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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102119

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102119

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 21 septembre 2021, 29 septembre 2021, 7 octobre 2021, 19 janvier 2023 et 29 mars 2023 sous le numéro 2102119, M. F D et Mme G D, représentés par Me Choffrut, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2021 par lequel le maire d'Orbais l'Abbaye a délivré à la société Les Arvaudes un permis de construire un hangar à usage agricole sur un terrain situé à la ferme du Tremblay, sur le territoire de la commune d'Orbais l'Abbaye ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Orbais l'Abbaye la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ; ils justifient d'un intérêt pour agir ;

- l'arrêté attaqué est irrégulier dès lors qu'il ne comporte pas la mention des nom et prénom de son signataire ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye ; la couleur de la toiture n'est pas de teinte RAL 8012, en méconnaissance de ces dispositions ; le projet porte atteinte au caractère des lieux avoisinants ;

- l'arrêté portant permis de construire modificatif du 26 mars 2023 ne permet pas de régulariser l'irrégularité tenant à la couleur de la toiture dès lors que les panneaux photovoltaïques sont nécessairement de couleur noire ; sans ces panneaux, le projet ne serait pas économiquement viable ; le projet ne peut donc être réalisé avec une toiture de teinte brun-rouge, conforme au règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, la commune d'Orbais l'Abbaye conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme D ne sont pas fondés.

La commune d'Orbais l'Abbaye a produit un arrêté portant permis de construire modificatif, délivré le 26 mars 2023, enregistré le 27 mars 2023.

Par deux mémoires en intervention, enregistrés le 21 février 2022 et le 18 avril 2023, la société civile Kefren, représentée par Me Sacksick, s'associe aux conclusions de M. et Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 août 2021 par lequel le maire d'Orbais l'Abbaye a délivré à la société Les Arvaudes un permis de construire un hangar agricole.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à intervenir ;

- l'arrêté attaqué ne comporte aucune mention permettant d'en identifier son auteur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le maire d'Orbais l'Abbaye était incompétent pour délivrer l'arrêté de permis de construire dès lors que les dispositions de l'article R. 422-2 du code de l'urbanisme attribuent au préfet la compétence en matière d'autorisation d'urbanisme pour les ouvrages de production d'énergie ;

- le dossier de permis de construire était incomplet, en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 442-1 et R. 421-23 du code de l'urbanisme dès lors que le projet supposait d'obtenir préalablement une autorisation de division de parcelles ; cette irrégularité est constitutive d'une fraude à la législation aux lotissements ; ce vice n'est pas susceptible d'être régularisé ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye ; la couleur de la façade n'est pas de couleur RAL 1014 en méconnaissance de ces dispositions ; la couleur de la toiture n'est pas de couleur RAL 8012, en méconnaissance de ces dispositions ; le projet porte atteinte au caractère des lieux avoisinants ;

- l'arrêté du 26 mars 2023 portant permis de construire modificatif révèle que l'arrêté du 24 août 2021 a bien été signé par le maire, alors en exercice, M. B D ; ce dernier était intéressé au projet en raison de ses liens familiaux avec le pétitionnaire ; le maire devait mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme et faire procéder à la désignation, par le conseil municipal, d'un autre de ses membres pour prendre l'arrêté de permis de construire.

La requête a été communiqué à la société Les Arvaudes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par courrier du 8 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible d'accueillir les moyens tirés de l'absence de mention des nom et prénom du signataire de l'arrêté du 24 août 2021 ainsi que de l'incompétence du signataire de l'arrêté portant permis de construire modificatif du 6 novembre 2021 et, en conséquence, de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai fixé en vue d'une régularisation.

La société Kefren a présenté des observations, enregistrées le 10 février 2023.

Par courrier du 24 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible d'accueillir le moyen tiré de ce que le projet méconnaît les dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye et, en conséquence, de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai fixé en vue d'une régularisation.

