Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 février 2026 sous le numéro 2602622, et un mémoire enregistré le 22 février 2026, Mme A... B..., représentée par Me Wa Nsanga Allegret, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’ordonner la suspension de la décision en date du 15 janvier 2026 en tant qu’elle lui impose le suivi d’une formation en éducation thérapeutique du patient (ETP), qualifie sa position de « refus de se former » et rattache cette qualification à l’exécution de ses obligations professionnelles ;
2°) subsidiairement, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 15 janvier 2026 en tant qu’elle se fonde notamment sur une interprétation extensive de sa fiche de poste et sur l’extension de ses missions en matière d’éducation thérapeutique du patient ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Nazaire la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée comporte un caractère décisoire qui a des effets sur sa situation professionnelle ; elle ne saurait être qualifiée de mesure d’ordre intérieur dès lors que la formation à l’éducation thérapeutique du patient n’est qu’une mission accessoire parmi ses autres activités cliniques, que l’obligation de suivre cette formation lourde pour exercer ses missions constitue un élément détachable, que le refus de suivre cette formation motive le refus par le centre hospitalier de sa demande de diplôme universitaire (DU) de pharmacie clinique et que les effets de cette décision excèdent ceux d’une simple mesure d’organisation du service ;
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que les circonstances démontrent une situation professionnelle gravement dégradée, qu’elle subit une atteinte grave aux conditions normales d’exercice de ses fonctions, que la formation imposée, d’une durée de 40 heures, aggrave sa charge professionnelle et que la dégradation de sa situation professionnelle a des conséquences sur son état de santé ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit au regard du cadre légal et règlementaire, en ce qu’elle lui impose une formation sans que celle-ci soit rattachée à un programme déterminé et sans identifier une pathologie ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d'appréciation résultant d’une interprétation erronée de sa fiche de poste et de l’absence de besoin ;
- elle s’inscrit dans un contexte marqué par l’extension de ses fonctions ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les principes de proportionnalité et de bonne administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2026, le centre hospitalier de Saint-Nazaire, représenté par Me Bernot, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête n’est pas recevable dès lors que le courriel en date du 15 janvier 2026 est dépourvu de tout caractère décisoire et qu’en admettant qu’il comporte une décision, celle-ci constituerait une mesure d’ordre intérieur ;
- la condition d’urgence n’est pas remplie dans les circonstances de l’espèce dès lors que les formations sont proposées à Mme B... pour entretenir ses connaissances et que la formation ETP de 40 heures est nécessaire au référencement de Mme B... auprès de l’agence régionale de santé (ARS) ; la mission ETP résulte de la fiche de poste de Mme B... ; l’intéressée n’est actuellement pas inscrite à une session afférente à la formation ETP de 40 heures et cette formation n’entraine aucune surcharge de travail, les sessions étant organisées sur plusieurs semaines en trois modules de deux jours chacun, n’entrainant aucune conséquence préjudiciable pour la requérante ; la pathologie cardiaque de Mme B... est sans lien avec la décision contestée ;
- il n’existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- les moyens relatifs à la légalité de la décision d’affectation ne peuvent être utilement soulevés ;
- les moyens tirés de l’erreur de droit tenant à la méconnaissance du cadre légal et règlementaire et de l’erreur manifeste d'appréciation résultant de l’interprétation erronée de la fiche de poste et du besoin de formation ne sont pas fondés de même que ceux tirés d’une « extension substantielle des missions confiées à Mme B... et de la méconnaissance des principes de proportionnalité et de bonne administration.
Vu :
- la décision attaquée ;
- la requête n° 2602675 enregistrée le 9 février 2026 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision susvisée ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Douet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes en référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 23 février 2026 à 14 heures 30 :
- le rapport de Mme Douet, juge des référés,
- les observations de Me Wa Nsanga Allegret, représentant Mme B..., qui soutient en outre à la barre que l’urgence est constituée par la mise en cause de la manière de servir et par la circonstance que la formation ETP, par sa durée, fera obstacle à l’exécution des tâches correspondant à sa fiche de poste ;
- et les observations de Me William, substituant Me Bernot, représentant le centre hospitalier de Saint-Nazaire qui fait valoir que la décision litigieuse qui ne modifie pas l’ordonnancement juridique et ne porte pas atteinte à la situation de la requérante, n’est qu’une lettre d’information et confirme à la barre que l’inscription de Mme B... à la formation ETP, faite initialement à titre conservatoire, a été annulée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 de ce code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
L’urgence justifie la suspension de l’exécution d’un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.
Par un courriel du 15 janvier 2026, la directrice des affaires médicales du centre hospitalier de Saint-Nazaire a, après avoir évoqué l’inscription de Mme B... à d’autres formations intitulées « entretien pharmaceutique » et « OMEDIT optimisation de la pharmacothérapie de la personne âgée », indiqué que le refus de suivre la formation « Education thérapeutique » irait « à contre-sens de [sa] fiche de poste » et qu’il restait des places pour les sessions de l’année 2026. Ce courriel ne comporte par lui-même ni mesure disciplinaire ni modification de l’affectation de Mme B.... En admettant même qu’il révèle une décision d’imposer à Mme B... une formation intitulée formation « ETP » d’une durée de 40 heures, réparties en trois modules de deux jours chacun sur plusieurs semaines, il ne résulte pas de l’instruction que le suivi de cette formation porterait atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à la situation de la requérante. Dans ces conditions, Mme B... ne saurait être regardée comme établissant l’existence d’une situation d’urgence au sens et pour l’application des dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier en défense, que les conclusions présentées par Mme B... sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Saint-Nazaire, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B..., au bénéfice du centre hospitalier de Saint-Nazaire, une somme de 700 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E
Article 1er :
La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 :
Mme B... versera au centre hospitalier de Saint-Nazaire la somme de 700 (sept cents) euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au centre hospitalier de Saint-Nazaire.
Fait à Nantes, le 27 février 2026.
Le juge des référés,
H. DOUET
La greffière,
J. MARTIN
La République mande et ordonne
au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,