jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2102268 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | JEANNIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, deux mémoires et des pièces, enregistrés les 14 octobre 2021, 11 novembre 2021, 19 novembre 2021, 18 août 2022, 3 novembre 2022 et 1er février 2023, M. B C, représenté par Me Tribouley, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- à supposer que son dossier de demande de titre de séjour était incomplet, la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet était tenu de l'inviter à produire les pièces manquantes, en application des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations du 4ème alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2021 et 29 août 2022, le préfet de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la demande de M. C était incomplète dès lors qu'il n'a pas présenté de justificatifs de nationalité et de présence en France de ses enfants, ni de justificatifs établissant la nationalité de leur mère ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2023 à 12 heures.
Par décision du 30 août 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Vincent Torrente, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 18 octobre 1990, déclare être entré sur le territoire français pour la dernière fois au cours de l'année 2020. Il a sollicité, le 16 juillet 2020, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 12 mars 2021, le préfet de la Haute-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé. L'intéressé a formé, à l'encontre de cette décision, un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 12 mars 2021 du préfet de la Haute-Marne, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ".
3. Aux termes des dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision contestée et désormais reprises à l'article R. 431-10 : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. () ". Aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ". Ces dispositions imposent à l'administration, à peine d'illégalité de sa décision, d'indiquer au demandeur, lorsque la demande de ce dernier est incomplète, les pièces ou les informations manquantes dont la production est requise par un texte pour permettre l'instruction de cette demande.
4. Pour refuser de délivrer à M. C un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées du 4. de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet de la Haute-Marne s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas de la nationalité et de la résidence en France de ses enfants ainsi que sur la menace pour l'ordre public que représente son comportement.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C est le père de deux enfants nés de sa relation avec sa compagne de nationalité française. Le requérant produit, à cet égard, la carte nationale d'identité de l'un de ses fils, A, ainsi que les copies intégrales d'acte de naissance de chacun de ses deux enfants indiquant qu'ils sont nés le 20 décembre 2018 à Saint-Dizier d'une mère elle-même née en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les deux enfants de M. C, qui résidaient initialement avec leur mère, à Saint-Dizier, avant d'être placés auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, placement renouvelé jusqu'au 30 octobre 2021 par un jugement du juge des enfants du 24 septembre 2020, ont toujours résidés sur le territoire français.
6. Si le préfet soutient, pour la première fois dans le cadre de la présente instance, que M. C n'a pas présenté la carte nationale d'identité ou un certificat de nationalité de ses enfants à l'appui de sa demande de titre de séjour, documents désormais exigés au titre de la rubrique numéro 30 de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne conteste pas ne pas avoir demandé au demandeur de lui communiquer ces pièces, dans les conditions prévues à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration précité. La substitution de motif ainsi sollicitée par le préfet de la Haute-Marne, qui est de nature à priver l'intéressé d'une garantie, doit ainsi être écarté.
7. D'autre part, les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Marne a estimé que la présence de l'intéressé sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public en raison de sa condamnation, le 18 janvier 2019 par le tribunal correctionnel de Chaumont, à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis assortie d'une interdiction du territoire français pour une durée de six mois pour des faits de violence sur conjoint sans incapacité et de maintien irrégulier sur le territoire français. Dans les circonstances de l'espèce, cette seule condamnation, compte tenu de la nature des faits reprochés et de leur caractère isolé, ne saurait suffire à considérer que la présence du requérant sur le territoire français serait de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, si le préfet se prévaut de la circonstance que M. C a été mis en cause, en octobre 2021, pour des faits de violence, le tribunal correctionnel de Chaumont a considéré qu'il se trouvait en état de légitime défense et l'a en conséquence relaxé par un jugement du 15 octobre 2021. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de certificat de résidence au motif qu'il constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de la Haute-Marne a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de la Haute-Marne du 12 mars 2021 ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux formé par M. C doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que M. C, qui conserve l'autorité parentale sur ses enfants, s'est vu accorder, par un jugement du juge des enfants du tribunal de Chaumont du 24 septembre 2020, un droit de visite en lieu neutre et que l'intéressé s'est rendu, durant toute la période du 11 janvier 2021 au 8 septembre 2021, deux fois par mois auprès de ses enfants. Dans ces conditions et eu égard aux motifs d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de délivrer à M. C, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
11. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Tribouley, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Tribouley de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E:
Article 1er : La décision du 12 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Marne a rejeté la demande de titre de séjour de M. C ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux formé par M. C sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Haute-Marne de délivrer à M. C un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit.
Article 3 : L'Etat versera à Me Tribouley une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Juliane Tribouley et à la préfète de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023
Le rapporteur,
Signé
V. TORRENTELa présidente,
Signé
A-S MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026