M. et Mme D ont présenté des observations, enregistrées le 29 mars 2023.

II°) Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 6 janvier 2022, 17 janvier 2022 et 19 janvier 2023 sous le numéro 2200045, M. F D et Mme G D, représentés par Me Choffrut, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2021 par lequel le maire d'Orbais l'Abbaye a délivré à la société Les Arvaudes un permis de construire modificatif pour un hangar à usage agricole sur un terrain situé à la ferme du Tremblay, sur le territoire de la commune d'Orbais l'Abbaye ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Orbais l'Abbaye la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ; ils justifient d'un intérêt pour agir ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté de permis modificatif ne régularise pas l'irrégularité entachant le permis initial et tenant à l'absence de mention, sur cet arrêté, des nom et prénom de son signataire ; une telle irrégularité n'est pas susceptible de régularisation par un permis modificatif ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye ; la couleur de la toiture n'est pas de couleur RAL 8012, en méconnaissance de ces dispositions ; le projet porte atteinte au caractère des lieux avoisinants.

Par des mémoires en défense et une pièce complémentaire, enregistrés le 22 mars 2022, le 26 mars 2023 et le 6 mai 2023, la commune d'Orbais l'Abbaye, représentée par Me Procureur, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoie à statuer, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme en vue d'une régularisation, ainsi qu'à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme D et de la société Kefren le versement de la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions présentées par la société Kefren sont irrecevables ;

- le premier adjoint au maire, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation par un arrêté reçu en sous-préfecture le 5 octobre 2020 ;

- les moyens soulevés par M. et Mme D ne sont pas fondés.

La requête a été communiqué à la société Les Arvaudes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par deux courriers des 8 février et 24 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible d'accueillir les moyens tirés de l'absence de mention des nom et prénom du signataire de l'arrêté du 24 août 2021, de l'incompétence du signataire de l'arrêté portant permis de construire modificatif du 6 novembre 2021 et de ce que le projet méconnaît les dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye et, en conséquence, de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai fixé en vue d'une régularisation.

La société Kefren a présenté des observations, enregistrées le 10 février 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauthier-Ameil, conseiller,

- les conclusions de M. Torrente, rapporteur public,

- les observations de Me Choffrut, représentant M. et Mme D,

- les observations de Me Jarroux, représentant la SC Kefren,

- et les observations de Me Procureur, représentant la commune d'Orbais l'Abbaye.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 mai 2021, la société Les Arvaudes a déposé une demande de permis de construire portant sur l'implantation d'un hangar agricole sur un terrain situé à la ferme du Tremblay, sur le territoire de la commune d'Orbais l'Abbaye. Par un arrêté du 24 août 2021, le maire d'Orbais l'Abbaye a délivré à la société Les Arvaudes le permis demandé. Par un arrêté du 6 novembre 2021, le maire a délivré au pétitionnaire un permis de construire modificatif. Par un arrêté du 26 mars 2023, le maire a délivré un nouveau permis de construire modificatif à la société Les Arvaudes. M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler les arrêtés des 24 août 2021 et 6 novembre 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2102119 et 2200045 introduites par M. et Mme D présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur l'intervention de la société Kefren :

3. Il ressort des pièces du dossier que la société Kefren est propriétaire d'une maison à usage d'habitation située à environ 450 mètres du projet. Ce dernier porte sur la construction d'un hangar agricole de 120 mètres de long, de 20 mètres de large et de plus de 12 mètres de hauteur qui sera visible depuis la propriété de la société Kefren. Cette dernière soutient, par ailleurs, que compte tenu de l'ampleur du projet, il entraînera à la fois un préjudice esthétique ainsi qu'une perte de valeur de son bien. En outre, la société fait valoir que la toiture du hangar sera recouverte de panneaux photovoltaïques qui provoqueront des réverbérations de nature à causer des nuisances aux occupants de sa propriété. Eu égard à ces circonstances, la société Kefren justifie d'un intérêt à l'annulation de l'arrêté du 24 août 2021. Dès lors, son intervention doit être admise dans la requête n° 2102119.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Si la commune d'Orbais l'Abbaye fait valoir que les conclusions de la société Kefren tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 novembre 2021 sont irrecevables, cette société n'a présenté aucune conclusion à l'encontre de cet arrêté. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté du 24 août 2021 qui n'ont pas été modifiées par les arrêtés des 6 novembre 2021 et 26 mars 2023 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 422-2 du code de l'urbanisme : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : () / b) Pour les ouvrages de production, de transport, de distribution et de stockage d'énergie lorsque cette énergie n'est pas destinée, principalement, à une utilisation directe par le demandeur ; () ". Selon l'article R. 422-2-1 du même code : " Les installations de production d'électricité à partir d'énergie renouvelable accessoires à une construction ne sont pas des ouvrages de production d'électricité au sens du b de l'article L. 422-2 ".

