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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2100428

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2100428

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2100428
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELAS ALAIN BENSOUSSAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 février et 3 septembre 2021, ainsi que le 14 février 2023, la société Viamedis, représentée par Me Bensoussan, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de constater la mainlevée partielle émise par la trésorerie de Saint-Dizier à hauteur de la somme de 3 607,31 euros ;

2°) d'ordonner le rejet des titres de recettes qui ont fait l'objet d'un règlement par la société Viamedis ou ont été annulés par le centre hospitalier ;

3°) d'ordonner l'annulation des titres de recettes qui ne sont pas fondés ;

4°) d'ordonner le remboursement à la société Viamedis des sommes indûment prélevées ou correspondant à des excédents de paiement constatés ;

5°) d'ordonner la décharge du paiement des sommes de 8 076,26 euros et 377,71 euros mentionnées dans deux saisies administratives à tiers détenteur des 1er et 3 décembre 2020 et, par voie de conséquence, la mainlevée de ces dernières ;

6°) de mettre in solidum à la charge de la trésorerie de Saint-Dizier et du centre hospitalier de Saint-Dizier la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, avec intérêts au taux légal à compter de la requête introductive d'instance.

Elle soutient que :

- les titres de recettes nos 203125, 204287, 204290, 204292, 204329, 216389, 216442, 216488, 216498, 226275, 229229, 230654, 245246, 245261, 256020, 257018, 257122, 257188, 257200, 257201, 257220, 257237, 263982, 264004, 264049, 264101, 264117, 264118 264123, 266194 et 267048 doivent être rejetés dès lors qu'ils ont été payés ;

- en ce qui concerne les titres nos 211193, 214953, 226234, 227527, 229212, 223232, 229260, 245210, 245258, 245262, 245263, 245264, 257026, 257088, 257102, 257207, 264966, 266203 et 266207, le montant n'est pas conforme à la prise en charge consentie ;

- s'agissant des titres de recettes nos 202163, 202164, 226274, 245179, 245203, 245257, 257170, 257232, 263995 et 267566, le patient n'est pas un bénéficiaire de la société Viamedis ;

- en ce qui concerne le titre de recettes nos 226230, 226243 et 263995, le bénéficiaire n'avait pas souscrit de mutuelle ;

- le titre de recettes nos 247100 et 256994 sont en attente de communication d'un duplicata ;

- le titre de recettes n° 204321 n'est pas fondé, dès lors que les services mobiles d'urgence et de réanimation ne sont plus à la charge des régimes de santé mais financés par la dotation missions d'intérêt général d'aide à la contractualisation depuis le 1er mars 2017.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2021, la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dans la mesure où la contestation des actes de poursuite n'a pas été exercée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la saisie administrative à tiers détenteur ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Le centre hospitalier de Saint-Dizier, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire ne défense.

La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 28 avril 2023 par une ordonnance du 29 mars précédent.

Par un courrier du 22 mai 2023, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de la contestation d'une saisie à tiers détenteur, qui constitue un acte visant à assurer le recouvrement d'une créance non fiscale, dévolue au juge judiciaire, et d'autre part, du non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les titres de recettes nos 202163, 202164, 204321, 214953, 226243, 226274, 229212, 229232, 245179, 245210, 245262, 245263, 245264, 247100, 257026, 263995 et 267566, retirés en cours d'instance.

La société Viamedis a présenté des observations en réponse enregistrées le 2 juin 2023, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre,

- et les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société Viamedis assure, au nom d'organismes d'assurance maladie complémentaire, le bénéfice du tiers payant pour une part de dépenses non couvertes par la sécurité sociale. Le centre hospitalier de Saint-Dizier Geneviève de Gaulle Anthonioz a émis à son encontre soixante-cinq titres de recettes. La trésorerie de Saint-Dizier a émis, le 1er et 3 décembre 2020, deux saisies administratives à tiers détenteur (SATD) en vue d'assurer le recouvrement des sommes mises à la charge de la société d'un montant respectif de 8 076,26 euros et 377,71 euros. La société Viamedis demande au tribunal l'annulation de ces titres de recettes, la décharge de l'obligation de payer les sommes correspondantes et la mainlevée de la SATD.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des () sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / c) Pour les créances non fiscales () des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

4. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire : " Le juge de l'exécution connaît, de manière exclusive, des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations qui s'élèvent à l'occasion de l'exécution forcée, même si elles portent sur le fond du droit à moins qu'elles n'échappent à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire () ".

5. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

6. Il en résulte que les conclusions de la société Viamedis tendant à la mainlevée des saisies à tiers détenteur prononcées par la trésorerie de Saint-Dizier les 1er et 3 décembre 2020 en vue du recouvrement forcé de la créance de 8 453,97 euros, et objet des titres exécutoires contestés, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur le non-lieu partiel :

7. Il résulte de l'instruction, en particulier des pièces produites par la direction départementale des finances publiques (DDFIP) de la Haute-Marne, que les titres de recettes nos 202163, 202164, 204321, 214953, 226243, 226274, 229212, 229232, 245179, 245210, 245262, 245263, 245264, 247100, 257026, 263995 et 267566 ont été rapportés en cours d'instance. Dès lors, les conclusions dirigées contre ces derniers ont perdu leur objet.

Sur la recevabilité de la requête et la fin de non-recevoir opposée par la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne :

8. Aux termes de l'article R. 612-1 du code de justice administrative : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. / () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".

