431-17 du même code, aux titres autorisant un séjour de plus de trois mois dont la liste est dressée par l’article L. 411-1 du même code. Dès lors, contrairement à ce qui est soutenu par Mme B..., la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui remettre la carte de séjour pluriannuelle qu’elle sollicitait ne peut être regardée comme constituant un refus de renouvellement de titre de séjour. Par suite, Mme B... n’est pas fondée à se prévaloir de la présomption d’urgence telle qu’elle résulte des principes exposés au point 2.
D’autre part, le préfet de la Loire-Atlantique indique dans ses écritures en défense que la requérante peut déposer une nouvelle demande de titre de séjour auprès de ses services en présentant une photographie conforme, ce qui implique que cette autorité n’opposera pas à l’intéressée la péremption de son visa de long séjour, le non-respect de l’obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ou son refus antérieur de fournir une photographie tête nue, sur lequel Mme B... indique être revenue. Le dépôt par Mme B... d’une nouvelle demande de titre de séjour comprenant l’ensemble des pièces requises, incluant une photographie tête nue, lui ouvre droit à la délivrance dans un délai raisonnable d’une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail dans l’attente de la remise de sa carte de séjour pluriannuelle, conformément à l’article R. 421-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Eu égard à la possibilité ainsi offerte à l’intéressée de bénéficier d’une autorisation de séjour et de travail en France à brève échéance, la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-1 n’est pas satisfaite.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’existence de moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, qu’il y a lieu de rejeter la requête de Mme B... en toutes ses conclusions.





O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
La présente ordonnance sera notifiée à Mme C..., au ministre de l’intérieur et à Me Le Floch.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes le 6 février 2026.




Le juge des référés,

A. DARDÉ
La greffière,

A.-L. BOUILLAND





La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière

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