7. Le permis de construire litigieux a pour objet la construction d'un hangar agricole recouvert de panneaux photovoltaïques, destinés à produire de l'électricité à partir d'énergie renouvelable. Alors même que la vente de la production électrique serait de nature à assurer la viabilité économique du projet, les panneaux photovoltaïques sont, au sens de l'article R. 422-2-1 du code de l'urbanisme, des accessoires à la construction. Par suite, la société intervenante n'est pas fondée à soutenir que le préfet était seul compétent pour délivrer le permis de construire. Le moyen tiré de l'incompétence du maire doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; () ".

9. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

10. L'intervenante soutient que le dossier de demande de permis de construire ne fait pas apparaître l'implantation du projet par rapport aux constructions et paysages avoisinants et, en particulier, par rapport à la maison dont elle est propriétaire, en méconnaissance des dispositions du b) du 2° de l'article R. 431-8 et du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme. Toutefois, la notice architecturale jointe au dossier de demande de permis de construire précise que l'habitation la plus proche du projet se trouve à 33,60 mètres de distance et précise les mesures envisagées pour assurer l'insertion du projet par rapport à cette propriété. En outre, à supposer même que la propriété de la société Kefren, distante de 450 mètres du projet, puisse être regardée comme une construction avoisinante, le dossier de demande de permis de construire comporte un extrait de plan cadastral faisant apparaître la propriété de M. et Mme D, ainsi que des photographies du terrain et des lieux avoisinants permettant d'apprécier l'implantation du projet par rapport aux constructions ou paysages avoisinants. Si le document graphique d'insertion ne comporte aucun élément sur le traitement des accès, il ressort des autres documents joints à la demande, et notamment de la notice architecturale et des plans de masse, que l'accès doit se faire par l'accès existant. Le dossier comprend également un montage photographique faisant apparaître le terrain avant et après réalisation du projet et qui permettait au service instructeur d'en apprécier l'insertion par rapport aux constructions et paysages avoisinants. Dès lors, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit être écarté.

11. En troisième lieu, les requérants soutiennent que le projet méconnaît les dispositions de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye, lequel interdit en zone 2 AU les constructions à usage d'activité industrielle. Toutefois, la circonstance que le hangar agricole, objet du litige, sera recouvert de panneaux photovoltaïques n'a pas pour objet de modifier la destination agricole du bâtiment qui a vocation à permettre le stockage de matériel agricole et de céréales. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article L. 442-2 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat précise, en fonction de la localisation de l'opération ou du fait que l'opération comprend ou non la création de voies, d'espaces ou d'équipements communs, les cas dans lesquels la réalisation d'un lotissement doit être précédée d'un permis d'aménager ". Aux termes de l'article L. 442-3 du même code : " Les lotissements qui ne sont pas soumis à la délivrance d'un permis d'aménager doivent faire l'objet d'une déclaration préalable ". Aux termes de l'article R. 421-19 du même code : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : / a) Les lotissements : / - qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement. Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur ; / - ou qui sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, dans les abords des monuments historiques, dans un site classé ou en instance de classement ; / () ". Aux termes de l'article R. 442-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est édifiée sur une partie d'une unité foncière qui a fait l'objet d'une division, la demande de permis de construire tient lieu de déclaration préalable de lotissement dès lors que la demande indique que le terrain est issu d'une division ". Il résulte de ces dispositions que, si tout lotissement doit être précédé soit d'un permis d'aménager, soit d'une déclaration préalable, une demande de permis de construire doit être regardée comme valant déclaration préalable lorsqu'elle précise que le terrain d'assiette du projet est issu d'une division.

