jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2101969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LMT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 septembre 2021, le 10 mars 2023 et le 19 février 2024, la société civile immobilière (SCI) Voltaire et la société civile immobilière (SCI) De la place de la gare, représentées par Me Dadez, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2021 par lequel le maire de Sedan a délivré, au nom de la commune, un permis de construire modificatif valant permis de démolir et autorisation d'aménager un édifice recevant du public à la SAS SSD pour la construction et la reconstruction d'un centre commercial d'une surface de plancher total de 22 188 m² ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sedan une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- elles justifient d'un intérêt à agir contre l'arrêté en litige dès lors, d'une part, qu'elles sont propriétaires de parcelles situées à proximité immédiate du projet qu'elles donnent en location à des sociétés commerciales et, d'autre part, qu'elles disposent de servitudes de passage sur les terrains objet du projet qui y portera atteinte ;
- la requête n'est pas tardive ;
- le signataire de l'arrêté contesté est incompétent ;
- le permis modificatif en litige a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article L. 752-1 du code de commerce à défaut de consultation de la commission départementale d'aménagement commercial préalablement du permis modificatif, ce dernier prévoyant une extension de 617 m² du bâtiment C destiné à abriter le drive ;
- le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article UB 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Sedan ;
- il méconnaît les dispositions des articles UB 3 et UZ 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Sedan ;
- il est susceptible d'entrainer des nuisances pour le voisinage ;
- il méconnaît les dispositions de L. 111-18-1 du code de l'urbanisme l'article UB 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Sedan.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 mai 2022 et le 7 juin 2023, la commune de Sedan, représentée par Me Gillig, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Voltaire et de la SCI De la place de la gare, chacune, une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles UB 3 et UZ 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Sedan est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 janvier 2023 et le 22 mars 2024, la société par actions simplifiée (SAS) SSD, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Voltaire et de la SCI De la place de la gare une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les sociétés requérantes ne justifient pas de leur intérêt à agir contre le projet en litige ;
- le moyens tiré de la méconnaissance des dispositions des articles UB 3 et UZ 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Sedan et de ce que le projet est susceptible d'entraîner des nuisances pour le voisinage sont inopérants ;
- les autres moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.
L'instruction a été close avec effet immédiat le 5 septembre 2023 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,
- les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public,
- et les observations de Me Lacourt, représentant la SCI Voltaire et la SCI De la place de la gare, et de Me Sommier, représentant la SAS SSD.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 novembre 2018, le maire de Sedan a délivré, au nom de cette commune, à la société par actions simplifiée SSD un permis de construire valant permis de démolir et autorisation d'aménager un établissement recevant du public portant sur la démolition partielle et à la reconstruction d'un centre commercial à l'enseigne Leclerc. Par une requête enregistrée le 2 mai 2019, la SCI Voltaire et la SCI De la place de la gare ont demandé l'annulation de cet arrêté. Par un jugement du 29 juillet 2020, le présent tribunal a rejeté cette requête. Le 5 mai 2021, la SAS SSD a déposé une demande de permis modificatif portant sur la présentation du phasage des travaux, l'actualisation du positionnement des ouvertures, matériaux et teintes utilisées, la modification de la surface du bâtiment B à usage de galerie marchande, l'extension du bâtiment C et l'actualisation des stationnements, de la desserte interne du site et des plantations. Par un arrêté du 5 juillet 2021, dont la SCI Voltaire et autre demandent l'annulation, le maire de Sedan a délivré le permis modificatif sollicité.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 2131-1 et R. 2122-7 du code général des collectivités territoriales que la mention, apposée sous la responsabilité du maire, certifiant qu'un acte communal a été publié, fait foi jusqu'à preuve du contraire. Par suite, la seule circonstance que la réalité de la publication d'un acte comportant une telle mention soit contestée devant le juge ne suffit pas, faute de preuve, à regarder cet acte comme n'ayant pas été publié.
3. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 22 juillet 2020, le maire de Sedan a donné délégation à Mme B A, deuxième adjointe au maire de cette commune, pour instruire et délivrer les autorisations d'urbanisme, notamment pour signer les autorisations relatives aux permis de construire et en matière d'établissement recevant du public. Il ressort également des pièces du dossier que cet arrêté, qui mentionne une date de publication au 12 août 2020, mention faisant foi jusqu'à preuve du contraire, a été transmis au contrôle de légalité le 11 août 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 752-1 du code de commerce : " Sont soumis à une autorisation d'exploitation commerciale les projets ayant pour objet : () / 7° La création ou l'extension d'un point permanent de retrait par la clientèle d'achats au détail commandés par voie télématique, organisé pour l'accès en automobile. / Par dérogation au 7°, n'est pas soumise à autorisation d'exploitation commerciale la création d'un point permanent de retrait par la clientèle d'achats au détail commandés par voie télématique, organisé pour l'accès en automobile, intégré à un magasin de détail ouvert au public à la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, et n'emportant pas la création d'une surface de plancher de plus de 20 mètres carrés. () ". Selon l'article L. 752-3 du même code : " () III. - Au sens du présent code, constituent des points permanents de retrait par la clientèle d'achats au détail commandés par voie télématique, organisés pour l'accès en automobile, les installations, aménagements ou équipements conçus pour le retrait par la clientèle de marchandises commandées par voie télématique ainsi que les pistes de ravitaillement attenantes. () ". En vertu de l'article L. 752-16 de ce code : " Pour les points permanents de retrait par la clientèle d'achats au détail mentionnés à l'article L. 752-3, l'autorisation est accordée par piste de ravitaillement et par mètre carré d'emprise au sol des surfaces, bâties ou non, affectées au retrait des marchandises. ".
5. Il résulte de l'article L. 752-16 du code de commerce que l'autorisation d'exploitation commerciale susceptible d'être accordée à un " drive " porte, d'une part, sur chacune de ses pistes de ravitaillement et, d'autre part, sur la surface, exprimée en mètres carrés, des pistes de ravitaillement et des zones, bâties ou non bâties, dans lesquelles la clientèle est susceptible de se rendre à pied pour retirer ses achats au détail commandés par voie électronique.
6. Les sociétés requérantes soutiennent que le permis modificatif en litige prévoit une extension de 617 m² du bâtiment C destiné à abriter l'activité dite de " drive ". Toutefois, la SAS SSD précise, sans être sérieusement contredite, que la clientèle n'a pas accès à l'intérieur de ce bâtiment et que le retrait des marchandises est pratiqué depuis les pistes de ravitaillement extérieur dont le projet ne prévoit pas la modification de l'emprise. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette extension porterait sur les pistes de ravitaillement ou les zones dans lesquelles la clientèle est susceptible de se rendre à pied pour retirer ses achats. Il s'ensuit que le projet ne nécessitait pas la consultation de la commission départementale d'aménagement commerciale. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 752-1 du code de commerce doit dès lors être écarté.
7. En troisième lieu, les sociétés requérantes soutiennent que le projet d'extension du bâtiment C à usage d'entrepôt méconnaît les dispositions de l'article UB 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Sedan qui prohibent les constructions à usage d'entrepôt. Toutefois, les dispositions du 2.2 de l'article UB 2 du même règlement autorisent " les constructions à usage d'entrepôt, si elles sont liées aux activités et commerces autorisés ou existants dans la zone ". Il est constant que cette partie du projet est liée à l'activité de drive d'ores et déjà existante et autorisée par la commission départementale d'aménagement commerciale des Ardennes en 2017 et plus globalement à l'hypermarché exploité par l'enseigne Leclerc dont une partie est située en zone UB du plan local d'urbanisme. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article UB 3 et UZ 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Sedan : " Les caractéristiques des voies nouvelles et des accès doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte () / Accès () / L'aménagement des accès et de leurs débouchés sur la voie de desserte doit être tel, qu'ils soient adaptés au mode d'occupation des sols envisagé, et qu'ils ne nuisent pas à la sécurité et à la fluidité de la circulation. () ".
