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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102429

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102429

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ACG & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 novembre 2021 et 11 avril 2022, M. E B, représenté par Me Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er octobre 2021 par lequel le conseil départemental de la Marne a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de révocation et l'a radié des cadres à compter du 8 octobre 2021 au soir ;

2°) de mettre à la charge du département de la Marne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il se fonde sur l'avis motivé du conseil de discipline sans que cet avis ne soit joint ou repris dans la décision ;

- n'ayant pas été destinataire de l'avis motivé lors de la notification de l'arrêté attaqué, la sanction est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022, le département de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D A,

- les conclusions de Mme C de Laporte, rapporteure publique,

- et les observations de Me Thomas, représentant M. B.

Une note en délibéré a été enregistrée le 9 septembre 2022 pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par le département de la Marne en qualité d'agent contractuel à compter du 1er septembre 2008. Il a été titularisé dans le corps des adjoints techniques à compter du 1er décembre 2010 et nommé au poste d'agent coordinateur au sein de la circonscription des infrastructures et du patrimoine de Suippes. A la suite d'un arrêt de la cour d'appel de Reims du 12 mai 2021, qui reconnait la culpabilité de M. B pour des faits d'agression sexuelle le département de la Marne a prononcé à l'encontre de M. B la sanction disciplinaire de révocation et l'a radié des cadres à compter du 8 octobre 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable: " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () / troisième groupe : / la rétrogradation ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office ; / la révocation ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. Le comportement d'un fonctionnaire en dehors du service peut constituer une faute de nature à justifier une sanction s'il a pour effet de perturber le bon déroulement du service ou de jeter le discrédit sur l'administration. Il en va de même, en l'absence de toute atteinte à la réputation de l'administration, lorsque la gravité des agissements reprochés à l'intéressé les rend incompatibles avec les fonctions qu'il exerce.

4. M. B, recruté en tant qu'agent contractuel le 1er septembre 2008, a été titularisé dans le corps des adjoints techniques à compter du 1er décembre 2010. Il a été promu en qualité d'adjoint technique principal au 1er août 2015 et occupait le poste d'agent coordinateur au sein de la circonscription des infrastructures et du patrimoine de Suippes du département de la Marne. Par arrêt de la Cour d'appel de Reims du 12 mai 2021, devenu définitif, M. B a été condamné à une peine d'emprisonnement de quatre années, dont deux ans assortis d'un sursis probatoire, pour avoir commis, en dehors de son service, entre le 18 octobre et le 2 novembre 2014, des faits d'agression sexuelle sur une mineure de plus de quinze ans, dans le cadre d'une formation qu'il encadrait en sa qualité de pompier volontaire, chef du centre de secours de Suippes.

5. Pour fonder la décision de révocation en litige, le département de la Marne a retenu que l'intéressé avait manqué à ses obligations déontologiques de moralité et d'exemplarité, qu'il avait jeté le discrédit sur la collectivité territoriale au sein de laquelle il est affecté et qu'il avait porté atteinte à l'honneur et à la considération des fonctions d'agent public.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'expertise judiciaire psychiatrique du 3 janvier 2017, produite par le requérant, que l'expert a estimé que M. B était un pervers sexuel attiré par les très jeunes filles, risquant de récidiver par des comportements d'agressions sexuelles ou harcèlement sexuel. Ainsi, eu égard aux constatations faites par le juge pénal dans son arrêt du 12 mai 2021 et aux expertises judiciaires, les faits d'agressions sexuelles pour lesquelles M. B a été définitivement condamné, sont d'une particulière gravité. Toutefois, en premier lieu, en se bornant à se prévaloir de son lien fonctionnel avec le service départemental d'incendie et de secours de la Marne, établissement public distinct du département de la Marne, ce dernier ne justifie pas de l'atteinte à l'image de ses propres services qui aurait résulté des faits en cause et de la condamnation pénale de son agent. En dépit de la publicité de sa condamnation pénale, il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que les agissements de M. B ont porté atteinte à l'honneur et à la réputation tant du corps des adjoints techniques territoriaux que du département de la Marne, ni jeté le discrédit sur cette collectivité. En deuxième lieu, le département n'établit pas que le maintien en fonctions de l'intéressé risquerait de perturber le bon fonctionnement de la circonscription des infrastructures et du patrimoine de Suippes, où, en outre, il a continué d'exercer durant toute la procédure pénale débutée en juin 2016. En troisième et dernier lieu, le département ne justifie pas plus de l'incompatibilité des agissements du fonctionnaire avec l'exercice de ses fonctions d'agent coordinateur, chargé notamment du suivi de l'entretien des routes, des comptages routiers, de la prévention des risques routiers, de la gestion du domaine public, ainsi que de formations de secourisme réalisées en interne. En outre, lors de son entretien d'évaluation du 6 janvier 2020, l'agent s'est vu d'ailleurs délivré un avis favorable de la part de sa hiérarchie en vue d'une promotion interne et de nouvelles responsabilités lui ont été confiées au cours de l'année 2019, malgré la connaissance des faits et son placement sous contrôle judiciaire depuis le 21 juillet 2016. Il s'ensuit que, dans ces circonstances particulières, et en dépit de l'extrême gravité des faits reprochés et constatés par le juge pénal, le président du conseil départemental de la Marne a commis une erreur de qualification juridique des faits en estimant que les agissements de M. B étaient de nature à justifier une sanction disciplinaire.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du président du conseil départemental de la Marne du 1er octobre 2021.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Marne une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du président du conseil départemental de la Marne du 1er octobre 2021 est annulé.

Article 2 : Le département de la Marne versera à M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au département de la Marne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. A

Le président,

Signé

O. NIZET

La greffière,

Signé

I. DELABORDE

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