LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102643

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102643

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDE LAGARDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2102643 le 1er décembre 2021, le 21 mars 2022 et le 22 avril 2022, M. B D, représenté par Me de Lagarde, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 4 décembre 2020 par lequel le maire de Reims a délivré, au nom de la commune, un permis de construire à M. C portant sur la démolition partielle, le changement de destination et la surévaluation d'un entrepôt sur un terrain situé 23 rue des Fuseliers ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande de retrait de cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Reims la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- il justifie d'un intérêt à agir contre l'arrêté contesté en sa qualité de voisin immédiat du projet et de propriétaire d'une fraction du terrain d'assiette de celui-ci ;

- la décision refusant de retirer le permis de construire en litige est entachée d'illégalité dès lors que M. C a faussement attesté avoir qualité pour déposer la demande de permis en litige ;

- les décisions attaquées sont entachées de fraude dès lors que le pétitionnaire a produit des pièces volontairement erronées sur la description de l'état initial du terrain et la nécessité de réaliser des terrassements afin de dissimuler la démolition de l'entrepôt existant, minorer l'assiette de la taxe d'aménagement, bénéficier des droits acquis pour une partie du bâtiment et éviter de réaliser un diagnostic archéologique ;

- le dossier de permis était incomplet à défaut de mention des surfaces à usage de bureau et d'artisanat ;

- le dossier de permis de construire est incomplet au regard des dispositions du a) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme à défaut de plan de l'ensemble des façades ;

- le dossier de permis de construire est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme dès lors que la notice architecturale ne comporte aucune information sur la description des abords du terrain d'assiette du projet, le parti d'aménagement retenu, l'insertion du projet ainsi que la couleur des façades et des matériaux employés ;

- à supposer que la partie atelier du projet soit en réalité à destination d'habitation, l'arrêté méconnaîtrait alors l'article 40.2 du règlement sanitaire départemental ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Reims ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UA 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Reims.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 février 2022 et 17 juin 2022, la commune de Reims conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- M. D ne justifie d'aucun intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 octobre 2023 et 8 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Hübsch, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de M. D la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- M. D ne justifie d'aucun intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 21 février 2024 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté pour M. C a été enregistré le 12 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

II. Par une requête et des pièces, enregistrées sous le numéro 2200185 le 30 janvier 2022 et le 21 mars 2022, M. B D, représenté par Me de Lagarde, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 16 août 2021 par lequel le maire de Reims a délivré, au nom de la commune, un permis de construire modificatif à M. C ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Reims la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à agir contre l'arrêté contesté en sa qualité de voisin immédiat du projet et de propriétaire d'une fraction du terrain d'assiette de celui-ci ;

- le permis contesté constitue en réalité un nouveau permis ;

- M. C a faussement attesté avoir qualité pour déposer la demande de permis initial et la demande de permis modificatif ;

- le dossier de permis modificatif est incomplet à défaut de pièce représentant la façade de l'atelier côté jardin ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Reims ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UA 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Reims ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article 40.2 du règlement sanitaire départemental.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, la commune de Reims, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- M. D ne justifie d'aucun intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Hübsch, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) de surseoir à statuer dans l'attente d'une décision définitive statuant sur le recours formé par M. D contre le permis de construire initial ;

3°) de mettre à la charge de M. D la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- M. D ne justifie d'aucun intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

L'instruction a été close avec effet immédiat le 8 janvier 2024 en application des dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté pour M. C a été enregistré le 12 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Torrente, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mecheri, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déposé, le 30 septembre 2020, une demande de permis de construire portant sur la démolition partielle, le changement de destination et la surélévation d'un entrepôt sur un terrain situé 23 rue des Fuseliers à Reims détenu, en vertu d'un acte notarié du 16 décembre 2019, par la SARL Marius qu'il préside. Par un arrêté du 4 décembre 2020, le maire de Reims lui a délivré, au nom de la commune, le permis sollicité. Par une lettre du 29 juillet 2021, M. D, qui est propriétaire d'un terrain à proximité du projet, a signalé au service d'urbanisme de la commune l'absence de conformité des travaux par rapport au permis délivré et sollicité le retrait dudit permis. Par la requête, enregistrée sous le n° 2102643, il demande l'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2020 et de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune sur sa demande de retrait. Le 21 juillet 2021, M. C a déposé une demande de permis de construire modificatif. Par un arrêté du 16 août 2021, dont M. D demande l'annulation, dans la requête enregistrée sous le n° 2200185, le maire de Reims a délivré le permis sollicité.

