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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301989

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301989

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301989
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPERDEREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2023 à 16 h 48, M. C A, représenté par Me Perdereau, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés en date du 11 mai 2023 pris à son encontre par la préfète d'Eure-et-Loir ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation aux fins de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de travail assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée, en l'absence de mention de sa durée de séjour en France, ni de l'ancienneté de son activité professionnelle, malgré l'avis favorable du service de la main d'œuvre étrangère ;

- l'absence de prise en compte de ces éléments révèle que l'autorité préfectorale n'a pas procédé à un examen attentif et complet de sa demande ;

- la préfète a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne se prononçant pas sur sa qualification professionnelle ou son expérience, ni sur les caractéristiques de l'emploi qu'il occupe depuis plus de quatre ans ; ainsi, en s'abstenant de procéder à tout examen de sa situation professionnelle, la préfète d'Eure-et-Loir a méconnu l'étendue de ses obligations ;

- il justifie de motifs exceptionnels tirés de l'ancienneté de son séjour en France, de son activité professionnelle et des garanties relatives à ses moyens d'existence - sa rémunération brute est équivalente au SMIC et il justifie d'un logement stable et autonome depuis 2020 -, alors au surplus que la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur - qui le soutient activement dans ses démarches - a donné lieu à un avis favorable du service de la main d'œuvre étrangère ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie de l'ancienneté de sa résidence en France mais également de l'ancienneté et de la stabilité de son activité professionnelle, ainsi que de conditions d'existence pérennes et que, par ailleurs, son parcours démontre sa volonté d'intégration dans la société française ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- eu égard aux éléments évoqués précédemment, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation de la gravité des conséquences de la décision en cause sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- c'est à tort que la préfète a considéré qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire : s'il est vrai qu'il n'a pas exécuté le mesure d'éloignement prise à son encontre le 28 novembre 2019 à la suite du rejet de sa demande d'asile, il a démontré son souhait de régulariser sa situation administrative et présente des garanties de représentation suffisantes eu égard à son logement et à sa situation professionnelle ;

- au regard de ces éléments et de ceux retenus par la préfète, cette dernière n'a pas suffisamment motivé sa décision et n'a pas procédé à un examen individuel et personnalisé de sa situation personnelle et professionnelle ;

- l'autorité administrative a en conséquence entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est privé de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- compte tenu de son profil et de ses garanties d'insertion et de représentation, la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 31 mai 20023 à 9 h 08, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Perdereau, représentant M. A : Me Perdereau reprend les éléments mentionnés dans ses écritures et précise en outre que la demande de M. A, tendant à son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, a été présentée à la fin de l'année 2021, et a donné lieu à une convocation en préfecture le 30 mars 2022 ; qu'à l'occasion de ce rendez-vous, M. B, dirigeant de l'entreprise dans laquelle M. A travaille, a renouvelé et actualisé la demande d'autorisation de travail qu'il avait précédemment déposée ; que, s'agissant de la situation actuelle de M. A, il justifie de plus de cinq ans de présence en France, d'un logement autonome depuis 2020, de ce qu'il satisfait à ses obligations fiscales et de ce qu'il bénéficie d'une couverture sociale ; qu'il exerce une activité professionnelle en qualité d'employé polyvalent depuis le mois de janvier 2019 au sein de la société Urban Food, qui lui permet de percevoir - ainsi qu'en attestent tant ses bulletins de salaire que ses relevés bancaires - une rémunération équivalente au SMIC et qu'ainsi, il justifie de la réalité et de l'ancienneté de sa vie professionnelle ; que certes, le métier exercé par le requérant n'est pas un métier en tension, mais que, dans le secteur de la restauration, les difficultés de recrutement sont structurelles et sérieuses alors au demeurant que la demande d'autorisation de travail présentée par la société Urban Food a reçu un avis favorable dès le mois d'avril 2022 ; que la préfète, qui s'est fondée sur le fait qu'une première mesure d'éloignement avait déjà été prise à son encontre, n'a porté aucune appréciation sur l'activité professionnelle de M. A, alors que celui-ci justifie d'une expérience significative et d'une réelle stabilité dans l'emploi, lui et son employeur se soutenant réciproquement, et par suite, d'une intégration professionnelle, alors même que son épouse et son enfant, né en 2014, sont restés au Bangladesh, et qu'ainsi, la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux et complet, mais a aussi entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation du requérant ; que, par ailleurs, s'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, la préfète s'est fondée sur l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, mais n'a pris en considération ni le parcours, ni le profil de l'intéressé, qui ne présente aucune menace pour l'ordre public, alors que la décision en cause emporte des conséquences graves sur sa situation, et qu'en conséquence, cette décision est entachée tant d'erreur manifeste d'appréciation que d'erreur de droit ;

