mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402783 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE - CRA OLIVET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 juillet 2024 et le 10 juillet 2024, M. H A G, représenté par Me Hajji, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire :
2°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
* s'agissant de l'arrêté dans son ensemble :
- la décision est signée par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;
* s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- il a été privé du droit d'être entendu ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- il se prévaut de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
* s'agissant du refus de délai de départ volontaire :
- il se prévaut de l'illégalité de la mesure d'éloignement et soutient que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace réelle et actuelle à l'ordre public ;
* s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- il se prévaut de l'illégalité du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un arrêté du 4 juillet 2024, le préfet du Finistère a placé M. A G au centre de rétention administrative d'Olivet.
Par une ordonnance du 7 juillet 2024, le juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire d'Orléans a prolongé la rétention de M. A G pour une durée de vingt-huit jours.
Par une ordonnance du 9 juillet 2024, le juge des libertés et de la détention à la cour d'appel d'Orléans a confirmé l'ordonnance de prolongation de la rétention de M. A G pour une durée de vingt-huit jours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- et les observations de Me Hajji, représentant A G, et de M. A G, assisté de Mme B, interprète.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience publique.
Le dispositif du jugement assorti de la formule exécutoire a été communiqué sur place aux parties présentes à l'audience qui en ont accusé réception.
Considérant ce qui suit :
1. M. A G, ressortissant tunisien, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de police des Alpes Maritimes le 3 décembre 2017, assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Il s'est évadé du centre de rétention administrative de Nice le 19 mars 2018. Le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français par un arrêté du 26 août 2021, assorti d'une interdiction de retour de deux ans. Le requérant n'a pas respecté les obligations de présentation définies par l'arrêté du préfet du Finistère du 26 août 2021 l'assignant à résidence. Il a été interpellé à Brest le 3 juillet 2024 pour refus d'obtempérer, défaut de permis de conduire, défaut d'assurance, maintien irrégulier sur le territoire français. Par un arrêté du 4 juillet 2024, pris sur le fondement du 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a assorti cette décision d'une interdiction de retour de trois ans. Par un arrêté du 4 juillet 2024, le préfet du Finistère a placé le requérant en rétention administrative au centre de rétention d'Olivet.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a d'admettre M. A G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
3. En premier lieu, le préfet du Finistère a donné délégation, selon arrêté du 22 mars 2024, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme C D, chef du service de l'immigration et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins, notamment, de signer les décisions contenues dans l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté du 4 juillet 2024 en litige comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français, de l'absence d'octroi d'un délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal établi par les services de la police judiciaire le 4 juillet 2024, que M. A G a été entendu par ces services dans le cadre de la procédure de retenue administrative dont il a fait l'objet. Le procès-verbal d'audition précité indique que le requérant a été entendu sur sa situation familiale et matérielle ainsi que sur l'irrégularité de sa situation administrative et l'existence de démarches entreprises en vue d'y remédier. Dans ces conditions, M. A G doit être regardé comme ayant été suffisamment avisé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été empêché de faire valoir les informations pertinentes tenant à sa situation administrative et personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit adopté l'arrêté en litige. Dans ces conditions, le requérant ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition établi le 4 juillet 2024, que le requérant déclare vivre en concubinage avec une ressortissante française à Brest depuis le 1er mars 2023. Toutefois, M. A G ne produit dans la présente instance aucun élément susceptible d'établir l'intensité de la vie commune alléguée et il ne ressort pas des pièces du dossier, alors qu'il s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement prises à son encontre en 2017 et en 2021, assorties d'une interdiction de retour sur le territoire français, qu'il serait dépourvu d'attaches en Tunisie. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant démontre une insertion particulière dans la société française. Par suite le moyen fondé sur la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public /3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "
9. L'arrêté du 4 juillet 2024 du préfet du Finistère vise le 1° et le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne que le requérant s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, s'est évadé du centre de rétention administrative de Nice le 19 mars 2018, n'a pas respecté une mesure d'assignation à résidence édicté par le préfet du Finistère à son encontre le 26 août 2021 et qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas quitter le territoire français. Il suit de là que le préfet du Finistère a pu estimer qu'existe un risque que M. A G se soustraie à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit dès lors être écarté ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision contestée, alors même que M. A G soutient que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public.
10. Si le requérant soutient que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français, le moyen doit être écarté pour les motifs exposés aux points précédents.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
11. Si le requérant soutient que la décision fixant la Tunisie en tant que pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français, le moyen doit être écarté pour les motifs exposés aux points précédents.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. "
13. D'une part, si M. A G soutient que la relation de concubinage avec une ressortissante française dure depuis janvier 2023, il n'apporte aucun commencement de preuve suffisant, qu'il est seul à même de produire, au soutien de cette allégation. D'autre part, il est établi que le requérant s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement précédentes, ainsi qu'à l'obligation de présentation fixée par l'arrêté du 26 août 2021 l'assignant à résidence dans le département du Finistère, et s'est évadé d'un centre de rétention administrative. Il ne ressort dès lors pas des pièces du dossier qu'en décidant d'assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français de trois années, le préfet du Finistère a méconnu les dispositions citées au point précédent.
14. Si le requérant soutient que la décision lui interdisant un retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français, le moyen doit être écarté pour les motifs exposés aux points précédents.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A G doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à M. A G.
Article 2 : La requête de M. A G est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et au préfet du Finistère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Luc E
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604050
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par Mme C..., ressortissante afghane, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 22 avril 2026 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision était légale au regard de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui prévoit un refus en cas de demande de réexamen d’asile. Il a considéré que la motivation était suffisante, que la vulnérabilité de la requérante avait été prise en compte, et que l’OFII n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, les conclusions à fin d’annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.
01/06/2026