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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102233

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102233

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEGI CONSEILS BOURGOGNE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2021, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) du Faubourg Saint Martin, représenté par Me Chiron, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2021 en tant que la préfète de la région Grand Est a refusé de lui délivrer une autorisation d'exploiter des terres d'une surface de 12,4230 ha situées sur le territoire de la commune de Buxières-lès-Clefmont ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, dès lors que l'existence de la délégation de signature de cette dernière n'est pas établie ;

- le caractère contradictoire de sa procédure d'adoption n'a pas été respecté, dès lors que le contenu des dossiers concurrents n'a pas été porté à sa connaissance et qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations utiles ;

- il bénéficie d'une autorisation tacite d'exploiter née de l'absence de notification d'une décision par la préfète de la région Grand Est dans un délai de quatre mois à compter de l'enregistrement de sa demande ;

- le rang prioritaire reconnu à M. C n'est pas justifié par la préfète de la région Grand Est ;

- le souhait et la position du bailleur des terres en cause concernant une exploitation par M. C n'ont pas été pris en compte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le GAEC du Faubourg Saint Martin ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n° 2007-865 du 14 mai 2007 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- et les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 août 2021, la préfète de la région Grand Est a notamment refusé d'autoriser le GAEC du Faubourg Saint Martin à exploiter une surface de 12,4230 hectares sur la commune de Buxières-lès-Clefmont, correspondant à des parcelles ZB 05, ZB 06, ZB 17, ZD 08 et ZD 09. Par sa requête, le GAEC du Faubourg Saint Martin demande au tribunal l'annulation de cet arrêté dans cette mesure.

2. En premier lieu, la préfète de la région Grand Est a donné délégation de signature à l'effet de signer l'ensemble des actes, décisions et correspondances relatif au contrôle des structures à Mme A B, directrice régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de la région Grand Est, par un arrêté du 3 février 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la région Grand Est du même jour. Par une décision du 3 mai 2021, publiée le 7 mai 2021 au recueil des actes administratifs de la région Grand Est, Mme B a donné délégation de signature en matière d'économie agricole et agroalimentaire à M. D, chef de service régional d'économie agricole et agroalimentaire, signataire de l'acte en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime : " La commission départementale d'orientation de l'agriculture mentionnée à l'article R. 313-1 peut être consultée sur les demandes d'autorisation d'exploiter auxquelles il est envisagé d'opposer un refus pour l'un des motifs prévus à l'article L. 331-3-1. Dans ce cas, et lorsque des candidatures concurrentes ont été enregistrées sur tout ou partie des biens qui font l'objet de la demande, l'ensemble des dossiers portant sur ces biens lui est soumis au cours de la même séance. / Les candidats, les propriétaires et les preneurs en place sont informés de la date d'examen des dossiers les concernant par la commission par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou remise contre récépissé ". Si dans sa version antérieure au décret du 14 mai 2007 relatif au contrôle des structures des exploitations agricoles et modifiant le code rural, cet article comportait, en outre, des dispositions selon lesquelles le service chargé d'instruire la demande d'autorisation informait le demandeur, le propriétaire et le preneur en place qu'ils pouvaient présenter des observations écrites et, à leur demande, être entendus par la commission départementale d'orientation de l'agriculture, ces dispositions ne sont plus reprises au code rural et de la pêche maritime ni par aucun autre texte.

4. En dehors de la formalité d'information prévue par les dispositions précitées du I de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime, à laquelle il n'est pas allégué que le préfet n'aurait pas satisfait en l'espèce, aucune disposition législative ou réglementaire en vigueur à la date de la décision litigieuse ne faisait obligation à l'administration de communiquer au GAEC du Faubourg Saint Martin le dossier déposé par son concurrent pour lui permettre de présenter des observations à cet égard. Par suite, le GAEC du Faubourg Saint Martin ne peut pas utilement soutenir que les demandes des candidats concurrents concernant les surfaces faisant l'objet de sa demande d'autorisation d'exploiter ne lui ont pas été communiquées en vue de la réunion de la commission départementale d'orientation de l'agriculture de la Haute-Marne, ni qu'il aurait été, par voie de conséquence, privé de la possibilité de présenter des observations utiles. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure au motif de son caractère non contradictoire doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " I.- Le préfet de région dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier complet mentionnée dans l'accusé de réception pour statuer sur la demande d'autorisation. () / III.- () / A défaut de notification d'une décision dans le délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier ou, en cas de prorogation de ce délai, dans les six mois à compter de cette date, l'autorisation est réputée accordée. En cas d'autorisation tacite, une copie de l'accusé de réception mentionné à l'article R. 331-4 est affichée et publiée dans les mêmes conditions que l'autorisation expresse ".

6. Il est constant qu'à défaut de notification d'une décision dans le délai de quatre mois suivant le dépôt de la demande réputée complète du GAEC du Faubourg Saint Martin et en l'absence de prorogation de ce délai d'instruction, ce dernier a bénéficié d'une autorisation tacite d'exploiter la surface visée au point 1 du présent jugement en application des dispositions de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime. Toutefois, l'arrêté en litige, qui refuse explicitement au GAEC du Faubourg Saint Martin l'autorisation d'exploiter cette surface, doit être regardé, ainsi que le fait valoir la préfète de la région Grand Est, comme ayant rapporté l'autorisation tacite dont il bénéficiait. En se bornant à soutenir que l'autorisation tacite est réputée acquise et que la décision contestée, intervenue tardivement, méconnaît cette autorisation tacite, le GAEC du Faubourg Saint Martin ne conteste pas utilement la légalité de cette décision de retrait et n'assortit, en tout état de cause, pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En quatrième lieu, en application de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime, l'autorité administrative saisie d'une demande d'autorisation d'exploiter des terres agricoles, vérifie, compte tenu des motifs de refus prévus à l'article L. 331-3-1, si les conditions de l'opération permettent de délivrer l'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 et se prononce sur la demande d'autorisation par une décision motivée. Il résulte de ces dispositions que le préfet, saisi de demandes concurrentes d'autorisation d'exploiter portant sur les mêmes terres, doit, pour statuer sur ces demandes, observer l'ordre des priorités établi par le schéma directeur départemental ou régional des structures agricoles.

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour les parcelles litigieuses, la demande du GAEC du Faubourg Saint Martin était en concurrence avec celle d'un autre candidat, M. C. Pour refuser l'autorisation d'exploiter ces parcelles au GAEC du Faubourg Saint Martin, la préfète de la région Grand Est a retenu que sa demande était classée, au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Champagne-Ardenne, à un rang de priorité inférieur à celui de la demande de son concurrent, cette dernière ayant été, ainsi qu'il ressort de la motivation de l'arrêté contesté, regardée comme relative à un agrandissement inférieur au seuil de contrôle et inférieur au seuil d'agrandissement excessif. En se bornant à soutenir que la préfète de la région Grand Est ne justifie pas, par tout document utile, du rang de priorité de cette demande concurrente, sans même se prévaloir d'un motif tenant à l'existence d'une erreur dans le classement de cette candidature, le GAEC du Faubourg Saint Martin n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. En dernier lieu, si le GAEC du Faubourg Saint Martin soutient que, pour des raisons personnelles, le bailleur des parcelles litigieuses ne souhaite pas les donner à bail à M. C, lequel a obtenu une autorisation de les exploiter, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté comme inopérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête du GAEC du Faubourg Saint Martin doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête du GAEC du Faubourg Saint Martin est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au groupement agricole d'exploitation en commun du Faubourg Saint Martin et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand Est.

Délibéré après l'audience du 26 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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