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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2100293

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2100293

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2100293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP DECOSTER - CORRET - DELOZIERE - LECLERCQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 février et 3 mai 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle Pilliot Assurances, représentée par Me Delozière, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de recettes nos 0254120, 0254121, 0254122, 0254123, 0254124, 0254125, 0260768, 0260769, 0260770, 0260771 et 0260772 d'un montant total de 654,80 euros ;

2°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur émise par la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne le 3 décembre 2020 ;

3°) de mettre in solidum à la charge du centre hospitalier de Saint-Dizier Geneviève de Gaulle Anthonioz et de la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la recevabilité de sa requête n'était pas soumise à l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire ;

- sa requête n'est pas tardive ;

- la société Pilliot Assurances n'est pas l'assureur du centre hospitalier, ainsi qu'en disposent les stipulations du contrat d'assurance conclu entre le centre hospitalier de Saint-Dizier Geneviève de Gaulle Anthonioz et la société CBL Insurance Europe DAC le 23 janvier 2017 ;

- même si elle disposerait de fonds pour le compte de ses assurés, il lui est interdit d'utiliser cet argent en vertu d'une décision de la Banque centrale d'Irlande du 9 décembre 2019, relayée par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution dans un communiqué de presse du 18 décembre 2019 ;

- la société CBL Insurance Europe DAC a été mise en liquidation judiciaire avec effet au 12 mars 2020 ;

Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2021, la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute d'avoir été précédée d'un recours administratif préalable et, à défaut tardive, la saisie administrative à tiers détenteur ayant été notifiée le 9 décembre 2020 et le recours contentieux enregistré le 10 février 2021, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Le centre hospitalier de Saint-Dizier Geneviève de Gaulle Anthonioz, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 27 mars 2023 par une ordonnance du 24 février précédent.

Par un courrier du 22 mai 2023, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de la contestation d'une saisie à tiers détenteur, qui constitue un acte visant à assurer le recouvrement d'une créance non fiscale, dévolue au juge judiciaire.

Les parties n'ont pas produit d'observations en réponse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code des assurances ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Un contrat d'assurance a été conclu le 23 janvier 2017, pour une durée de trois ans à compter du 1er janvier 2017, entre le centre hospitalier de Saint-Dizier (CHSD) Geneviève de Gaulle Anthonioz et la société CBL Insurance Europe Dac, dont le siège est situé en Irlande. La gestion de ce contrat a été confiée à la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Pilliot Assurances, courtier. Ce contrat porte sur la prise en charge de certains risques statutaires : accidents du travail et maladies professionnelles (indemnité journalières et frais médicaux), temps partiel thérapeutique, mise en disponibilité d'office pour maladie, invalidité temporaire, congés pour infirmité de guerre. L'ordonnateur du CHSD a émis à l'encontre de la SASU Pilliot Assurances, les 14, 20 et 21 janvier 2019, onze titres de recettes d'un montant total de 654,80 euros. Le 3 décembre 2020, la trésorerie de Saint-Dizier a émis, une saisie administrative à tiers détenteur (SATD) en vue de recouvrer cette somme. La SASU Pilliot Assurances demande au tribunal l'annulation de ces titres de recettes et de la SATD.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des () sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / c) Pour les créances non fiscales () des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

4. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire : " Le juge de l'exécution connaît, de manière exclusive, des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations qui s'élèvent à l'occasion de l'exécution forcée, même si elles portent sur le fond du droit à moins qu'elles n'échappent à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire () ".

5. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

6. Il en résulte que les conclusions de la SASU Pilliot Assurances tendant à l'annulation de la SATD prononcée par la trésorerie de Saint-Dizier le 3 décembre 2020 en vue du recouvrement forcé de la créance de 654,80 euros, et objet des titres exécutoires contestés, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne :

7. Eu égard à ce qui vient d'être dit, les fins de non-recevoir tirées de ce que la contestation de la SATD n'a pas été précédée de l'exercice d'un recours préalable auprès de l'administration fiscale dans les conditions des articles L. 281 ainsi que R. 281-1 et suivants du livre des procédures fiscales et qu'elle est tardive ne peuvent qu'être écartées.

8. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois () ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite () ". Il en résulte que le non-respect de l'obligation d'informer le débiteur sur les voies et les délais de recours, prévue par la première de ces dispositions, ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que le délai de forclusion, prévu par la seconde, lui soit opposable. En outre, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

9. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

10. D'une part, à supposer que la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne entende opposer la même fin de non-recevoir à la contestation des titres de recettes émis par le CHSD, la recevabilité des conclusions tendant à obtenir leur annulation n'a pas à être précédée d'un recours préalable obligatoire en vertu des dispositions citées au point 8 de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales. D'autre part, en admettant également qu'elle doit être regardée comme faisant valoir que les conclusions tendant à l'annulation des titres de recettes sont tardives, faute d'avoir été contestés dans le délai de deux mois, l'administration fiscale ne produit aucun élément permettant d'établir les dates auxquelles les titres de recettes ont été notifiés à la SASU Pilliot Assurances, ni s'ils comportaient l'indication des voies et délais de recours. En outre, il résulte de l'instruction que la SATD a été notifiée le 9 décembre 2020 et que la requête formée à l'encontre des titres de recettes a été enregistrée au greffe du tribunal le 10 février 2021, soit dans le délai de recours contentieux de deux mois, qui est franc. Dès lors, les fins de non-recevoir doivent être écartées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

11. Aux termes de l'article L. 113-5 du code des assurances : " Lors de la réalisation du risque ou à l'échéance du contrat, l'assureur doit exécuter dans le délai convenu la prestation déterminée par le contrat et ne peut être tenu au-delà ". Aux termes du I de l'article L. 511-1 du même code dans sa version applicable à la date de conclusion du contrat le 23 janvier 2017 : " L'intermédiation en assurance ou en réassurance est l'activité qui consiste à présenter, proposer ou aider à conclure des contrats d'assurance ou de réassurance ou à réaliser d'autres travaux préparatoires à leur conclusion. N'est pas considérée comme de l'intermédiation en assurance ou en réassurance l'activité consistant exclusivement en la gestion, l'estimation et la liquidation des sinistres. / Est un intermédiaire d'assurance ou de réassurance toute personne qui, contre rémunération, exerce une activité d'intermédiation en assurance ou en réassurance () ".

12. Il résulte de l'instruction, notamment des termes du contrat d'assurance conclu le 23 janvier 2017 et de l'acte d'engagement, que les co-contractants sont, d'une part, le centre hospitalier de Saint-Dizier et, d'autre part, la société CBL Insurance Europe Dac, la SASU Pilliot Assurances apparaissant seulement en qualité de courtier et de gestionnaire du contrat. La circonstance que la SASU Pilliot Assurances était le seul interlocuteur de l'hôpital, y compris pour le versement des sommes dues par ce dernier au titre de ses obligations contractuelles ne saurait remettre en cause les qualités respectives d'assureur de la société CBL Insurance Europe Dac et de courtier et gestionnaire du contrat de la SASU Pilliot. Si la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne déplore un manque d'information du co-contractant sur les difficultés financières de l'assureur, un tel élément est sans influence sur la légalité des titres de recettes en litige. Dans ces conditions, la charge financière des prestations d'assurances était portée uniquement par la société CBL Insurance Europe Dac. Il en résulte que le centre hospitalier de Saint-Dizier ne pouvait émettre à l'encontre de la société requérante les titres exécutoires litigieux pour obtenir le paiement des sommes dues par la société CBL Insurance Europe Dac en exécution du contrat d'assurance conclu avec cette dernière.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la SASU Pilliot Assurances n'est pas redevable envers le centre hospitalier de Saint-Dizier de la somme totale de 654,80 euros mise à sa charge par les titres de recettes nos 0254120, 0254121, 0254122, 0254123, 0254124, 0254125, 0260768, 0260769, 0260770, 0260771 et 0260772. Par suite, la requérante est fondée à en demander l'annulation.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHSD Geneviève de Gaulle Anthonioz une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SASU Pilliot Assurances et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Les conclusions de la SASU Pilliot Assurances tendant à l'annulation de la saisie à tiers détenteur du 3 décembre 2020 prononcée par la trésorerie de Saint-Dizier sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les titres de recettes nos 0254120, 0254121, 0254122, 0254123, 0254124, 0254125, 0260768, 0260769, 0260770, 0260771 et 0260772 d'un montant total de 654,80 euros sont annulés.

Article 3 : Le CHSD Geneviève de Gaulle Anthonioz versera à la SASU Pilliot Assurances une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Pilliot Assurances, au centre hospitalier de Saint-Dizier Geneviève de Gaulle Anthonioz et à la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Poujade, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

P. H. MALEYRELe président,

signé

A. POUJADE

Le greffier,

signé

A. PICOT

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