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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2100756

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2100756

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2100756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 7 avril 2021 sous le n° 2100756, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision de la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Reims du 9 février 2020 née du rejet implicite de sa demande de reconnaissance de sa maladie comme imputable au service reçue le 9 décembre précédent ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Reims à lui verser la somme de 30 000 euros en raison de l'illégalité fautive de la décision contestée et des préjudices subis ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Reims de reconnaître sa pathologie comme imputable au service dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Reims la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision implicite de rejet née le 9 février 2020 est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine préalable du comité médical, qui constitue une formalité substantielle ;

- la commission de réforme n'a également pas été saisie ;

- son employeur ne l'a pas invité à présenter une demande de reclassement ni n'a cherché à le reclasser ;

- sa maladie est imputable au service.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2022, le centre hospitalier universitaire de Reims conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture l'instruction a été fixée au 21 janvier 2022 par une ordonnance du 20 décembre 2021.

Par un courrier du 15 février 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tirés, d'une part, du non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation, dans la mesure où la décision expresse du 9 mars 2020 de la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Reims s'est substituée à l'implicite née le 9 février précédent et, d'autre part, à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, faute d'avoir été présentées dans le délai de recours contentieux.

Les parties n'ont pas présenté d'observations.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par une décision du 23 décembre 2020.

II. Par une requête enregistrée le 22 novembre 2021 sous le n° 2102547, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 8 février 2021 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Reims l'a mis à la retraite pour invalidité ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Reims à lui verser la somme de 50 000 euros en raison de l'illégalité fautive de la décision contestée et des préjudices subis ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Reims de lui verser les sommes indument retenues au titre de son plein traitement dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Reims la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision du 8 février 2021 est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine préalable de la commission de réforme au titre de l'imputabilité au service de sa rechute, qui constitue une formalité substantielle ;

- la commission de réforme était irrégulièrement composée ;

- son employeur ne l'a pas invité à présenter une demande de reclassement ni n'a cherché à le reclasser ;

- la décision contestée doit être annulée en raison de l'illégalité de celle refusant de reconnaître sa maladie comme imputable au service à compter du 25 juin 2019 ;

- il répondait aux conditions pour bénéficier d'un congé de longue maladie, dès lors son employeur ne pouvait immédiatement le placer en disponibilité d'office et à la retraite anticipée, faute d'avoir épuisé ses droits à congé de maladie.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, le centre hospitalier universitaire de Reims conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture l'instruction a été fixée au 28 février 2022 par une ordonnance du 11 février précédent.

Par courrier du 15 février 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen de l'exception d'illégalité de la décision du 9 mars 2020, celle-ci étant devenue définitive à la date à laquelle ce moyen a été soulevé.

Les parties n'ont pas présenté d'observations.

La caisse primaire d'assurance maladie de la Marne a produit un mémoire qui a été enregistré le 16 février 2023.

En application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, une pièce a été demandée au centre hospitalier universitaire de Reims le 16 février 2023 en vue de compléter l'instruction. Elle a été reçue le 17 février puis communiquée le 20 février 2023.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par une décision du 30 août 2021.

III. Par une requête enregistrée le 3 janvier 2022 sous le n° 2200009, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 22 janvier 2021 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Reims a prolongé son placement en disponibilité d'office à compter du 25 décembre 2020 ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Reims à lui verser la somme de 50 000 euros au titre des préjudices subis ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Reims de lui accorder le bénéfice des droits statutaires à congé en raison de l'imputabilité de sa maladie au service à compter du 24 juin 2019 dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Reims la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Gabon en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision du 22 janvier 2021 est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine préalable du comité médical à l'issue de six mois de congés de maladie ;

- il n'a pas été correctement informé de la date de réunion du comité médical ni n'a pu, par suite, faire valoir ses observations et se faire assister ;

- cette obligation procédurale constitue une garantie dont il a été privé ;

- le médecin du travail n'a également pas été informé et il n'a ainsi pas pu transmettre son rapport ;

- le comité médical était irrégulièrement composé ;

- la commission de réforme n'a pas plus été saisie ;

- son employeur ne l'a pas invité à présenter une demande de reclassement ni n'a cherché à le reclasser ;

- le centre hospitalier ne démontre pas avoir cherché à le reclasser ni avoir établi avec certitude son inaptitude, soumis ses recherche au comité médical et statué sur son inaptitude ;

- il ne pouvait être placé en position de disponibilité d'office, dès lors que la commission de réforme n'avait pas encore rendu son avis.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2023, le centre hospitalier universitaire de Reims conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture l'instruction a été fixée au 16 janvier 2023 par une ordonnance du 25 novembre précédent.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par une décision du 8 octobre 2021.

