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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102577

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102577

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 novembre 2021 et 2 mai 2022, M. B C, représenté par Me Gabon, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération intervenue au plus tard le 22 décembre 2022 par laquelle le jury de la validation des acquis de l'expérience pour l'obtention du diplôme d'Etat d'éducateur spécialisé au titre de la session 2020 a décidé de ne pas lui valider le domaine de compétences 4 " dynamiques interinstitutionnelles, partenariats et réseaux ", ainsi que celle du 22 mars 2021 rejetant son recours gracieux formé le 18 février précédent ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé à l'encontre de ces décisions le 21 mai 2021 ;

3°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Reims de réexaminer sa situation en vue de l'obtention du diplôme d'Etat d'éducateur spécialisé dès la notification du jugement à intervenir, sou astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Gabon en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le signataire du mémoire en défense ne dispose pas d'une délégation à cet effet ;

- les décisions en litige sont entachées d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte et méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le jury était irrégulièrement composé ;

- son entretien avec le jury s'est déroulé dans des conditions irrégulières puisqu'il s'est tenu à la disposition du jury de 15h00 à 15h50, le jury ayant décidé de sciemment faire une pause ;

- cet entretien s'est déroulé sous la forme d'une interrogation orale, ayant été à de nombreuses reprises interrogé sans pouvoir développer son propos et interrompu, éléments qui caractérisent de la partialité du jury.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2022, le recteur de l'académie de Reims conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable pour cause de tardiveté ;

- elle est également irrecevable en raison de son objet, l'appréciation portée par le jury ne pouvant être contestée ;

- les moyens de celle-ci ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55% par une décision du 10 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 22 août 2018 relatif au diplôme d'Etat d'éducateur spécialisé ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre,

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,

- et les observations de Me Gabon pour le compte de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a présenté sa candidature pour l'obtention du diplôme d'Etat d'éducateur spécialisé (DEES) par la voie de la validation des acquis de l'expérience au titre de la session 2020. L'entretien avec le jury a eu lieu le 17 décembre 2020. Les résultats ont été affichés et mis en ligne le 22 décembre suivant. L'intéressé a reçu notification des résultats au plus tard le 14 janvier 2021 l'informant de ce qu'il n'avait pas validé le domaine de compétences 4 " implication dans les dynamiques partenariales, institutionnelles et interinstitutionnelles ". Il a, d'une part, formé un recours gracieux à l'encontre de cette délibération le 18 février 2021, qui a été expressément rejeté le 22 mars 2021 et, d'autre part, un recours hiérarchique contre ces décisions devant le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports le 21 mai 2021, implicitement rejeté. M. C demande au tribunal l'annulation de ces trois décisions.

Sur l'exception d'incompétence du signataire du mémoire en défense :

2. Le mémoire en défense produit par le recteur de l'académie de Reims est signé par Mme Sandrine Connan, secrétaire générale de l'académie de Reims. Par un arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Grand Est le 10 mars suivant, le recteur de cette académie a donné délégation à Mme A à l'effet notamment de signer tous actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquels les mémoires produits devant la juridiction administrative, le service des affaires juridiques faisant partie du secrétariat général. Dès lors, l'exception d'incompétence opposée par M. C aux écritures en défense du rectorat de l'académie de Reims doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ". S'agissant de la délibération d'un jury, il est satisfait aux exigences découlant de cet article dès lors qu'une telle délibération porte la signature du président du jury accompagné des mentions, en caractères lisibles, de son prénom, de son nom et de sa qualité. Toutefois, le relevé de résultats produit par M. C ne constitue pas la délibération du jury attaquée, mais une simple mesure d'information destinée au candidat. Par suite, le moyen tiré de ce que ce document ne respecterait pas les dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit être écarté.

4. Ce relevé étant, ainsi qu'il vient d'être dit, une simple information, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit également être écarté comme inopérant.

5. Lorsqu'une autorité administrative rejette le recours administratif qui lui est présenté, sa décision ne se substitue pas à la décision initiale sur laquelle le recours est formé. Par suite, s'il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre ces deux décisions, d'annuler, le cas échéant, le rejet du recours administratif par voie de conséquence de l'annulation de la décision initiale, des moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision rejetant le recours administratif ne peuvent être utilement invoqués. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la décision du 21 mars 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Reims a rejeté son recours gracieux est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté. Il en va de même s'agissant du rejet implicite du recours hiérarchique.

