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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-1900546

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-1900546

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-1900546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL MOREL THIBAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mars 2019 et 13 janvier 2023, la commune d'Aÿ-Champagne, représentée par la SELAS Devarenne associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société CBM à lui verser la somme de 67 479,02 euros au titre des désordres afférents aux travaux de voirie dont celle-ci a assumé la maîtrise d'œuvre, outre les intérêts dus à compter de l'enregistrement de la requête et la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de condamner la société CBM à lui verser la somme de 2 728 euros en remboursement de celle qu'elle a exposée en exécution du jugement n° 1501441 rendu par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne le 17 janvier 2020 ;

3°) de condamner la société CBM à lui verser la somme de 7 551 euros au titre des dépens ;

4°) de mettre à la charge de la société CBM une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité décennale des constructeurs doit être engagée à raison de la non-conformité au regard de la réglementation (décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 et arrêté du 15 janvier 2007) des travaux de voirie dont la société CBM a assuré la maîtrise d'œuvre ;

- elle n'a commis aucune faute exonératoire de responsabilité ;

- la société CBM doit être condamnée à lui verser la somme de 67 479,02 euros correspondant aux travaux de réfection qu'elle a dû réaliser en exécution du jugement n° 1501441 rendu le 17 janvier 2020 par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, outre les intérêts moratoires et leur capitalisation à compter de la date d'enregistrement de la présente requête ;

- la société CBM doit être condamnée à lui verser la somme de 2 728 euros correspondant aux sommes qui ont été mises à sa charge par le jugement précité du 17 janvier 2020 ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juillet 2019 et 13 janvier 2023, la société CBM, venant aux droits du cabinet Burdin-Mansouri, représentée par la SELARL Morel - Thibaut :

1°) à titre principal, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la commune d'Aÿ-Champagne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, demande au tribunal, d'une part, de condamner les sociétés Colas France, AK5, GHM et Art Bloc à la garantir des sommes qui seraient éventuellement mises à sa charge par le jugement à intervenir et, d'autre part, de condamner la commune d'Aÿ-Champagne à prendre à sa charge le coût de la pose des bandes podotactiles et les frais d'expertise ;

3°) à titre plus subsidiaire, demande au tribunal, d'une part, de rejeter les demandes indemnitaires présentées par la communauté urbaine du Grand Reims, d'autre part, de limiter les sommes allouées à la commune d'Aÿ-Champagne en prenant en considération un taux de vétusté de 80 % et en y excluant les intérêts moratoires et leur capitalisation et, enfin, de mettre à la charge de la commune d'Aÿ-Champagne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les ouvrages ont été réceptionnés par le maître de l'ouvrage sans réserve ;

- le maître de l'ouvrage a commis une faute exonératoire de responsabilité en ordonnant la suppression des bandes podotactiles et en n'ayant pas relevé le caractère inadapté de la pente des trottoirs ;

- le caractère décennal des désordres en cause n'est pas établi ;

- la société Colas France, qui est venue aux droits de la société Screg Est, titulaire du lot n° 1 " Terrassement - Voirie ", doit être condamnée à la garantir des sommes éventuellement mises à sa charge par le présent jugement, dès lors que cette dernière société a omis d'attirer son attention sur la non-conformité à la réglementation des boules de trottoirs, des potelets mécaniques et des grilles d'entourage d'arbres ;

- la société Art Bloc, titulaire du lot n° 3 " Pavage ", doit être condamnée à la garantir des sommes éventuellement mises à sa charge par le présent jugement, dès lors que cette dernière société a omis d'attirer son attention sur la non-conformité à la réglementation du degré de pente des trottoirs ;

- les sommes pour lesquelles elle serait éventuellement condamnée doivent être minorées, dès lors qu'il y a lieu de prendre en considération la vétusté des ouvrages auxquels se rapportent les désordres en cause, que la commune d'Aÿ-Champagne récupère le montant de la taxe sur la valeur ajoutée auprès du Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée et que les intérêts dus ne peuvent courir qu'à compter du prononcé du jugement à intervenir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, la société Art Bloc, représentée par Me Corinne Rouquie, conclut au rejet de l'appel en garantie dirigé à son encontre par la société CBM et de mettre à la charge de celle-ci la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son devoir de conseil auprès du maître d'œuvre ne porte pas sur les plans, lesquels ont été exclusivement conçus par la société CBM ;

- sa responsabilité sera, en toute hypothèse, limitée à 10 % du montant des désordres.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, la société Colas France, venant aux droits de la société Screg Est, représentée par la SELARL Pelletier et associés :

1°) à titre principal, conclut au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, demande au tribunal de condamner les sociétés CBM, AK5 et GHM à la garantir à concurrence de 95 % des sommes qui seraient éventuellement mises à sa charge par le jugement à intervenir et de limiter sa propre condamnation à la somme de

500 euros hors taxes ;

3°) de mettre à la charge de toutes parties succombantes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle doit être mise hors de cause, dès lors que la commune d'Aÿ-Champagne ne présente aucune conclusion dirigée à son encontre ;

- les désordres au titre desquels la commune d'Aÿ-Champagne réclame une indemnité étaient apparents à la date de la réception de l'ouvrage ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité contractuelle à l'égard des participants à l'opération de travaux publics en cause ;

- les sociétés CBM, AK5 et GHM doivent être condamnées à la garantir à hauteur de 95 % des sommes qui seraient éventuellement mises à sa charge par le jugement à intervenir ;

- les sommes mises à sa charge doivent être limitées à 500 euros hors taxes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, la société GHM, représentée par Me Chloé Ricard, conclut au rejet des appels en garantie dirigés à son encontre par les sociétés Colas France et CBM et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de celles-ci ou de toutes autres parties succombantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle doit être mise hors de cause, dès lors que la commune d'Aÿ-Champagne ne présente aucune conclusion dirigée à son encontre et que l'expertise judiciaire a exclu sa responsabilité ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité contractuelle à l'égard des sociétés Colas France et CMB et, dès lors, les appels en garantie dirigés à son encontre doivent être rejetés.

