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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2604050

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2604050

lundi 23 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2604050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTRAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, rejette la demande du ministre de l'intérieur visant à prolonger le délai de réexamen de la demande de visa de M. B... Le juge estime que l'information concernant l'éventuel retrait du certificat de résidence algérien de l'intéressé, invoquée comme un élément nouveau, ne l'est pas au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, car ces circonstances étaient déjà connues de l'administration. Par conséquent, l'ordonnance initiale enjoignant un réexamen dans un délai de quinze jours est maintenue.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2026, le ministre de l’intérieur demande au juge des référés de prononcer, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier l’article 2 de l’ordonnance n°2600899 du 6 novembre 2025 en portant jusqu’au 31 mars 2026 le délai de réexamen de la demande de visa de retour de M. C... B....

Il soutient que le préfet du Nord l’a informé qu’il envisageait de retirer le certificat de résidence algérien de M. B..., lequel en a été également informé par courrier du 17 février 2026.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2026, M. C... B..., représenté par Me Tran, demande au juge des référés de modifier l’article 2 de l’ordonnance n°2600899 du 6 novembre 2025 en fixant une astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la date de la notification de l’ordonnance à intervenir, en application des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu’il n’a toujours pas été convoqué, sauf pour se voir remettre le courrier en date du 17 février 2026 par lequel le sous-préfet de Dunkerque l’informait de l’éventualité d’un retrait de son certificat de résidence algérien et que, dans ces conditions, le dispositif de l’ordonnance susmentionnée n’a pas été exécuté, la temporalité des faits laisse à croire que le refus d’exécution s’expliquerait par une volonté d’exécution, par anticipation, et avant même que celle-ci n’existe, d’une décision portant retrait d’un titre de séjour et alors qu’il a été avisé que son contrat de travail serait rompu par son employeur, en l’absence de retour au 1er mars 2026.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 11 mars 2026, M. C... B..., représenté par Me Tran, conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.



Il fait valoir que :
le retrait de son certificat de résidence algérien est toujours valide et ne lui a pas été retiré et l’administration ne saurait se prévaloir par anticipation de ce retrait pour se soustraire à son obligation de réexamen de sa demande de visa ;
l’appréciation dans laquelle le ministre persiste, relayée désormais par le préfet du Nord, contrevient à celle portée par le juge des référés dans son ordonnance du 6 février 2026, dont le doute sérieux quant à la menace à l’ordre public l’avait conduit à suspendre en urgence l’exécution du refus du 6 novembre 2025 attaqué ;
le courrier du préfet du Nord du 17 février 2026 invoqué par le ministre de l’Intérieur ne saurait être regardé comme constitutif d’un élément nouveau au sens de l’article L. 521-4 du code de justice administrative et, en toute hypothèse, la demande de l’administration tendant à porter le délai de réexamen de sa situation jusqu’au 31 mars 2026, présente un caractère manifestement dilatoire.

Vu :
les pièces du dossier.
- l’ordonnance n°2600899 du 6 novembre 2025 du juge des référés du tribunal de Nantes.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 12 mars 2026 à 9h30 :
- le rapport de M. Rosier, juge des référés ;
- les observations de Me Pollono substituant Me Tran, représentant M. B...,
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance n° 2600899 du 6 novembre 2025, le juge des référés de ce tribunal a, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, suspendu la décision du 6 novembre 2025 de l’autorité consulaire française à Oran ayant refusé de délivrer à M. B... un visa de long séjour de retour en France et a enjoint au ministre de l’intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de l’intéressé dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ladite ordonnance. Par la présente requête le ministre de l’intérieur demande au juge de référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier l’article 2 de l’ordonnance n°2600899 du 6 novembre 2025 en portant jusqu’au 31 mars 2026 au lieu de quinze jours le délai de réexamen de la demande de visa de retour de M. C... B... prononcée par l’ordonnance précitée.

2. Aux termes de l’article L. 521-4 du code de justice administrative : « Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. ».
3. Pour obtenir que soient modifiés les effets de l’ordonnance n° 2600899 du 6 novembre 2025, le ministre de l’intérieur soutient que des éléments nouveaux établissent que le préfet du Nord l’a informé qu’il envisageait de retirer le certificat de résidence algérien de M. B... au regard de la condamnation de l’intéressé à six mois d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans avec exécution provisoire pendant une durée de vingt-quatre mois avec exécution provisoire, prononcée par le tribunal correctionnel de Dunkerque du 2 février 2024 Toutefois, il résulte de l’instruction, d’une part, que les circonstances évoquées étaient déjà connues des services préfectoraux et donc du ministre qui pouvait dès lors les évoquer au cours de la précédente audience, et d’autre part, qu’elles ne suffisent pas à remettre en cause l’urgence pour M. B... de revenir en France compte tenu de ses attaches familiales, de son emploi et de charges notamment locatives et de la souscription d’un prêt immobilier pour l’acquisition d’un logement et des mesures de contrôle judiciaire auquel il est astreint, ce qui n’est, au demeurant, pas contesté par le ministre.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du ministre de l’intérieur à fin de modification des mesures ordonnées par l’ordonnance n° 2600899 du 6 novembre 2025 doivent être rejetées.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 800 euros à M. B... en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1e : La requête du ministre de l’intérieur est rejetée.

Article 2 : L’Etat versera à M. B... une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l’intérieur et à M. C... B....

Fait à Nantes, le 23 mars 2026.

Le juge des référés,



P. ROSIER
La greffière,



A-L. BOUILLAND


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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