vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2102524 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABAILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 novembre 2021, Mme A B de Piépape demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 21 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Chaumont l'a suspendue de ses fonctions sans traitement, à compter du 20 septembre précédent et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination.
2°) d'annuler le titre de recette n° 1046715 du 12 octobre 2021 ordonnant le reversement d'un trop-perçu de rémunération d'un montant de 711,13 euros relative à sa rémunération pour le mois de septembre 2021 ;
3°) à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier de Chaumont de la réintégrer dans ses fonctions et de lui reverser la rémunération dont elle a été privée.
Elle soutient que :
- la décision contestée ne pouvait prendre effet tant qu'elle était en congé de maladie, dont le point de départ était antérieur à son adoption, en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la loi du 11 janvier 1986 ;
- les produits proposés ne sont pas des vaccins mais des thérapies géniques ;
- ils ne disposent que d'une autorisation de mise sur le marché conditionnel ;
- elle n'a pas donné son consentement à ces essais thérapeutiques ;
- ces produits n'empêchent pas de contracter la maladie ;
- la vaccination ne présente aucune urgence.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2021, le centre hospitalier de Chaumont, représenté par Me Cabaillot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B de Piépape au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute d'avoir été signée, de comporter des conclusions et des moyens, méconnaît les dispositions de l'article R. 412-2 du code de justice administrative et n'a pas été précédée d'une demande indemnitaire préalable ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 1er février 2022 par une ordonnance du 20 décembre précédent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B de Piépape, qui appartient au corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés, exerce ses fonctions au sein du centre hospitalier de Chaumont (CHC) depuis le 22 juillet 2002. Par une décision du 21 septembre 2021, son directeur a suspendu l'intéressée de ses fonctions sans traitement, à compter du 20 septembre précédent et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination valide. Mme B de Piépape demande au tribunal l'annulation de cette décision ainsi que celle du titre de perception du 12 octobre 2021.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Aux termes de l'article R. 414-2 du code de justice administrative : " Les personnes physiques () de droit privé non représentées par un avocat, autres que celles chargées de la gestion permanente d'un service public, peuvent adresser leur requête à la juridiction par voie électronique au moyen d'un téléservice accessible par le réseau internet () ". Aux termes de l'article R. 414-3 du même code : " Les caractéristiques techniques () du téléservice mentionné à l'article R. 414-2 garantissent la fiabilité de l'identification des parties ou de leur mandataire, l'intégrité des documents adressés ainsi que la sécurité et la confidentialité des échanges entre les parties et la juridiction () ". Aux termes de son article R. 414-4 : " L'identification de l'auteur de la requête, selon les modalités prévues par l'arrêté mentionné à l'article R. 414-3, vaut signature pour l'application des dispositions du présent code () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B de Piépape a présenté son recours par le biais de l'application télérecours citoyen. Dès lors, en application des dispositions de l'article R. 414-4 du code de justice administrative précitées, sa requête n'avait pas à être signée.
4. Aux termes de l'article R. 412-2 du code de justice administrative : " Lorsque les parties joignent des pièces à l'appui de leurs requêtes et mémoires, elles en établissent simultanément un inventaire détaillé () ". Aux termes de l'article R. 414-5 du même code : " Par dérogation aux dispositions des articles () R. 412-2 () le requérant est dispensé de produire des copies de sa requête, de ses mémoires complémentaires et des pièces qui y sont jointes. Il est également dispensé de transmettre l'inventaire détaillé des pièces lorsqu'il utilise le téléservice mentionné à l'article R. 412-2 () ". Il en résulte que Mme B de Piépape était dispensée de présenter l'inventaire détaillé des pièces.
5. Contrairement à ce que fait valoir le CHC, la requête de Mme B de Piépape qui contient l'exposé de moyens et énonce des conclusions est suffisamment motivée.
6. Le CHC fait valoir que la requérante n'a pas formulé de demande préalable afin de récupérer les sommes dont elle aurait été à tort privée, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Cependant, Mme B de Piépape ne sollicite pas le versement d'une somme d'argent résultant de l'engagement de la responsabilité de l'hôpital mais se borne à demander l'annulation d'un titre de perception et à ce que son employeur la rétablisse dans ses droits, y compris par le versement des traitements dont elle estime avoir été indûment privée. Dès lors, la recevabilité de ces conclusions n'était pas conditionnée à la formulation d'une demande indemnitaire préalable.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
7. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".
8. Aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
9. En se bornant à alléguer que les vaccins constitueraient en réalité des thérapies géniques ou des essais cliniques, qu'ils n'empêchent pas la transmission de la maladie et qu'il n'y a pas d'urgence à vacciner, Mme B de Piépape ne conteste pas utilement la légalité de la décision en litige ni le bien-fondé du titre de perception contesté.
10. Il est constant qu'aucun traitement médical n'a été administré à Mme B de Piépape et, notamment, qu'elle n'a pas été contrainte de subir une injection de vaccin contre la covid-19 mais seulement suspendue de ses fonctions pour s'être soustraite à l'obligation vaccinale prévue par la loi. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision contestée méconnaît le principe du consentement préalable, libre éclairé du patient à tout traitement médical, garanti par le droit international, européen et interne doivent être écartés.
11. Les vaccins contre la covid-19 administrés en France ont fait l'objet d'une autorisation conditionnelle de mise sur le marché de l'Agence européenne du médicament, qui procède à un contrôle strict des vaccins afin de garantir que ces derniers répondent aux normes européennes en matière de sécurité, d'efficacité et de qualité et soient fabriqués et contrôlés dans des installations agréées et certifiées. Contrairement à ce qui est soutenu, les vaccins ne sauraient dès lors être regardés comme en phase expérimentale.
12. Il résulte des dispositions citées aux points 6 et 7 que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
13. Il ressort des pièces du dossier que Mme B de Piépape a été placée en congé de maladie à compter du 13 septembre 2021 et n'a repris ses fonctions qu'à partir du 11 octobre suivant. Dans ces conditions, la décision de suspension sans traitement prise à l'encontre de la requérante le 21 septembre 2021 ne pouvait prendre effet la veille et devait voir son entrée en vigueur différée au terme de son congé de maladie le 10 octobre 2021.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B de Piépape est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 21 septembre 2021, en tant qu'elle a pris effet antérieurement au 11 octobre 2021. Par voie de conséquence, le titre de recette du 12 octobre 2021, pris en application de la décision contestée, doit être également annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, son exécution implique nécessairement que l'administration adopte une décision rétablissant Mme B de Piépape dans ses droits, y compris à rémunération, et mettant fin à la procédure de recouvrement pour la période comprise entre le 20 septembre et le 10 octobre 2021 inclus dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
DECIDE :
Article 1er : La décision du directeur du centre hospitalier de Chaumont du 21 septembre 2021 est annulée en tant qu'elle prend effet avant la date du 11 octobre 2021.
Article 2 : Le titre de recettes du 12 octobre 2021 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Chaumont de rétablir Mme B de Piépape dans ses droits, y compris à rémunération, durant la période comprise entre les 13 septembre et 10 octobre 2021 inclus.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B de Piépape et au centre hospitalier de Chaumont.
Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme de Laporte, première conseillère,
M. Maleyre, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
Le rapporteur,
signé
P. H. MALEYRELe président,
signé
P. CRISTILLE
Le greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026