9. En dépit de la demande de régularisation qui lui a été adressée par lettre du 30 mars 2023, en application des dispositions précitées de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, la société Viamedis n'a pas produit, dans le délai de quinze jours qui lui avait été imparti, les titres de recettes contestés nos 203125, 204287, 204290, 204292, 204329, 211193, 216389, 216442, 216488, 216498, 226275, 229229, 229260, 230654, 245246, 245261, 256020, 256994, 257018, 257088, 257102, 257122, 257188, 257200, 257201, 257207, 257220, 257237, 263982 264004, 264049, 264101, 264117, 264118, 264123, 266194, 266203, 266207 et 267048. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation et de décharge à l'encontre de ces titres de recettes sont irrecevables.

10. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois () ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite () ". Il en résulte que le non-respect de l'obligation d'informer le débiteur sur les voies et les délais de recours, prévue par la première de ces dispositions, ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que le délai de forclusion, prévu par la seconde, lui soit opposable. En outre, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

11. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

12. La direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne doit être regardée comme faisant valoir que les conclusions tendant à l'annulation des titres de recettes contenus dans les SATD des 1er et 3 décembre 2020 sont tardives, faute d'avoir été contestés dans le délai de deux mois à compter de leur notification intervenue le 11 décembre 2020. Toutefois, d'une part, l'administration ne produit aucun élément permettant d'établir les dates auxquelles les titres de recettes ont été notifiés à la société Viamedis ni s'ils comportaient l'indication des voies et délais de recours. D'autre part, le recours contre ces titres a été enregistré le 26 février 2021, soit dans le délai raisonnable d'un an à compter de la notification des SATD précitées. Dès lors, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

13. D'une part, aux termes de l'article L. 162-21-1 du code de la sécurité sociale : " L'assuré est dispensé, pour la part garantie par les régimes obligatoires d'assurance maladie, dans les cas et conditions fixés par voie réglementaire, de l'avance des frais d'hospitalisation et des frais relatifs aux actes et consultations externes () dans les établissements de santé mentionnés au a () de l'article L. 162-22-6 [les établissements publics de santé] () ". En complément de ce mécanisme de tiers payant pour la part garantie par l'assurance maladie obligatoire, les organismes de protection complémentaire peuvent proposer aux assurés sociaux le tiers-payant dit intégral, dispensant également l'assuré de l'avance de la part garantie par l'organisme complémentaire. L'établissement public de santé peut constituer l'organisme complémentaire débiteur de cette part, à la condition que l'assuré bénéficie de la couverture de cette part par l'organisme à la date de l'hospitalisation, de l'acte ou de la consultation.

14. D'autre part, il appartient, en principe, à l'émetteur d'un titre exécutoire d'apporter les justifications de nature à établir le bien-fondé de ce titre. Ainsi, c'est en principe au centre hospitalier de Saint-Dizier Geneviève de Gaulle Anthonioz d'apporter des éléments permettant de démontrer que la société Viamedis était effectivement redevable des créances dont le paiement lui a été réclamé par les titres de recettes contestés, réserve faite des éléments de preuve que cette société est seule en mesure de détenir et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle.

En ce qui concerne les titres de recettes nos 226234, 227527, 245258 et 264966 :

15. Pour ces titres d'un montant total de 63,83 euros, la société se borne à soutenir que le montant n'est pas conforme à la prise en charge consentie, sans autre précision sur le montant de celle-ci que la mention, inintelligible " bénéficiaire au régime général pas à 100 % ". Le moyen présenté à l'encontre de ces titres, dans ces conditions, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, si bien qu'il ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les titres de recettes nos 226230, 245203, 245257, 257170 et 257232 :

16. Pour ces titres de recettes d'un montant total de 72,32 euros, la société Viamedis soutient que six bénéficiaires ne sont pas identifiés et que le premier n'était pas titulaire, à la date des prestations, d'une carte permettant sa prise en charge. Le centre hospitalier de Saint-Dizier, auquel il revient pourtant de justifier des créances hospitalières dont il se prévaut et qui n'a pas produit de mémoire en défense, ni la DDFIP, ne remettent pas en cause ces affirmations. La société Viamedis est par suite fondée à demander l'annulation de ces titres de recettes et la décharge des sommes en cause.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la société Viamedis est seulement fondée à demander l'annulation des titres nos 226230, 245203, 245257, 257170 et 257232 et à être déchargée de la somme correspondante de 72,32 euros.

Sur les frais liés au litige :

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Viamedis présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la société Viamedis tendant à la main levée de la saisie à tiers détenteur prononcée par la trésorerie de Saint-Dizier sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des titres de recettes nos 202163, 202164, 204321, 214953, 226243, 226274, 229212, 229232, 245179, 245210, 245262, 245263, 245264, 247100, 257026, 263995 et 267566, ainsi que celles tendant à la décharge des sommes correspondantes.

Article 3 : Les titres de recettes nos 226230, 245203, 245257, 257170 et 257232 sont annulés.

Article 4 : La société Viamedis est déchargée de la somme globale de 72,32 euros mentionnée dans les titres annulés à l'article précédent du présent jugement.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Viamedis, au centre hospitalier de Saint-Dizier Geneviève de Gaulle Anthonioz et à la direction départementale des finances publiques de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Poujade, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

P-H. MALEYRELe président,

Signé

P. CRISTILLELe greffier,

Signé

A. PICOT

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