13. Il ressort du dossier de demande de permis de construire présenté par le pétitionnaire que le projet porte sur la construction d'un hangar agricole sur un terrain situé sur les parcelles cadastrées B 325, 354 et 356, issues d'une division des parcelles B 285 et B 287, appartenant auparavant à M. C D et dont la SCEA Les Arvaudes aurait acquis la propriété en 2021. S'il est constant que ces parcelles n'avaient, préalablement à la demande, pas fait l'objet d'une division, le dossier de demande de permis de construire comporte un plan de division des parcelles B 285 et B 287 ainsi qu'un extrait de plan cadastral présentant la division parcellaire. Dans ces conditions, et alors même que le pétitionnaire a omis de cocher la case prévue à cet effet sur le formulaire de demande de permis de construire, sa demande devait être regardée, en application des dispositions précitées de l'article R. 442-2 du code de l'urbanisme, comme valant déclaration préalable de lotissement de la parcelle incluant le périmètre du terrain d'assiette du projet. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées et de l'absence d'autorisation de lotir doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

15. La société intervenante soutient que le projet sera générateur de nuisances sonores et olfactives, résultant notamment du passage des camions et engins agricoles devant effectuer des manœuvres de déchargement. Toutefois, l'intervenante ne produit aucun élément de nature à établir le risque de nuisances sonores allégué et leur caractère excessif dans une zone agricole. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le hangar litigieux, qui a vocation à permettre le stockage de matériel agricole et de céréales, pourrait être générateur de nuisances olfactives. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article A 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye : " 1. (). Les constructions doivent respecter, en particulier, les prescriptions suivantes : () 8. () les revêtements des murs d'une tonalité neutre (RAL 1014) () ".

17. Il résulte des termes de l'arrêté du 24 août 2021 que le permis de construire est accordé sous réserve du respect des prescriptions mentionnées à son article 2, lequel prévoit que le bac acier choisi pour les façades devra être de teinte RAL 1014. Par suite, la société intervenante n'est pas fondée à soutenir que les façades du hangar seront en bac acier (RAL 1019) en méconnaissance des dispositions de l'article A 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté du 6 novembre 2021 qui ont été modifiées par l'arrêté du 26 mars 2023 :

18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () ".

19. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 5 octobre 2020 pris en application des dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, le maire d'Orbais l'Abbaye a confié à son premier adjoint, délégation de fonction pour exercer, notamment, la fonction suivante : " Instruction et délivrance des demandes de renseignements d'urbanisme ". Les dispositions de cet arrêté ne peuvent être regardées comme ayant pour effet de conférer au premier adjoint de la commune compétence pour statuer sur les demandes de délivrance d'autorisation d'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté de permis modificatif du 26 mars 2023 a été signé par M. E A, lequel exerçait, à la date de signature de cet arrêté, les fonctions de maire par intérim, de sorte qu'il était compétent pour se prononcer sur une demande de délivrance d'un permis de construire. Il s'ensuit que l'arrêté du 26 mars 2023 permet de régulariser le vice affectant l'arrêté du 6 novembre 2021. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 6 novembre 2021 doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

20. En second lieu, les autres moyens soulevés à l'encontre de l'arrêté de permis de construire modificatif du 6 novembre 2021, qui se rapportent à des éléments du projet autorisés par l'arrêté du 24 août 2021 et non modifiés par l'arrêté du 6 novembre 2021, doivent être écartés comme inopérants.