- et les observations de M. A, requérant, qui, assisté de son employeur, a précisé les tâches qu'il remplit dans le cadre de son activité professionnelle, en particulier le suivi de l'approvisionnement, outre la préparation des plats et le nettoyage de la salle, ainsi que le fait qu'il est l'employé le plus ancien en cuisine dans l'établissement, en raison d'une forte rotation des autres employés.

Considérant ce qui suit :

Sur l'assistance d'un interprète :

1. Aux termes de l'article R. 776-23 du code de justice administrative, applicable en l'espèce en vertu de l'article R. 777-3-9 du même code : " Dans le cas où l'étranger, qui ne parle pas suffisamment la langue française, le demande, le président nomme un interprète qui doit prêter serment d'apporter son concours à la justice en son honneur et en sa conscience () ".

2. Si le conseil du requérant, en accusant réception de l'avis d'audience, a demandé l'assistance d'un interprète en langue bengalie, il a été matériellement impossible de disposer en temps utile des services d'un tel interprète. Toutefois, le requérant qui, au demeurant, avait précisé, lors de la notification des arrêtés en cause, comprendre, lire et écrire le français et n'était alors pas assisté d'un interprète, et qui ne peut être regardé comme étant un ressortissant étranger ne parlant pas suffisamment la langue française au sens des dispositions précitées de l'article R. 776-23 du code de justice administrative, a pu, au cours de l'audience, présenter des observations et apporter des précisions aux éléments avancés par son conseil.

Sur les conclusions de la requête :

3. M. C A, ressortissant bangladais né en 1985, est entré en France le 15 septembre 2017, selon ses déclarations, sans pouvoir justifier cependant de la régularité de cette entrée. Sa demande tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 8 juin 2016, puis par la cour nationale du droit d'asile par décision du 1er octobre 2019. A la suite de cette dernière décision, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français par une décision du 28 novembre 2019, à laquelle il est constant que M. A n'a pas déféré. Le 30 mars 2022, M. A a saisi les services de la préfecture d'Eure-et-Loir d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Il lui en a été remis récépissé, renouvelé le 20 septembre 2022 puis le 8 mars 2023. Par un arrêté en date du 11 mai 2023, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de faire droit à cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté de la même date, la préfète d'Eure-et-Loir a assigné M. A à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter les lundis, mardis, mercredis et jeudis à 9 h 30 au commissariat de police de Dreux. Ces deux arrêtés ont été notifiés à l'intéressé, qui en demande l'annulation, le 26 mai 2023 entre 10 h 00 et 10 h 15 pour le premier et entre 10 h 30 et 10 h 45 pour le second.

Sur la compétence du magistrat désigné :

4. Le magistrat désigné par le président du tribunal en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est compétent pour connaître des conclusions de la requête dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision relative au délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination, ainsi que contre la décision portant assignation à résidence, prises par les arrêtés du 11 mai 2023 attaqués, ainsi que des conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le premier arrêté attaqué en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent. Il y a lieu dès lors de renvoyer à la formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête dirigées contre la décision de refus de titre de séjour opposée à M. A, les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination, de l'interdiction de retour et de l'assignation à résidence :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. A l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, M. A excipe de l'illégalité de la décision par laquelle la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

6. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention

" vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter le 11 mai 2023 la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A, dont il n'est pas contesté qu'il se prévalait de sa situation professionnelle, la préfète d'Eure-et-Loir, après avoir relevé que M. A présentait, à l'appui de sa demande ayant donné lieu à rendez-vous le 30 mars 2022 et remise de récépissé, un contrat de travail à durée indéterminée en tant qu'employé polyvalent en restauration conclu avec la société Urban Food à Dreux à compter du 9 janvier 2019, ainsi qu'une demande d'autorisation de travail en date du 13 avril 2022 et des bulletins de paie pour la période allant de janvier 2019 à février 2022, a rappelé que l'avis favorable du service de la main d'œuvre étrangère qui a été émis le 13 avril 2022 ne la liait pas, et que le requérant s'était déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement et s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire pendant plus de trois ans, avant d'évoquer sa situation personnelle et familiale. Elle n'a cependant fait état d'aucun élément d'appréciation de la situation professionnelle de l'intéressé, notamment à la date de la décision attaquée, en particulier son expérience au regard des caractéristiques de l'emploi occupé, alors que le service de la main d'œuvre étrangère avait très rapidement émis un avis favorable, alors même que cet avis n'est que consultatif. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour a été prise sans qu'il soit procédé à un examen sérieux de sa situation.

9. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a commencé à travailler pour la société Urban Food - qui avait été créée en juin précédent, ainsi qu'il ressort de l'extrait Kbis remis en audience - au mois de janvier 2019, alors que son appel devant la cour nationale du droit d'asile était pendant et que, depuis lors, il a continué à travailler pour le même employeur, qui a sollicité la délivrance d'une autorisation de travail à son bénéfice. Il a été précisé à l'audience que M. A est l'employé le plus ancien de l'entreprise en cuisine, et qu'il est, d'une part, un élément de stabilité dans une entreprise qui connaît un fort taux de rotation en raison des conditions de travail propres au secteur de la restauration rapide, et d'autre part, assure non seulement des tâches en cuisine et le nettoyage de la salle, mais s'occupe également, pour le compte du dirigeant, de dresser la liste des produits nécessaires pour le bon fonctionnement de l'activité, et qu'il donne parfaitement satisfaction à son employeur depuis plus de quatre ans à la date de la décision portant refus de titre de séjour. Au demeurant, le service de la main d'œuvre étrangère, saisi d'une demande d'autorisation de travail présentée, ainsi qu'il a été indiqué à l'audience, à la même période que la demande de titre, et actualisée à l'occasion du rendez-vous du 30 mars 2022, avait, dès le 13 avril 2022, donné un avis favorable bien que l'emploi en question ne soit pas un emploi en tension au sens de la réglementation, et qu'au surplus, il a été précisé à l'audience que les recrutements sont difficiles dans le secteur de la restauration rapide, eu égard aux contraintes liées aux emplois, et notamment après la crise sanitaire. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. A perçoit une rémunération d'un montant équivalant au SMIC et que depuis le mois d'août 2020, il a pu prendre en location un logement autonome - au surplus avec la garantie de son employeur. Dans les circonstances particulières de l'espèce, en particulier eu égard à la durée de présence ininterrompue de l'intéressé sur le territoire français de plus de cinq ans à la date de la décision en cause, et au sérieux de son insertion professionnelle, et alors même que l'épouse et l'enfant - né en 2014 - de l'intéressé, ainsi que ses parents, résident au Bangladesh, la préfète d'Eure-et-Loir a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision de refus de titre de séjour sur la situation de M. A, alors même que ces circonstances ne seraient pas, ainsi que le fait valoir la préfète dans ses écritures en défense, constitutives d'un motif exceptionnel ou d'une considération humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est illégale et que cette illégalité prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français. Il est par suite fondé à demander l'annulation de cette décision, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

En ce qui concerne les autres décisions :

11. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. Il y a lieu dès lors, par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A, d'annuler également la décision relative au délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et l'assignation à résidence prises à son encontre par arrêtés du 11 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement que la préfète d'Eure-et-Loir réexamine la situation de M. A. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer immédiatement à l'intéressé, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : L'obligation de quitter le territoire français, la décision relative au délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et la décision d'assignation à résidence prises par les arrêtés du 11 mai 2023 susvisés de la préfète d'Eure-et-Loir sont annulées.

Article 2 : Les conclusions de la requête dirigées contre la décision de refus de titre de séjour opposée à M. A, les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées à la formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La magistrate désignée,

Véronique D

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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