La procédure a été communiquée à la société AK5 qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- le rapport de l'expert enregistré le 10 novembre 2022 au greffe du tribunal ;

- l'ordonnance du 1er décembre 2022 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. B A à la somme de 7 551 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 2006-1657 du 21 décembre 2006 ;

- le décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clemmy Friedrich,

- les conclusions de Mme Violette de Laporte, rapporteure publique,

- les observations de Me Devarenne-Odaert, représentant la commune d'Aÿ-Champagne et celles de Me Diringer, représentant la société GHM.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Aÿ-Champagne a fait réaliser des travaux de voirie pour le réaménagement de plusieurs rues et places communales. A cet effet, elle a confié la maîtrise d'œuvre de ces travaux au cabinet Burdin Mansouri, aux droits duquel est venue la société CBM, par un acte d'engagement signé le 15 octobre 2008. Par ailleurs, elle a alloti les travaux et, à cet effet, elle a notamment attribué le lot n° 1 " Voirie et annexes " à la société Screg Est, aux droits de laquelle est venue la société Colas France, et le lot n° 3 " Pavage " à la société Art Bloc. Par une demande en référé introduite par la commune d'Aÿ-Champagne concomitamment à sa requête, le juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, par une ordonnance du 2 mai 2019, a désigné un expert qui, le 10 novembre 2022, a remis son rapport auprès du greffe du tribunal. Par la présente requête, la commune d'Aÿ-Champagne demande au tribunal de condamner la société CBM à lui verser la somme globale de 70 207,02 euros sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs.

Sur la responsabilité décennale :

2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. A cet égard, la méconnaissance des normes de construction n'est susceptible d'engager la responsabilité des constructeurs au titre de la garantie décennale que si les désordres qui en procèdent sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination.

3. Il résulte de l'instruction que, pour rechercher sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs la condamnation de la société CBM à qui elle a confié des missions de maîtrise d'œuvre, la commune d'Aÿ-Champagne fait valoir qu'elle a subi des désordres résultant de ce que les ouvrages de voirie en cause ont été réalisés suivant des caractéristiques techniques qui méconnaissent la réglementation relative à l'inclusion des personnes porteuses d'un handicap de mobilité, cette circonstance étant de nature à l'obliger à les faire reconstruire. Toutefois, par ce raisonnement qui se borne à déduire le caractère décennal des désordres de la seule méconnaissance de la réglementation issue des décrets du 21 décembre 2006 susvisés, elle n'établit pas que cette méconnaissance serait de nature à compromettre la solidité des ouvrages de voirie en cause ou, le cas échant en démontrant que les caractéristiques techniques suivant lesquelles ces ouvrages ont été édifiés rendraient impossible sinon dangereux l'accès à la voirie par les personnes porteuses d'un handicap de mobilité, à les rendre impropres à leur destination. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par la commune d'Aÿ-Champagne sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs doivent être rejetées.

Sur les appels en garantie présentés par les sociétés CBM et Colas France :

4. Dès lors qu'il a été dit au point précédent que la commune d'Aÿ-Champagne n'est pas fondée à rechercher la condamnation de la société CBM, il en résulte que l'appel en garantie présenté par celle-ci est sans objet et doit, pour ce motif, être rejeté.

5. Dès lors qu'il a été dit au point précédent que l'appel en garantie présenté par la société CBM est rejeté, il en résulte que celui présenté par la société Colas France est, par voie de conséquence, également sans objet et doit, pour ce motif, être rejeté.

Sur les dépens :

6. Par une ordonnance du président du tribunal du 1er décembre 2022, les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à hauteur de 7 551 euros et mis à la charge provisoire de la commune d'Aÿ-Champagne. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les dépens de l'instance à la charge de cette dernière.

Sur les frais non compris dans les dépens :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société CBM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Aÿ-Champagne et la société Art Bloc demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Aÿ-Champagne une somme de

1 500 euros au titre des frais exposés respectivement par la société CBM, la société Colas France et la société GHM et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune d'Aÿ-Champagne est rejetée.

Article 2 : Les dépens liquidés et taxés à la somme de 7 551 euros sont mis à la charge de la commune d'Aÿ-Champagne.

Article 3 : La commune d'Aÿ-Champagne versera respectivement aux sociétés CBM, Colas France et GHM une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Aÿ-Champagne, à la société CBM, à la société Colas France, à la société Art Bloc, à la société GHM et à la société AK5.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le rapporteur,

C. FRIEDRICH

Le président,

O. NIZET

La greffière,

I. DELABORDE

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