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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2500965

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2500965

mercredi 19 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2500965
TypeDécision
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOBO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2025, M. E G, assigné à résidence, représenté par Me Kobo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2025 par lequel la préfète du Loiret a prononcé son transfert aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué, de même que l'arrêté portant assignation à résidence, sont entachés d'un vice d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas déposé de demande d'asile en Suisse ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2025, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment son article 53-1 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lesieux, vice-présidente, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions contestées dans le cadre des procédures visées au livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesieux, magistrate désignée,

- et les observations de Me Kobo, représentant M. G, présent et assisté de Mme A C, interprète en langue lingala, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et insiste sur le fait que son père est décédé en Suisse et qu'un retour dans ce pays réveillera des souvenirs douloureux.

La préfète du Loiret n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14h21.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant de la République démocratique du Congo né en 2002, est entré irrégulièrement sur le territoire français où il a présenté une demande d'asile le 23 octobre 2024. Il s'est vu remettre une attestation de demande d'asile en procédure " Dublin ", après que la consultation du fichier " Visabio " a révélé qu'il était en possession d'un visa délivré par les autorités suisses périmé depuis moins de six mois. Saisies le 13 novembre 2024 d'une requête aux fins de prise en charge, les autorités suisses ont donné leur accord le 21 novembre suivant. Par un arrêté du 17 janvier 2024, la préfète du Loiret a décidé son transfert aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 20 janvier 2025, la même préfète l'a assigné à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours. M. G demande au tribunal l'annulation du seul arrêté portant transfert aux autorités suisses.

2. En premier lieu, d'une part, par un arrêté du 2 décembre 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Loiret, la préfète du Loiret a donné délégation de signature à M. B H, directeur adjoint des migrations et de l'immigration et signataire de l'arrêté en litige, à l'effet notamment de signer, en cas d'absence ou d'empêchement concomitant de MM. Stéphane Costaglioli, secrétaire général, Adrien Méo, secrétaire général adjoint, Franck Boulanjon, directeur de cabinet, et Mme D F, directrice des migrations et de l'intégration, " les décisions de transfert à un Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ". Par suite, et alors qu'il n'est ni établi ni même allégué que ces délégataires successifs n'auraient pas été absents ou empêchés, le moyen tiré de l'incompétence de M. B H pour signer l'arrêté en litige doit être écarté. D'autre part, le requérant n'ayant pas formellement présenté de conclusions à l'encontre de l'arrêté du 20 janvier 2025 l'assignant à résidence, le moyen qu'il invoque tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté est inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. L'arrêté attaqué, qui vise, notamment, le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, indique que le requérant a été identifié comme étant détenteur d'un visa périmé depuis moins de six mois, délivré par les autorités suisses qui ont accepté de le reprendre en charge le 21 novembre 2024. Cet arrêté précise en outre qu'au vu des éléments de fait et de droit caractérisant sa situation, M. G ne relève pas des dérogations prévues aux articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il est au surplus précisé que le transfert vers les autorités suisses de l'intéressé, dont la concubine et les deux enfants résident en République du Congo, n'est pas contraire à l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, la préfète a conclu à l'absence de risque personnel de nature à constituer une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités de l'Etat responsable de sa demande d'asile. Dans ces conditions, et alors que l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle, M. G n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 7 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre ". Aux termes de l'article 12 de ce règlement : " 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () 4. Si le demandeur est seulement titulaire () d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres () ".

6. M. G fait valoir qu'il n'a jamais déposé de demande d'asile en Suisse où il a accompagné son père qui y est décédé. Toutefois, il résulte des dispositions citées ci-dessus que la détermination de l'État membre en principe responsable de l'examen de la demande de protection internationale s'effectue à l'occasion de la première demande d'asile, au vu de la situation prévalant à cette date. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. G a sollicité l'asile pour la première fois le 23 octobre 2024 en France. Il ressort des pièces du dossier qu'à cette même date, le visa délivré par les autorités suisses dont il était titulaire n'était périmé que depuis le 22 juillet 2024, soit depuis moins de six mois. Par suite, c'est sans méconnaître le 4° de l'article 12 du règlement précité que la décision de transfert attaquée est intervenue.

7. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité (). ". Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ", la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. M. G fait valoir qu'il ne souhaite pas repartir en Suisse où il a accompagné son père qui y a trouvé la mort en raison de la présence d'opposants qui l'auraient empoisonné. Ces seuls éléments, non circonstanciés, ne sauraient toutefois suffire à justifier l'application, au cas d'espèce, de la clause dérogatoire énoncée au point précédent. Le moyen tiré de ce que la préfète du Loiret aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. G doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E G et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2025.

La magistrate désignée,

Sophie LESIEUXLe greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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