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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102332

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102332

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2021, M. E C, représenté par Me Robert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 26 août 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Etréchy a décidé la conclusion de baux ruraux en vue de la location à M. A et à M. F de terres agricoles d'une superficie de 13 hectares ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Etréchy une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure est irrégulière dès lors que le délai de convocation du conseil municipal prévu à l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales n'a pas été respecté ;

- la délibération est entachée d'irrégularité dès lors qu'il n'est pas justifié du respect de l'obligation d'information prévue à l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, et notamment de l'information relative aux différentes candidatures ;

- la délibération est entachée d'irrégularité en raison de la présence et du vote de M. Thiel, qui est le beau-frère de M. A ;

- elle méconnaît l'ordre des priorités prévu à l'article L. 411-15 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'il était le seul candidat réalisant une installation en bénéficiant de la dotation à l'installation aux jeunes agriculteurs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, la commune d'Etréchy, représentée par Me Sens-Salis, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. D A et à M. B F, qui n'ont pas produit d'observations.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 30 août 2023 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, présidente,

- et les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Etréchy, qui est propriétaire d'une parcelle cadastrée A 32 d'une contenance de 27 ha 78 a sur le territoire de la commune de Soulières, a, par délibération du 26 août 2021, décidé de mettre 13 ha de ces terres agricoles en location et de retenir M. A et M. F en qualité de preneurs à bail. M. C, candidat évincé, demande au tribunal d'annuler la délibération du 26 août 2021 du conseil municipal de la commune d'Etréchy.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. / En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire, sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. Le maire en rend compte dès l'ouverture de la séance au conseil municipal qui se prononce sur l'urgence et peut décider le renvoi de la discussion, pour tout ou partie, à l'ordre du jour d'une séance ultérieure. ".

3. Il ressort des mentions de la délibération du conseil municipal de la commune d'Etréchy que la convocation à la séance du 26 août 2021 a été adressée aux conseillers municipaux le 16 août 2021, dans le respect du délai de trois jours francs prévu par l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales. Si M. C conteste que les convocations aient été faites dans les délais, il n'assortit toutefois ses allégations d'aucun élément circonstancié. Par suite, ces seules allégations ne sauraient conduire à remettre en cause les mentions factuelles et précises de la délibération, qui, au demeurant, font foi jusqu'à preuve contraire. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le délai prévu par l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales a été méconnu.

4. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".

5. Si les membres du conseil municipal tiennent de leur qualité de membres de l'assemblée municipale appelés à délibérer sur les affaires de la commune, le droit d'être informés de tout ce qui touche à ces affaires dans des conditions leur permettant de remplir normalement leur mandat et s'ils doivent disposer des projets de délibérations et des documents préparatoires qui les accompagnent au début des séances au cours desquelles ces projets doivent être soumis au vote du conseil municipal, ni les dispositions de l'article L. 2121-13 précitées, ni aucun principe n'imposait toutefois au maire de communiquer aux conseillers municipaux les candidatures qui ont été présentées en vue de l'obtention du bail avec les convocations, ni même préalablement à la séance du conseil municipal en l'absence d'une demande en ce sens de leur part. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même allégué, que le conseil municipal, qui a examiné les quatre candidatures au cours de la séance du 26 août 2021, ne disposait pas des informations nécessaires, ni en tout état de cause que la communication de ces documents aurait été refusée aux intéressés par le maire. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doit, dès lors, être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable à la date de la délibération en litige : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. ".

7. Il résulte de ces dispositions que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité. De même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation préalable ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération.

8. Il ressort de la délibération du 26 août 2021 que M. Thiel, conseiller municipal, a présidé la séance et a participé au vote. Toutefois, la seule circonstance qu'il a pris part à la séance et au vote au cours de laquelle a été adoptée la délibération décidant de louer certaines parcelles du domaine privé de la commune à une personne présentant des liens de parenté avec lui n'est pas de nature, à elle seule, à justifier l'annulation de cette délibération. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas allégué, que M. Thiel aurait été intéressé, soit en son nom personnel, soit comme mandataire, aux locations qui faisaient l'objet de cette délibération. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, à le supposer soulevé, ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 411-15 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque le bailleur est une personne morale de droit public, le bail peut être conclu soit à l'amiable, soit par voie d'adjudication. / Lorsque le bail est conclu à l'amiable, le prix du fermage doit être compris entre les maxima et les minima prévus à l'article L. 411-11 du présent code. / Lorsque le bail est conclu par adjudication, les enchères sont arrêtées dès que le prix offert pour le fermage atteint le montant maximum fixé en application de l'article L. 411-11. Dans ce cas, tous les enchérisseurs peuvent se porter preneur au prix maximum. En cas de pluralité d'enchérisseurs à ce prix, le bailleur choisit parmi eux le bénéficiaire du nouveau bail ou procède par tirage au sort. / Quel que soit le mode de conclusion du bail, une priorité est réservée aux exploitants qui réalisent une installation en bénéficiant de la dotation d'installation aux jeunes agriculteurs ou, à défaut, aux exploitants de la commune répondant aux conditions de capacité professionnelle et de superficie visées à l'article L331-2 du présent code, ainsi qu'à leurs groupements. / Ces dispositions s'appliquent aux conventions pluriannuelles d'exploitation agricole ou de pâturage mentionnées à l'article L. 481-1. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui est titulaire d'un baccalauréat professionnel en conduite et gestion de l'exploitation agricole et qui envisageait de s'installer au 1er novembre 2021, avait rencontré un conseiller de l'Association de développement, d'aménagement et de services en environnement et en agriculture (ADASEA) en février 2021 et avait élaboré un plan de professionnalisation personnalisé, lequel a été agréé par le préfet de la Marne le 31 août 2021. Toutefois, il résulte d'une lettre de mission d'installation de FDSEA conseil du 6 septembre 2021, qu'à cette date, le requérant n'avait ni réalisé le stage nécessaire de 21 heures, ni élaboré une étude de faisabilité générale et de structuration de son projet d'installation, ni établi le plan d'entreprise mentionné à l'article D. 343-7 du code rural et de la pêche maritime. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même allégué, qu'à la date de la délibération litigieuse, l'intéressé avait déposé une demande de dotation en vue de faciliter la première installation des jeunes agriculteurs. Dans ces conditions, M. C ne pouvait prétendre au bénéfice de la priorité réservée aux exploitants qui réalisent une installation en bénéficiant de la dotation d'installation aux jeunes agriculteurs prévue à l'article L. 411-15 du code rural et de la pêche maritime.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 26 août 2021 du conseil municipal de la commune d'Etréchy.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Etréchy, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Etréchy et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la commune d'Etréchy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à la commune d'Etréchy, à M. D A et à M. B F.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

V. TORRENTELa présidente-rapporteure,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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