9. D'autre part, à l'occasion d'un recours dirigé contre un permis de construire modificatif, il n'est pas possible de remettre en cause les dispositions du permis initial qui n'ont pas été modifiées.
10. En l'espèce, les sociétés requérantes soutiennent que l'accès au terrain d'assiette du projet pour les camions de livraison implique la neutralisation d'une des trois voies de l'avenue Pasteur nuisant ainsi à la sécurité et à la fluidité de la circulation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le permis modificatif en litige porte seulement sur la présentation du phasage des travaux, l'actualisation du positionnement des ouvertures, matériaux et teintes utilisées, la modification de la surface du bâtiment B à usage de galerie marchande, l'extension du bâtiment C et l'actualisation des stationnements, de la desserte interne du site et des plantations et ne comporte aucune modification des conditions d'accès au site du projet par rapport au permis initial. En outre, il est constant que le permis initial était définitif à la date d'enregistrement du présent recours. Dès lors, le moyen tiré de ce que le projet en litige méconnaît les dispositions des articles UB 3 et UZ 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Sedan est inopérant et doit, par suite, être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 111-18-1 du code de l'urbanisme, alors applicable : " I.- Dans le respect des objectifs généraux de performance énergétique et environnementale des bâtiments énoncés à l'article L. 111-9 du code de la construction et de l'habitation, les constructions et installations mentionnées au II du présent article ne peuvent être autorisées que si elles intègrent soit un procédé de production d'énergies renouvelables, soit un système de végétalisation basé sur un mode cultural garantissant un haut degré d'efficacité thermique et d'isolation et favorisant la préservation et la reconquête de la biodiversité, soit tout autre dispositif aboutissant au même résultat et, sur les aires de stationnement associées lorsqu'elles sont prévues par le projet, des revêtements de surface, des aménagements hydrauliques ou des dispositifs végétalisés favorisant la perméabilité et l'infiltration des eaux pluviales ou leur évaporation et préservant les fonctions écologiques des sols. / II.-Les obligations prévues au présent article s'appliquent, lorsqu'elles créent plus de 1 000 mètres carrés d'emprise au sol, aux nouvelles constructions soumises à une autorisation d'exploitation commerciale au titre des 1°, 2°, 4°, 5° et 7° de l'article L. 752-1 du code de commerce, aux nouvelles constructions de locaux à usage industriel ou artisanal, d'entrepôts, de hangars non ouverts au public faisant l'objet d'une exploitation commerciale ainsi qu'aux nouveaux parcs de stationnement couverts accessibles au public. () ".
12. Les sociétés requérantes soutiennent que le projet contesté, en tant qu'il prévoit l'extension du drive existant, méconnaît les dispositions de l'article L. 111-18-1 du code de l'urbanisme. Toutefois, ainsi qu'il est énoncé au point 6, la construction projetée n'est pas soumise à autorisation d'exploitation commerciale au titre des dispositions du 7° de l'article L. 752-1 du code de commerce. Dès lors, ce moyen est inopérant et doit, par suite, être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la SAS SSD, que les sociétés requérantes ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Sedan a délivré un permis de construire modificatif à la SAS SSD.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sedan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Voltaire et autre demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de ces sociétés une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Sedan et à la SAS SSD au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Voltaire et autre est rejetée.
Article 2 : La SCI Voltaire et la SCI De la place de la gare verseront à la commune de Sedan et à la SAS SSD, chacune, une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Voltaire, à la société civile immobilière De la place de la gare, à la société par actions simplifiée SSD et à la commune de Sedan.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. TORRENTELe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
La République mande et ordonne au préfet des Ardennes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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