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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2100730

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2100730

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2100730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL SYMCHOWICZ-WEISSBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 avril 2021 et le 12 août 2022, M. C D et Mme B D, représentés par Me Scribe, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel le maire de Sainte-Savine a délivré à M. E, au nom de la commune, un permis de construire en vue de la surélévation partielle d'une maison à usage d'habitation sise 9 rue Louis Auger ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Savine une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à demander l'annulation du permis de construire sollicité ;

- leur recours a été introduit dans le délai de recours contentieux courant à compter de l'affichage du permis de construire ;

- il a été notifié au maire de Sainte-Savine et à M. E conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de forme, en ce que la demande de permis de construire porte sur un bien qui ne correspond pas à la construction qui avait été autorisée préalablement ;

- la hauteur de la construction autorisée par le permis de construire litigieux méconnaît les dispositions des articles 7 et 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;

- le dossier de demande est incomplet, en ce que le plan de situation ne permet pas de situer le terrain dans l'ensemble du territoire de la commune, en ce que la notice architecturale et les plans produits ne correspondent pas aux dispositions en vigueur, en ce que les photographies et dessins produits ne permettent pas de vérifier le respect des dispositions du plan local d'urbanisme relatives à la hauteur par le projet, et en ce que les pages 8 à 10 en sont manquantes ;

- ils s'opposent à la délivrance d'un permis de construire modificatif à M. E.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2021, M. A E conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que soit proposé à la commune de Sainte-Savine de lui délivrer un permis de construire modificatif.

Il soutient que :

- les requérants présentent la construction autorisée de manière erronée, dès lors que la surélévation projetée n'est que partielle, que l'emprise au sol n'est pas modifiée et que celle-ci n'excède pas l'emprise au sol maximale de 50 % prévue par le plan local d'urbanisme, que la maison est conforme à l'ensemble des autorisations qui ont été délivrées, et qu'aucune mention erronée de l'adresse ne figure dans le dossier de demande ou dans l'arrêté ;

- la surélévation projetée n'est pas en limite séparative mais en retrait de 4 mètres, de sorte qu'elle respecte l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- celle-ci ne causera pas de préjudice aux requérants ;

- l'arrêté attaqué ne méconnaît pas l'article 10 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande manque en fait ;

- un projet modificatif pourrait être présenté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, la commune de Sainte-Savine, représentée par Me Saint-Supery, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme D une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée, non plus qu'au pétitionnaire, en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- M. et Mme D sont dépourvus d'intérêt à agir, dès lors qu'ils n'établissent pas leur qualité de voisins immédiats ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 février 2023.

Une demande de régularisation a été adressée le 17 juin 2024 à M. et Mme D.

M. et Mme D ont produit des pièces complémentaires, enregistrées le 28 juin 2024.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer pour les motifs tirés de la méconnaissance des articles UCA 7 et UCA 10 du règlement du plan local d'urbanisme, et que ces illégalités étaient susceptibles d'être régularisées.

Par un mémoire, enregistré le 1er juillet 2024, M. E a présenté des observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Castellani, première conseillère,

