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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102546

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102546

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP AUBERSON DESINGLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Desingly, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 4 octobre 2021 par laquelle la directrice des ressources humaines de l'établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter de cette même date ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision le suspendant à titre conservatoire est illégale en ce qu'elle a été adoptée pour une durée dépassant les quatre mois prévus par les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- il ne pouvait plus faire l'objet d'une suspension à titre conservatoire illimitée et en tout cas au-delà de quatre mois, ayant été condamné antérieurement par un jugement du 16 décembre 2020 définitif inscrit au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ;

- en prévoyant qu'il ne pouvait se présenter sur le site de l'établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille et entrer en contact avec les salariés, les usagers ainsi que leur famille, sans préciser que cette interdiction ne s'étendait pas en dehors des heures de travail, l'administration a méconnu les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 et a, à tout le moins, adopté une mesure disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, l'établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille, représenté par Me Lesné, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2022 par une ordonnance du 3 août précédent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre,

- les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public,

- et les observations de Me Tricaud pour le compte de l'établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui appartient au corps des assistants socio-éducatifs de la fonction publique hospitalière, exerce ses fonctions au sein du pôle enfants de l'établissement départemental public d'accompagnement médico-social (EDPAMS) Jacques Sourdille (Ardennes). A l'occasion de l'instruction de son dossier en vue de l'attribution de la médaille d'honneur du travail, il a été constaté qu'il avait fait l'objet d'une condamnation à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par une décision du 4 octobre 2021, la directrice des ressources humaines de l'EDPAMS l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter de cette même date. M. B en demande l'annulation au tribunal.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / () Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions () ".

3. D'une part, si M. B soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit faute d'être limitée à quatre mois, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, la légalité d'une décision s'apprécie à la date de son édiction et les dispositions invoquées n'imposent pas à l'administration d'indiquer la durée prévisible de la mesure de suspension de fonctions. Dès lors, le requérant ne saurait utilement soutenir à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision en litige qu'elle est entachée d'une erreur de droit à défaut d'indication d'une durée de sa suspension limitée à quatre mois.

4. D'autre part, la mesure provisoire de suspension prévue par ces dispositions législatives ne présente pas par elle-même un caractère disciplinaire. Elle est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. Elle peut être légalement prise dès lors que l'administration est en mesure d'articuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave.

5. M. B soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une décision de suspension illimitée et en tout cas au-delà de quatre mois dans la mesure où l'action pénale était éteinte, ayant été condamné définitivement par un jugement du tribunal correctionnel de Charleville-Mézières du 16 décembre 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier de celles produites en défense, qu'une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire des fonctions de trois jours a été prise à l'encontre de M. B le 27 janvier 2022, soit dans le délai de quatre mois, qui a eu pour effet de mettre fin à sa suspension à titre conservatoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

6. Enfin, si la suspension a pour conséquence directe d'interdire à l'agent de se présenter dans le service, le directeur de l'établissement ne tire en revanche d'aucun texte ni d'aucun principe le pouvoir d'interdire à l'un de ses agents d'entrer en contact avec ses collègues ou avec un tiers en dehors des heures et lieu de travail, seule l'autorité judiciaire pouvant prononcer une telle interdiction. Si l'EDPAMS Jacques Sourdille fait valoir que cette mesure résulte de la mise à exécution des interdictions figurant au casier judicaire n° 2 du requérant et de l'application des dispositions de l'article L. 4121-1 du code du travail relatives aux obligations de l'employeur de protéger la santé physique et mentale des travailleurs, le jugement du tribunal correctionnel de Charleville-Mézières du 16 décembre 2020 ne nécessitait pas d'autres mesures d'accompagnement. Dès lors, la décision en litige doit être annulée dans cette mesure.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 4 octobre 2021, en tant qu'elle lui fait obligation permanente " de ne pas entrer en contact avec les salariés, les usagers et leurs familles ".

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EDPAMS Jacques Sourdille, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par l'EDPAMS Jacques Sourdille au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 octobre 2021 est annulée en tant qu'elle fait obligation permanente à M. B " de ne pas entrer en contact avec les salariés, les usagers et leurs familles ".

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de l'EDPAMS Jacques Sourdille présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Torrente, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

P-H. MALEYRELe président,

signé

P. CRISTILLELe greffier,

signé

A. PICOT

N°2102546

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