Vu :

- le jugement n° 1501232 du 15 mars 2016 du tribunal ;

- le jugement nos 2001838, 2002449 du 22 juin 2021 du tribunal ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,

- les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public,

- et les observations de Me Gabon pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, fonctionnaire de la fonction publique hospitalière et titulaire du grade d'agent de maîtrise, travaille au sein des effectifs du centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims depuis le 15 mai 1982. A compter du 24 septembre 2014, l'intéressé a développé un état anxio-dépressif réactionnel, qui a été reconnu comme imputable au service par une décision du 7 juillet 2016 à la suite d'un jugement du tribunal du 15 mars 2016. Le 17 septembre 2018, M. B aurait été victime d'insultes et d'agressions sur son lieu de travail, qui ont conduit à son placement en arrêt de travail en raison de troubles anxio-dépressifs réactionnels en lien avec une souffrance au travail, dont l'imputabilité au service n'a pas été reconnue par une décision du 8 avril 2019. Il a été réintégré à compter du 28 mai 2019 sur un nouveau poste, mais a été de nouveau en arrêt de travail à partir du 25 juin suivant. Par un courrier du 2 décembre 2019, reçu le 9 décembre suivant, l'intéressé a présenté des demandes de reconnaissance de sa pathologie comme imputable au service et d'indemnisation, qui ont été implicitement rejetées par une décision née le 9 février 2020. Par une décision du 9 mars suivant, la directrice générale du CHU de Reims a expressément refusé une telle imputabilité en plaçant M. B en congé de maladie ordinaire du 25 juin 2019 au 24 juin 2020. Par une décision du 8 juillet 2020, l'intéressé a été placé en position de disponibilité d'office pour la période allant du 25 juin au 24 décembre 2020. Cette décision a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du 25 septembre suivant. Après réexamen de la situation de M. B, une nouvelle décision est intervenue le 14 octobre 2020 plaçant l'intéressé en disponibilité d'office du 2 juillet au 24 décembre 2020, dont la demande de suspension a été rejetée le 3 décembre suivant. Les recours au fond contre ces décisions ont été rejetés par un jugement du 22 juin 2021. Par une décision du 22 janvier 2021, M. B a été placé en position de disponibilité d'office pour la seconde fois à partir du 25 décembre 2020, jusqu'à la date effective de sa mise à la retraite pour invalidité, dont il avait fait la demande le 24 janvier 2020. Par une décision du 8 février 2021, la directrice générale de l'hôpital l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 1er février précédent. Par les trois requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. B demande au tribunal l'annulation des décisions des 9 février 2020, 22 janvier 2021 et 8 février 2021, ainsi que la condamnation du CHU de Reims à l'indemniser des différents préjudices qu'il estime avoir subis à hauteur de 130 000 euros.

Sur la requête n° 2100756 :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ". Il résulte des dispositions de l'article R. 421-5 du même code que ce délai n'est opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision.

3. D'autre part, aux termes de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les décisions du bureau d'aide juridictionnelle, de la section du bureau () peuvent être déférés, selon le cas, () au président de la cour administrative d'appel () / Les recours contre les décisions du bureau d'aide juridictionnelle peuvent être exercés par l'intéressé lui-même lorsque le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui a été refusé () ". Aux termes de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991 alors en vigueur : " Lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / () c) De la date à laquelle le demandeur à l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 56 et de l'article 160 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifié () ". Aux termes de l'article 56 du même décret : " Le délai du recours prévu au deuxième alinéa de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision à l'intéressé () ". Ce dernier délai n'est pas franc.

4. En outre, les dispositions des articles L. 112-3 et R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents en vertu de l'article L. 112-2 du même code.

