vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2100977 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GUILMAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 mai 2021 et 10 février 2022, Mme C B, représentée par Me Gervais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 4 mars 2021 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Reims l'a suspendue de ses fonctions à titre conservatoire à compter de cette même date pour une durée de quatre mois ;
2°) à tout le moins, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision définitive dans le cadre du recours formé contre la décision de révocation prononcée à son encontre le 1er juillet 2021 ;
3°) à tout le moins également, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision de règlement du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Reims relative à la plainte pénale déposée par le centre hospitalier universitaire de Reims à son encontre ;
4°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Reims à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice moral né de la suspension dont elle a fait l'objet ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Reims la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision la suspendant à titre conservatoire est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- cette décision n'est pas motivée ;
- l'ensemble des témoignages est anonymisé, ce qui est attentatoire aux droits de la défense ;
- la procédure suivie a été partiale ;
- les faits qui ont justifié sa suspension sont prescrits ;
- le matérialité des faits sur lesquels elle repose n'est donc pas établie et ils ne présentent pas un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité, l'enquête interne ayant été diligentée postérieurement ;
- elle a toujours agi dans l'intérêt du service, si bien que sa suspension ne saurait reposer sur ce motif ;
- le centre hospitalier universitaire de Reims lui a notifié sa suspension avec brutalité, sans explication, et a fait disparaître son nom s'agissant de l'activité de la chambre mortuaire, éléments qui lui ont occasionné un préjudice moral qui sera indemnisé par la condamnation de l'hôpital à lui verser la somme de 3 000 euros ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 janvier et 2 mars 2022, le centre hospitalier universitaire de Reims, représenté par Me Guilmain, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2022 par une ordonnance du 15 février précédent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre,
- les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public,
- les observations de Me Gervais pour le compte de Mme B,
- et les observations de Me Guilmain en faveur du centre hospitalier universitaire de Reims.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims en qualité de technicienne de laboratoire à compter du 1er juillet 1994. Depuis le 13 avril 2011, l'intéressée est technicienne de laboratoire cadre de santé paramédical. A partir de 2015, elle a été affectée au service de la chambre mortuaire (SCM) comme encadrant et responsable de service, d'abord à temps partiel puis à temps plein depuis le 16 avril 2019. A la suite d'une alerte de l'unité de médecine et santé au travail des personnels hospitaliers (UMSTPH) relative au comportement de Mme B formulée par un courrier du 3 mars 2021, la directrice générale du centre hospitalier, par une décision du 4 mars 2021, l'a suspendue de ses fonctions à titre conservatoire à compter de cette date pour une durée de quatre mois. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision et la condamnation de l'hôpital à l'indemniser du préjudice moral qu'elle estime avoir subi en raison de l'adoption de cette décision à hauteur de 3 000 euros.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / () ".
3. La suspension d'un fonctionnaire, sur la base de ces dispositions, est une mesure à caractère conservatoire, prise dans le souci de préserver l'intérêt du service public. Elle ne peut être prononcée que lorsque les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que la poursuite des activités de l'intéressé au sein de l'établissement présente des inconvénients suffisamment sérieux pour le service ou pour le déroulement des procédures en cours. Eu égard à la nature de l'acte de suspension et à la nécessité d'apprécier, à la date à laquelle cet acte a été pris, la condition de légalité tenant au caractère vraisemblable de certains faits, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de statuer au vu des informations dont disposait effectivement l'autorité administrative au jour de sa décision. Les éléments nouveaux qui seraient, le cas échéant, portés à la connaissance de l'administration postérieurement à sa décision, ne peuvent ainsi, alors même qu'ils seraient relatifs à la situation de fait prévalant à la date de l'acte litigieux, être utilement invoqués au soutien d'un recours en excès de pouvoir contre cet acte.
4. Il ressort des pièces du dossier que la directrice générale du CHU de Reims a, par une décision du 2 mai 2017, donné délégation à M. E D, directeur général adjoint, à l'effet notamment de signer les décisions de toute nature relatives aux personnels, à l'exception des celles portant sanction disciplinaire. Dès lors que la décision en litige est, ainsi qu'il a été dit au point précédent, une mesure à caractère conservatoire prise dans l'intérêt du service, non une sanction disciplinaire, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
5. Compte tenu de sa nature précédemment évoquée et de ce qu'elle est, contrairement à ce que soutient Mme B, sans incidence sur l'affectation de l'agent concerné, la décision suspendant l'intéressée à titre conservatoire n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées par application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée ne peut qu'être écarté comme étant inopérant. En tout état de cause, elle vise les dispositions de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable et énonce les raisons pour lesquelles l'agent est suspendu.
6. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, les moyens tirés de ce que les témoignages recueillis au cours des procédures d'enquête puis disciplinaire ont été anonymisés en méconnaissance des droits de la défense et de ce qu'elle aurait été conduite avec partialité sont inopérants, ces procédures ayant été engagées postérieurement à l'adoption de la décision contestée.
7. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " () Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction () ".
8. Mme B soutient que les faits qui ont justifié sa suspension, notamment ceux antérieurs à 2021, étaient prescrits. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier, d'une part, que la directrice générale du CHU de Reims se soit fondée, pour prendre cette décision, sur les précédents incidents impliquant Mme B et ayant donné lieu à la rédaction de fiches au titre des " risques psychosociaux " (RPS) les 12 juillet 2017, 27 novembre 2019 et 8 juin 2020, qui ont seulement été rappelés par les personnes en charge de l'UMSTPH pour la complétude de leur signalement et, d'autre part, les faits au titre desquels la décision en litige a été adoptée ont été portés à la connaissance de l'administration de l'hôpital par ce signalement du 3 mars 2021, soit une journée avant la prise de celle-ci. Dès lors, le moyen tiré de la prescription des faits reprochés doit en tout état de cause être écarté.
9. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 3 mars 2021, dont la matérialité des faits relatés est corroborée par le courriel de Mme A du 23 février 2021, les deux praticiens hospitaliers en charge de l'UMSTPH du CHU de Reims ont alerté son directeur général adjoint sur la situation préoccupante du SCM et de l'institut de médecine légale (IML) à la suite de l'audition de deux agents affectés dans ces services et du signalement d'un médecin de l'IML pour un troisième concernant le comportement de Mme B, qui porterait atteinte à l'état de santé des agents concernés et nuirait au bon fonctionnement du service. Ces deux médecins ont également fait état de ce que trois agents avaient complété en 2017, 2019 et 2020 une fiche de RPS à l'encontre de cette même personne et souligné qu'elles étaient " très inquiètes devant la récurrence et la gravité des situations de RPS dans ce secteur d'autant qu'il s'agit d'une petite unité, ce qui contribue sans doute à une amplification des impacts ". D'une part, compte tenu de ce signalement consécutif à des auditions par le service dédié de l'hôpital, et du rappel des précédents mettant en cause Mme B pour des faits similaires, la directrice générale, à la date de la décision en litige adoptée dès le lendemain de cette alerte, disposait de suffisamment d'éléments pouvant lui faire penser avec suffisamment de vraisemblance que l'intéressée était à l'origine de tels agissements. D'autre part, les répercussions sur la santé des agents et le service dont il est fait état dans le courrier du 3 mars 2021, ainsi que la forte inquiétude qui y est mentionnée par les médecins de l'unité spécialisée après les auditions, donnaient en l'espèce aux faits le caractère d'une gravité suffisante. Dans ces conditions, la décision en litige n'est entachée ni d'erreur sur la matérialité des faits ni d'erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
11. Mme B soutient, d'une part, que le CHU de Reims lui a notifié sa suspension avec brutalité et sans explication. Toutefois, la nature même d'une décision de suspension, qui n'a pas à être motivée, ainsi qu'il a été dit, et vise à permettre de protéger le service dans l'hypothèse de faits suffisamment graves et vraisemblables, implique qu'elle doit pouvoir intervenir très rapidement. D'autre part, la circonstance que son employeur a retiré son nom concernant l'activité de la chambre mortuaire, retrait qui est intervenu près d'un mois après le début de sa suspension, ne présente pas de caractère vexatoire et se justifiait par la nécessité d'assurer la continuité du service. Dans ces conditions, le CHU de Reims n'a commis aucune faute. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU de Reims, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le CHU de Reims au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du CHU de Reims présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au centre hospitalier universitaire de Reims.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Torrente, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
P-H. MALEYRELe président,
signé
P. CRISTILLELe greffier,
signé
A. PICOT
N°2100977
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026