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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2601469

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2601469

jeudi 12 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2601469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé-suspension, a suspendu le refus de visa de regroupement familial opposé à l'épouse du requérant. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie en raison de la séparation familiale et qu'un doute sérieux existait sur la légalité de la décision, notamment au regard d'une erreur d'appréciation sur l'état civil et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa dans un délai d'un mois, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2026 sous le numéro 2601469, complétée par un mémoire le 10 février 2026, M. B... A... demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours préalable formé le 6 novembre 2025 contre la décision de l’autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) en date du 5 novembre 2025 portant refus de délivrance d’un visa de long séjour à Mme C... A... au titre du regroupement familial, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite compte tenu de la séparation d’avec son épouse, particulièrement difficile à supporter, compte tenu notamment de la procédure d’aide médicale à la procréation dans laquelle ils sont engagés ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
elle est entachée d’un défaut d’instruction, aucune demande d’authentification documentaire n’ayant été faite auprès des autorités sénégalaises,
elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation, les incohérences relevées correspondant à de simples erreurs matérielles qui ont été corrigées par des décisions judiciaires,
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2026, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Vu :
- la décision attaquée ;
- la requête n° 2601664 enregistrée le 26 janvier 2026 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision susvisée ;
- les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, a désigné Mlle Wunderlich, vice-présidente, pour statuer en matière de référés.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 11 février 2026, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :
- le rapport de Mlle Wunderlich, vice-présidente,
- les observations de M. A...,
- et celles de la représentante du ministre de l’intérieur.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (...) ».

D’une part, eu égard à la séparation de M. B... A... d’avec son épouse Mme C... A..., ressortissante sénégalaise dont l’introduction en France au titre du regroupement familial a été autorisée par décision du préfet de Seine-et-Marne en date du 11 septembre 2025, la condition d’urgence posée par l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

D’autre part, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation commise quant à l’établissement de l’état civil de la demandeuse de visa et, partant, de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales paraît propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Dans ces conditions, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision attaquée et d’enjoindre au ministre de réexaminer la situation dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu’une astreinte ne soit toutefois nécessaire.


O R D O N N E :


Article 1er :
L’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours préalable formé le 6 novembre 2025 contre la décision de l’autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) en date du 5 novembre 2025 portant refus de délivrance d’un visa de long séjour à Mme C... A... au titre du regroupement familial est suspendue.

Article 2 :
Il est enjoint au ministre de l’intérieur de faire procéder au réexamen de la demande de visa dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 12 février 2026.

La vice-présidente, juge des référés,

A.-C. Wunderlich
La greffière,

J. Dionis


La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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