- les conclusions de M. Torrente, rapporteur public,

- et les observations de Me Lucas, représentant la commune de Sainte-Savine, et de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E a déposé le 1er décembre 2020 une demande de permis de construire en vue de la surélévation partielle d'une maison à usage d'habitation sise 9 rue Louis Auger à Sainte-Savine, sur une parcelle cadastrée AD 839. Par un arrêté du 27 janvier 2021, le maire de Saine-Savine a délivré le permis de construire sollicité, avec prescriptions. M. et Mme D demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme D sont propriétaires d'une maison à usage d'habitation sise 12 rue Jules Ferry à Sainte-Savine, dont ils ont acquis la propriété par acte authentique du 2 août 1960. La surélévation projetée, qui a pour effet de porter la construction du pétitionnaire, située sur un terrain jouxtant la parcelle des requérants, à une hauteur de 10,5 mètres, entrainant un rehaussement de près de 4 mètres, est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien, de sorte qu'ils justifient d'un intérêt à contester l'arrêté l'autorisant. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Sainte-Savine doit dès lors être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. (). L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme D ont adressé à la commune de Sainte-Savine et à M. E une copie de leur recours contentieux le 2 avril 2021, concomitamment au dépôt de leur requête, conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. La fin de non-recevoir tirée du défaut de notification de leur recours ne peut dès lors qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, M. et Mme D soutiennent que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de forme, en ce que la demande de permis de construire porte sur un bien qui ne correspond pas à la construction qui avait été autorisée préalablement. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, que si la construction autorisée par l'arrêté du 5 janvier 2016 comportait une surface de plancher de 36,34 m², cette surface de plancher a été portée à 111,34 m² par un arrêté du maire de Sainte-Savine du 19 avril 2016 portant permis de construire modificatif, de sorte que l'indication de cette surface de plancher, qui est sans lien avec le coefficient d'emprise de la construction, n'est pas erronée. D'autre part, les requérants ne remettent pas sérieusement en cause la superficie du terrain d'assiette de la construction, que M. E a renseignée comme s'élevant à 202 m², en se bornant à soutenir, sans au demeurant l'établir, que le cadastre indiquerait une superficie de 196 m². En tout état de cause, il n'est pas soutenu qu'une erreur matérielle aurait faussé l'appréciation portée par l'administration, en particulier s'agissant du respect du coefficient d'emprise, qui n'est pas modifié par la surélévation litigieuse. Au surplus, la seule indication de l'existence de verrières sur le plan des toitures joint à la demande de permis de construire ne saurait établir que les travaux autorisés par les arrêtés des 14 mai 2018 et 24 juin 2019 portant non-opposition aux déclarations préalables qui avaient été déposées en vue de la pose, respectivement, d'une pergola et d'une marquise, dont il n'est pas contesté par les requérants qu'elles sont constituées de grands vitrages fixés à une structure en métal galvanisé, composant ce faisant des verrières, ne seraient pas conformes à ces autorisations. Enfin, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme D, il ressort du dossier de demande de permis de construire que l'adresse de la construction objet du permis de construire litigieux a été renseignée de manière constante comme étant le 9 de la rue Auger, les références cadastrales étant en outre exactes, de sorte qu'aucune indication erronée ne figure dans le dossier de demande. Par suite, le moyen tiré du caractère erroné des indications portées dans le dossier de demande doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu () ". L'article R. 431-10 de ce code dispose : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le plan de situation, produit par M. E à l'appui de sa demande de permis de construire et qui n'avait pas à comporter l'ensemble du territoire communal, permet, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme D, de situer le terrain d'assiette du projet dans la commune, alors en tout état de cause que tant l'adresse que les références cadastrales le complétaient utilement. D'autre part, en se bornant à soutenir que la notice architecturale et les plans produits ne correspondent pas aux dispositions en vigueur, M. et Mme D, même en les regardant comme se prévalant des dispositions des articles R. 431-8 à R. 431-10 du code de l'urbanisme, n'assortissent pas leur moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, il ressort du dossier de demande de permis de construire que celui-ci comportait un plan de masse et des plans de coupe permettant d'apprécier tant la hauteur de la construction après sa surélévation que l'implantation du projet par rapport aux limites de propriété, s'agissant des limites nord, est et ouest, sur lesquelles elle est implantée. Par ailleurs, le plan de coupe côté de la façade est de la construction permet de déterminer la distance d'implantation du projet par rapport à la limite sud, de sorte que l'appréciation de l'autorité administrative quant à la conformité du projet aux règles relatives à la hauteur du projet, le cas échéant calculée par prise en compte de la distance par rapport aux limites séparatives, n'a pas été faussée. Enfin, les requérants se bornent à soutenir que les pages 8 à 10 du formulaire de demande CERFA n°13406*07 ne figuraient pas au dossier de demande, sans préciser quelles informations seraient ce faisant manquantes au regard des dispositions précitées. Leur moyen ne peut dès lors qu'être écarté comme non assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article UCA 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Savine, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " Les constructions doivent être implantées soit en limite(s) séparative(s), soit à au moins 4,00 mètres des limites séparatives / () Lorsqu'une construction est implantée en limite séparative, sa hauteur mesurée à partir du sol naturel jusqu'au sommet de la construction (ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures exclus) ne peut excéder 8,00 mètres. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que la surélévation projetée portera la construction, sur la totalité de cette partie surélevée, à plus de 8 mètres. Par suite, cette partie du bâtiment était soumise à l'obligation d'implantation à plus de quatre mètres des limites séparatives prévue à l'article UCA 7 du règlement du plan local d'urbanisme, sans que les défendeurs puissent se prévaloir de la circonstance que la partie inférieure existante du bâtiment n'excède pas une telle hauteur. Par suite, M. et Mme D, qui, ainsi qu'il résulte du point 3 du présent jugement, ont un intérêt à contester l'arrêté attaqué, de sorte qu'ils peuvent utilement se prévaloir de ce moyen opérant, sont fondés à soutenir que cet arrêté, qui autorise une implantation de la surélévation à moins de quatre mètres de la limite séparative latérale droite, méconnaît ces dispositions.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article UCA 10 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif à la hauteur maximale des constructions : " La hauteur maximale des constructions, mesurée à partir du sol existant jusqu'au sommet de la construction (ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures exclues) ne peut excéder celle des constructions existantes voisines situées sur les terrains contigus () ".

13. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du constat d'huissier dressé le 12 mars 2021, que la hauteur de la construction édifiée sur un des terrains contigus au terrain d'assiette de la construction projetée sise 12 rue Jules Ferry s'élève à 9,31 mètres. Si M. E et la commune de Sainte-Savine se prévalent de la hauteur des constructions situées aux 22 et 24 de la rue Jules Ferry, celles-ci sont séparées du terrain d'assiette par la voie publique, de sorte qu'elles ne lui sont pas contiguës au sens et pour l'application du règlement du plan local d'urbanisme. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier, et notamment du photomontage réalisé en vue d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, que les terrains entourant le terrain d'assiette comporteraient des constructions d'une hauteur supérieure à 9,31 mètres. Dès lors, la construction projetée, dont la hauteur s'élève au faitage à 10,50 mètres, méconnaît les dispositions de l'article UCA 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Sainte-Savine.

Sur les conséquences de l'illégalité de l'arrêté du 27 janvier 2021 :

14. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

15. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

16. Les vices tirés de la méconnaissance des articles UCA 7 et UCA 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Sainte-Savine sont susceptibles d'être régularisés par la présentation d'une demande de permis modificatif, lequel ne bouleverserait pas le projet de telle sorte qu'il en changerait la nature même. Les parties ont pu présenter leurs observations sur ce point. Il y a dès lors lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente d'une telle régularisation.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité de l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel le maire de Sainte-Savine a délivré un permis de construire à M. E, jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, pour permettre à M. E d'obtenir un permis modificatif régularisant les vices relevés aux points 11 et 13 du présent jugement.

Article 2 : Tous autres droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme B D, à la commune de Sainte-Savine et à M. A E.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La rapporteure

Signé

A-C CASTELLANILa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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