6. Aux termes de l'article L. 335-5 du code de l'éducation dans sa version alors applicable : " I. - Les diplômes ou les titres à finalité professionnelle sont obtenus () par la validation des acquis de l'expérience () / II. - () / La validation est effectuée par un jury dont la composition garantit une présence significative de représentants qualifiés des professions concernées / Le jury peut attribuer la totalité du diplôme ou du titre. A défaut, il se prononce sur l'étendue de la validation et, en cas de validation partielle, sur la nature des connaissances et aptitudes devant faire l'objet d'un contrôle complémentaire () / Le jury se prononce au vu d'un dossier constitué par le candidat, à l'issue d'un entretien avec ce dernier () / Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'applications des dispositions du présent II, notamment les règles selon lesquelles le jury est constitué. Cette composition concourt à une représentation équilibrée entre les femmes et les hommes () ". Aux termes de l'article R. 335-5 du même code : " La validation des acquis de l'expérience est organisée dans les conditions définies par les articles R. 335-6 à R. 335-11 pour la délivrance de l'ensemble des certifications professionnelles enregistrées au répertoire national prévu à l'article L. 6113-1 du code du travail () ". Aux termes du II de son article R. 335-8 : " Le dossier de validation est soumis au jury constitué et présidé conformément au règlement et aux dispositions régissant le diplôme, le titre ou le certificat de qualification postulé. / Ce jury est composé à raison d'au moins deux représentants qualifiés des professions, représentant au moins un quart des membres du jury, et de façon à concourir à une représentation équilibrée des hommes et des femmes. () ". Son article R. 335-9 dispose : " Les procédures d'évaluation doivent permettre au jury de vérifier si les acquis dont fait état le candidat correspondent aux aptitudes, compétences et connaissances exigées par les référentiels de la certification visée () ".

7. Aux termes de l'article D. 451-28-8 du code de l'action sociale et des familles : " Le jury de chacun de ces diplômes [diplômes du travail social] comprend : / 1° Un enseignant-chercheur, président du jury ; / 2° Le préfet de région ou son représentant, vice-président du jury ; / 3° Le recteur de région académique ou son représentant, vice-président du jury ; / 4° Des formateurs ou des enseignants d'établissements de formation préparant au diplôme d'Etat correspondant ; / 5° Pour un quart au moins de ses membres, des représentants qualifiés de la profession pour moitié employeurs et pour moitié salariés. ". Aux termes de l'article D. 451-28-9 du même code : " Un arrêté conjoint des ministres chargés des affaires sociales et de l'enseignement supérieur définit, pour chacun de ces diplômes, les référentiels d'activités professionnelles, de formation et de certification. Il précise également () les modalités de délivrance des diplômes ". Aux termes de son article D. 451-41 : " Le diplôme d'Etat d'éducateur spécialisé atteste des compétences nécessaires pour accompagner, dans une démarche éducative et sociale globale, des personnes, des groupes ou des familles en difficulté dans le développement de leurs capacités de socialisation, d'autonomie, d'intégration ou d'insertion. / () Le jury du diplôme est nommé par le recteur d'académie () ".

8. En application du principe de la souveraineté du jury, l'appréciation portée par un jury d'un examen sur la valeur des prestations des candidats n'est pas susceptible d'être contestée devant le juge administratif, sauf si cette appréciation est émise à la suite d'une procédure irrégulière ou fondée sur une erreur de droit ou sur des faits matériellement inexacts.

9. En se bornant à soutenir " qu'en vertu des textes susvisés, la composition du jury est entachée d'irrégularité ", sans indiquer quelles sont ces irrégularités, M. C ne met pas à même le tribunal d'apprécier le bien-fondé de son moyen.

10. M. C soutient qu'il s'est tenu à disposition du jury de 15h à 15h50, soit pendant cinquante minutes. Cependant, et à supposer que les énonciations de la circulaire n° 2019-010 du 30 janvier 2019 qui mentionnent que l'entretien se déroule sur une période indicative comprise entre 20 et 40 minutes, l'arrêté du 22 août 2018 ne prévoyant aucune durée, puissent être qualifiées de lignes directrices dont le requérant pourrait utilement se prévaloir, il ressort des pièces du dossier, notamment de la feuille d'émargement produite en défense, qu'il est entré à 15h20 et ressorti de l'entretien à 15h50, soit une durée d'entretien conforme à la durée indicative prévue par la circulaire. Si l'intéressé a été entendu par le jury avec vingt minutes de retard par rapport à l'horaire de passage prévu, cette circonstance, qui s'explique en particulier par les aléas d'une journée d'audition et par la nécessité pour le jury d'avoir des temps de récupération, n'a pas en l'espèce entaché la procédure d'irrégularité.

11. M. C se prévaut de ce que l'entretien se serait déroulé sous une forme d'interrogatoire au cours duquel il n'a pas pu développer son propos et a été fréquemment interrompu, en méconnaissance des énonciations de la circulaire du 30 janvier 2019, ces dernières, sauf à être contraires aux dispositions précitées de l'article R. 335-9 du code de l'éducation, ne sauraient être interprétées comme interdisant au jury, à qui il revient de vérifier si les acquis dont fait état le candidat correspondent aux aptitudes, compétences et connaissances exigées par les référentiels de la certification, notamment au regard du contenu de son dossier de validation, de poser des questions ou d'orienter la discussion afin de remplir sa mission. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le jury aurait eu un comportement partial à l'égard du candidat. Le moyen doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense ni se prononcer sur la recevabilité de la requête, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du jury refusant de lui délivrer le DEES, ainsi que des décisions rejetant ses recours gracieux et hiérarchique. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Reims.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P-H. MALEYRELe président,

Signé

A. DESCHAMPSLa greffière,

Signé

I. ROLLAND

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