5. Par un courrier du 2 décembre 2019 reçu le 9 décembre suivant par le CHU de Reims, M. B a demandé à son employeur de reconnaître comme imputable au service sa maladie et lui a demandé qu'une somme de 30 000 euros lui soit versée en réparation des préjudices qu'il estimait avoir subis du fait de cette absence de reconnaissance.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'une décision implicite rejetant la demande de M. B dans ses deux composantes est née le 9 février 2020. L'intéressé a présenté, le 9 avril suivant, une demande d'aide juridictionnelle en vue d'obtenir l'annulation de cette décision, qui a interrompu le délai de recours contentieux. Cette demande a été rejetée le 23 décembre 2020 et notifiée le 20 janvier 2021. En application du premier alinéa de l'article 56 du décret du 19 décembre 1991, cité au point 3, le requérant disposait d'un délai de quinze jours, expirant le 4 février 2021, pour contester cette décision, ce qu'il n'allègue pas avoir fait. Dans ces conditions, le délai de recours contentieux pour demander l'annulation de la décision du 9 février 2020 et engager la responsabilité du centre hospitalier courait à nouveau, en application du c) de l'article 38 du même décret, également cité au point 3, à compter du 5 février 2021 et expirait le 6 avril 2021. La requête de M. B n'ayant été enregistrée au greffe du tribunal que le 7 avril 2021, ses conclusions aux fin d'annulation et d'indemnisation sont tardives et, par suite, irrecevables.

7. Les conclusions dirigées contre la décision implicite née le 9 février 2020 étant tardives ainsi qu'il vient d'être dit, il n'y a pas lieu de les regarder comme dirigées contre la décision expresse de rejet du 9 mars 2020 qui s'y est substituée s'agissant du refus de reconnaissance d'imputabilité au service de la maladie de M. B.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur la requête n° 2102547 :

9. Par une décision du 3 juin 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Marne le 21 juin suivant, la directrice générale du CHU de Reims a donné délégation à M. E D, directeur adjoint du CHU de Reims, directeur adjoint du pôle ressources humaines, à l'effet de notamment signer tous les actes de gestion des personnels non médicaux, en matière de fin de fonctions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.

10. La décision contestée vise notamment le décret du 26 décembre 2003 et la demande de mise en retraite pour invalidité formulée par M. B le 24 janvier 2020. Elle mentionne les conclusions de l'expertise à laquelle il a été soumis, le contenu des différents avis obligatoirement recueillis et précise qu'il n'a pas été possible de procéder au reclassement de l'intéressé. Dès lors et en tout état de cause, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

11. M. B doit être regardé comme soutenant que la commission de réforme n'a pas été saisi préalablement à la décision en litige. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette commission s'est prononcée favorablement par un avis du 17 septembre 2020. Dès lors, le moyen manque en fait et ne peut qu'être écarté.

12. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 : " Le président de la commission de réforme est désigné par le préfet () / Cette commission comprend : / 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ; / 2. Deux représentants de l'administration ; / 3. Deux représentants du personnel () ". Aux termes de l'article 17 du même arrêté : " La commission ne peut délibérer valablement que si au moins quatre de ses membres ayant voix délibérative assistent à la séance. / Deux praticiens, titulaires ou suppléants, doivent obligatoirement être présents. / Cependant, en cas d'absence d'un praticien de médecine générale, le médecin spécialiste a voix délibérative par dérogation au 1 de l'article 3 () ".

13. M. B, en n'indiquant pas en quoi la commission de réforme aurait siégé de manière irrégulière , ne met pas à même le tribunal d'apprécier la portée de son moyen.

14. D'une part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans sa version alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée () / 4° A un congé de longue durée, en cas de () maladie mentale () ". Aux termes de l'article 17 du décret du 19 avril 1988 dans sa version alors en vigueur : " () Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service qu'après l'avis favorable du comité médical. / Si l'avis du comité médical est défavorable, le fonctionnaire est soit mis en disponibilité, soit, s'il le demande, reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme des agents des collectivités locales () ".

15. D'autre part, aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande. / () La mise en retraite d'office pour inaptitude définitive à l'exercice de l'emploi ne peut être prononcée qu'à l'expiration des congés de maladie, des congés de longue maladie et des congés de longue durée dont le fonctionnaire bénéficie en vertu des dispositions statutaires qui lui sont applicables, sauf dans les cas prévus à l'article 39 si l'inaptitude résulte d'une maladie ou d'une infirmité que son caractère définitif et stabilisé ne rend pas susceptible de traitement () ". Aux termes de l'article 31 du même décret : " Une commission de réforme est constituée dans chaque département pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, les conséquences et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions () / Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales / () La Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales peut, à tout moment, obtenir la communication du dossier complet de l'intéressé, y compris les pièces médicales. Tous renseignements médicaux ou pièces médicales dont la production est indispensable pour l'examen des droits définis au présent titre pourront être communiqués, sur leur demande, aux services administratifs dépendant de l'autorité à laquelle appartient le pouvoir de décision ainsi qu'à ceux de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales () ". Son article 39 dispose : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service peut être mis à la retraite par anticipation soit sur demande, soit d'office dans les délais prévus au troisième alinéa de l'article 30 () ".

16. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'un fonctionnaire hospitalier qui a été, à l'issue de la période de congés de maladie ordinaire, reconnu par le comité médical définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, ne peut qu'être admis à la retraite, soit d'office, soit sur sa demande, après avis de la commission de réforme et, d'autre part, que le fonctionnaire qui a épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire et qui a été reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi ne peut prétendre au bénéfice d'un congé de longue maladie ou de longue durée, lesquels ne peuvent être accordés qu'aux agents susceptibles d'être reconnus aptes à la reprise d'un emploi.

17. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 5 mars 2020, le comité médical, se fondant notamment sur l'expertise conduite par le docteur C, a émis, le 5 mars 2020, l'avis selon lequel M. B, qui avait épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire, ayant été dans cette position sans interruption du 25 juin 2019 au 24 juin 2020, était inapte totalement et définitivement à toute fonction. Dès lors, aucune obligation de reclassement n'incombait à l'employeur de M. B et l'intéressé ne pouvait bénéficier d'un congé de longue maladie.

18. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.

19. M. B soutient que la décision du 8 février 2021 prononçant son admission à la retraite pour invalidité doit être annulée en raison de l'illégalité de celle du 9 février 2020 refusant de reconnaître sa maladie imputable au service à partir du 25 juin 2019. Toutefois, la décision en litige n'a pas été adoptée pour l'application de la décision née le 9 février 2020, laquelle ne constituent pas non plus sa base légale. Par suite, le moyen, qui est inopérant, doit être écarté.

20. A supposer que M. B entende contester l'appréciation selon laquelle il est définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, ayant demandé que ses arrêts de travail soient reconnus comme imputables au service et informé son employeur qu'il était apte à reprendre ses fonctions, il ne produit aucun élément à l'appui de ses affirmations de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le CHU de Reims, fondée notamment sur les éléments décrits au point 17. Dès lors, son employeur a pu légalement prononcer, à sa demande, sa mise à la retraite pour invalidité.

21. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 février 2021 par laquelle la directrice générale du CHU de Reims l'a mis à la retraite pour invalidité. Cette décision étant légale et le requérant n'apportant aucune précision sur les préjudices subis, les conclusions à fin d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la requête n° 2200009 :

22. Aux termes de l'article 7 du décret du 19 avril 1988 dans sa version alors applicable : " Les comités médicaux sont chargés de donner un avis à l'autorité compétente sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos () de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie, () et de la réintégration à l'issue de ces congés. / Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : / () La mise en disponibilité d'office pour raisons de santé, son renouvellement et l'aménagement des conditions de travail après la fin de la mise en disponibilité () ; / () Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : / - de la date à laquelle le comité médical examinera son dossier ; / - ses droits relatifs à la communication de son dossier et à la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ". Aux termes de son article 9 : " Le médecin du travail attaché à l'établissement auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical () est informé de la réunion et de son objet () Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 23,32 et 35-7 () ".

23. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

24. M. B soutient sans être contredit qu'il n'a pas été informé de la date de réunion du comité médical destiné à statuer sur le renouvellement de son placement en position de disponibilité d'office et n'a ainsi pu faire valoir ses observations devant cette instance en méconnaissance du principe du contradictoire et des dispositions précitées. Dès lors, la décision contestée est entachée d'un vice de procédure, qui a privé l'intéressé d'une garantie.

25. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 janvier 2021 renouvelant son placement en position de disponibilité d'office.

26. Lorsqu'un agent public sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision le concernant, il appartient au juge de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des pièces produites par les parties et, le cas échéant, en tenant compte du motif pour lequel le juge administratif a annulé cette décision, si la même décision aurait pu légalement être prise dans le cadre d'une procédure régulière.

27. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit précédemment, que la directrice générale du CHU de Reims aurait pris la même décision si elle avait respecté l'ensemble des obligations procédurales de consultation du comité médiale en vue de renouveler la position de disponibilité d'office de M. B. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 22 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

29. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement le réexamen de la situation de M. B pour la période allant du 25 décembre 2020 à sa mise à la retraire pour invalidité effective au 1er février 2021. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Reims d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Reims une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 22 janvier 2021 de la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Reims est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Reims de réexaminer la situation de M. B pour la période du 25 décembre 2020 au 1er février 2021 dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Reims versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre hospitalier universitaire de Reims, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Marne et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Maleyre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

P.H. MALEYRELe président,

signé

P. CRISTILLE

Le greffier,

signé

A. PICOT

Nos 2100756, 2102547, 2200009

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