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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2501159

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2501159

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2501159
TypeDécision
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGOUDEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2025, M. C A, détenu au centre de détention de Châteaudun, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2025 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de réexaminer sa situation et de lui délivrer sans délai et sous astreinte une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que la décision fixant le pays de destination a été prise sans qu'il n'ait pu présenter ses observations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2025, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Goudeau, représentant M. A assisté de M. B, interprète assermenté en langue wolof, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et M. A, assisté de M. B, interprète assermenté en langue wolof.

La prestation d'interprétariat s'est déroulée par téléphone.

Le préfet d'Eure-et-Loir n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h01.

L'audience s'est tenue selon les modalités prévues à l'article R. 731-2-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, né le 1er mai 1998 à Dakar (République du Sénégal), a été condamné le 25 février 2022 par la cour d'appel de Paris à une peine d'emprisonnement de cinq ans pour des faits de transport, détention, acquisition, offre ou cession non autorisés de stupéfiants en état de récidive ainsi qu'à la peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français et a été écroué à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis puis au centre de détention de Châteaudun. Pour l'exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français, par arrêté du 7 mars 2025 notifié le 10 suivant, le préfet d'Eure-et-Loir a fixé le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 7 mars 2025.

2. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ".

3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Cette garantie procédurale ne peut être écartée que dans les cas énumérés aux 1° à 4° de l'article L. 121-2, et en particulier " en cas d'urgence " ou " lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ". Selon l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". La décision fixant le pays à destination duquel un étranger doit être éloigné en vue de l'exécution d'une mesure judiciaire d'interdiction du territoire français constitue une mesure de police qui est soumise aux dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence d'une procédure contradictoire particulière prévue avant l'édiction d'une telle décision.

4. M. A soutient que l'autorité préfectorale a méconnu le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas pu bénéficier d'un interprète lors de la demande d'observations faite par le préfet alors qu'il a eu besoin d'un interprète lors de la présente audience. Il ressort des pièces du dossier que M. A a signé sans réserve tant le procès-verbal d'audition de gendarmerie du 4 mars 2025 à 14 heures 44 que le courrier d'observations le 5 mars 2025. Si l'arrêt de la cour d'appel de Paris fait mention de la présence de deux interprètes en langue wolof lors de l'audience (page 11), il est constant qu'il indique également que " la Cour observe que [l'intéressé], dûment [assisté] d'un avocat devant le tribunal, [n'a] pas sollicité l'intervention de l'interprète en wolof pourtant présent, et, au vu de la note d'audience, [a] été en mesure de s'expliquer et de fournir des réponses adaptées ", la cour écartant alors un tel moyen de nullité (pages 17 et 18). En outre, si le courrier précité par lequel l'intéressé a fait valoir ses observations en ces termes : " Je ne veux pas repartir au Sénégal, je n'ai pas de famille pour me soutenir. " n'indique pas qui a écrit cette phrase, il n'en demeure pas moins que ce courrier est signé par le requérant. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que M. A aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dans ces conditions, l'intéressé a été en mesure de présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 7 mars 2025 par laquelle le préfet d'Eure-et-Loir a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, qui sont en tout état de cause irrecevables, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

Le magistrat désigné,

G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

S. BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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