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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2101997

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2101997

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2101997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 septembre 2021 et le 22 novembre 2021, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le maire de Troyes s'est opposé à la déclaration de travaux déposée le 24 juin 2021 pour la pose de volets roulants sur une construction à usage d'habitation.

Il soutient que :

- la saisine de l'architecte des bâtiments de France n'était pas nécessaire ;

- cette autorité s'est bornée à émettre des recommandations et n'a pas émis un avis défavorable, contrairement à ce qui est indiqué dans l'arrêté contesté ;

- cet arrêté est entaché d'erreur d'appréciation ;

- il éprouve des difficultés à trouver des locataires et à financer son emprunt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le maire de Troyes conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés

L'instruction a été close avec effet immédiat le 29 juin 2023 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'une parcelle à Troyes qui supporte une construction à usage d'habitation. Le 24 juin 2021, l'intéressé a déposé une déclaration préalable de travaux portant sur l'installation de volets roulants. Par un arrêté du 8 juillet 2021, dont M. A demande l'annulation, le maire de Troyes s'est opposé à ces travaux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

3. Il résulte de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.

4. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la commune, s'appropriant l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 1er juillet 2021, a estimé que la pose de caisson de volets roulants non intégrés à la construction ne vise ni à en améliorer la présentation d'ensemble ni à maintenir ou qualifier le cadre environnant. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé rue François Ferrer qui comporte des constructions à usage d'habitation sans unité architecturale. Le requérant établit, en outre, que les constructions situées dans ce secteur comporte des volets d'aspect divers et notamment que l'une d'entre elles est dotée de volets roulants non intégrés au bâtiment. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas allégué, que la construction projetée serait visible depuis l'église Notre-Dame des Trévois ou en covisibilité avec ce bâtiment classé à l'inventaire des monuments historiques. Par suite, c'est au prix d'une erreur d'appréciation que le maire de Troyes a estimé que le projet, qui se limite à l'installation de volets roulants, était de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales.

6. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le maire de Troyes s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposé le 24 juin 2021.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Troyes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le maire de Troyes s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposé par M. A le 24 juin 2021 est annulé.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Troyes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Troyes.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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