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté du 24 août 2021 qui ont été modifiées par l'arrêté du 26 mars 2023 :

21. En premier lieu, l'article A 424-2 du code de l'urbanisme prévoit que l'arrêté portant permis de construire doit mentionner, en caractères lisibles, le prénom, le nom et la qualité de son signataire. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

22. Il ressort des pièces du dossier que si l'arrêté du 24 août 2021 ne comportait pas la mention du prénom, du nom et de la qualité de son signataire, en méconnaissance des dispositions précitées, l'arrêté du 26 mars 2023 portant permis de construire modificatif comporte l'ensemble des mentions exigées par lesdites dispositions et permet, dès lors, de régulariser le vice affectant le permis initial. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

23. En deuxième lieu, si la société Kefren soutient que le signataire de l'arrêté du 24 août 2021, M. B D, alors maire d'Orbais l'Abbaye, était intéressé à l'affaire en raison de ses liens familiaux avec le pétitionnaire, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté de permis de construire modificatif du 26 mars 2023 a été pris par M. E A, maire par intérim, dont il n'est ni soutenu ni allégué qu'il serait intéressé à l'affaire. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

24. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article A 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orbais l'Abbaye : " 1. Les constructions et leurs extensions, ainsi que les éléments d'accompagnement (clôture, garage) ne doivent pas porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, aux sites et aux paysages urbains (). Les constructions doivent respecter, en particulier, les prescriptions suivantes : () 8. Les toitures sont de teinte brun rouge (RAL 8012) () ". Il résulte des dispositions précitées que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

25. D'une part, l'arrêté portant permis de construire modificatif du 26 mars 2023 prévoit, en son article 2, que la toiture du bâtiment, laquelle inclut nécessairement les panneaux photovoltaïques qui en recouvriront la surface, sera de teinte brun-rouge (RAL 8012), conformément aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Si M. et Mme D soutiennent que cette prescription remet en cause la rentabilité économique du projet et rend ainsi toute régularisation impossible, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du permis de construire, laquelle ne dépend pas des modalités de financement du projet autorisé. Dès lors, l'arrêté du 26 mars 2023 permet de régulariser le vice affectant le permis initial. Le moyen ainsi invoqué doit être écarté comme inopérant.

26. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si le terrain d'assiette du projet se trouve à proximité de la maison de M. et Mme D ainsi que d'un bois classé en zone Np du plan local d'urbanisme et couvert par la ZNIEFF du bois de la fontaine brabant, de la croix rouge et de la croupière à Orbais, il est situé sur des parcelles à vocation agricole, lesquelles s'ouvrent, au sud et à l'ouest, sur de vastes espaces cultivés. Le projet s'inscrit dès lors dans un site agricole ne présentant pas d'intérêt particulier. Si M. et Mme D et la société Kefren soutiennent que, par ses dimensions, sa volumétrie, son aspect industriel et la couleur des matériaux choisis, le projet portera atteinte à l'intérêt paysager des lieux, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la création d'une haie végétalisée au nord, afin d'atténuer l'impact visuel de la construction depuis la propriété de M. et Mme D. Eu égard au caractère agricole et à l'absence d'intérêt particulier des lieux avoisinants, et nonobstant le volume important de la construction projetée, le moyen tiré de ce que le projet porterait atteinte au caractère des lieux avoisinants doit être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés des 24 août et 6 novembre 2021 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ". Il résulte de ces dispositions que le paiement des sommes exposées et non comprises dans les dépens ne peut être mis à la charge que de la partie qui perd pour l'essentiel. La circonstance qu'au vu de la régularisation intervenue en cours d'instance, le juge rejette finalement les conclusions dirigées contre la décision initiale, dont le requérant était fondé à soutenir qu'elle était illégale et dont il est, par son recours, à l'origine de la régularisation, ne doit pas à elle seule, pour l'application de ces dispositions, conduire le juge à mettre les frais à sa charge ou à rejeter les conclusions qu'il présente à ce titre.

29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'intervention de la société Kefren est admise dans la requête n° 2102119.

Article 2 : Les requêtes n° 2102119 et 2200045 de M. et Mme D sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune d'Orbais l'Abbaye au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et Mme G D, à la société civile Kefren, à la société civile d'exploitation agricole Les Arvaudes et à la commune d'Orbais l'Abbaye.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GAUTHIER-AMEILLa présidente,

signé

A-S. MACH

Le greffier,

signé

E. MOREUL

N°s 2102119 et 2200045

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