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2102643 et 2200185, qui concernent le même projet et les mêmes parties, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la fin de non-recevoir opposée aux conclusions dirigées contre le permis de construire initial :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. () Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage. ". L'article A. 424-15 dudit code dispose : " L'affichage sur le terrain du permis de construire, d'aménager ou de démolir explicite ou tacite ou l'affichage de la déclaration préalable, prévu par l'article R. 424-15, est assuré par les soins du bénéficiaire du permis ou du déclarant sur un panneau rectangulaire dont les dimensions sont supérieures à 80 centimètres ". Aux termes de l'article A 424-16 du même code : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique () la nature du projet (). / Il indique également, en fonction de la nature du projet : / a) Si le projet prévoit des constructions, la surface de plancher autorisée ; () ".

4. En imposant que figurent sur le panneau d'affichage du permis de construire diverses informations sur les caractéristiques de la construction projetée, les articles R.* 600-2, R.* 424-15 et A. 424-16 du code de l'urbanisme ont pour objet de permettre aux tiers, à la seule lecture de ce panneau, d'apprécier l'importance et la consistance du projet, le délai de recours contentieux ne commençant à courir qu'à la date d'un affichage complet et régulier. Il s'ensuit que si les mentions prévues par l'article A. 424-16 doivent, en principe, obligatoirement figurer sur le panneau d'affichage, une erreur affectant l'une d'entre elles ne conduit à faire obstacle au déclenchement du délai de recours que dans le cas où cette erreur est de nature à empêcher les tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet. La circonstance qu'une telle erreur puisse affecter l'appréciation par les tiers de la légalité du permis est, en revanche, dépourvue d'incidence à cet égard, dans la mesure où l'objet de l'affichage n'est pas de permettre par lui-même d'apprécier la légalité de l'autorisation de construire.

5. D'autre part, la circonstance qu'une décision administrative a été obtenue par fraude a pour seul effet de permettre à son auteur de l'abroger ou de la retirer à tout moment, sans proroger au bénéfice de tout intéressé le délai de recours contentieux contre cette décision.

6. Il ressort des procès-verbaux de constat dressés par huissier de justice que la mention du permis du 4 décembre 2020 attaqué a été affichée les 11 janvier, 11 février et 12 mars 2021 sur une porte en bordure du terrain d'assiette du projet, ses mentions étant visibles et lisibles depuis la voie publique. Il ressort également des pièces du dossier que le panneau d'affichage indiquait la nature du projet, à savoir la démolition partielle d'un entrepôt, un changement de destination et une surélévation, cette mention étant identique à celle figurant dans le formulaire de demande de permis renseigné par la société pétitionnaire. Si le requérant soutient que cette indication ne permettait pas aux tiers de déterminer la nature exacte du changement de destination projeté, aucune disposition n'imposait de mentionner une telle information. En outre, si le requérant soutient que le panneau indiquait une surface de plancher autorisée de 300 m², alors que le projet prévoit seulement la création d'une surface de plancher nouvelle de 204 m², il ressort des pièces du dossier que la surface de plancher totale de la construction projetée présente une surface de 300 m², en tenant compte du changement de destination de 96 m² initialement envisagé, de sorte que cette indication, à la supposée erronée, a suffisamment permis aux tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet. Ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir que les conditions d'affichage du permis en litige ont fait obstacle au déclenchement du délai de recours contentieux contre cette décision, lequel a commencé à courir à compter du 11 janvier 2021. La demande de retrait de l'arrêté du 4 décembre 2020, qui a été adressée le 29 juillet 2021 à la mairie de Reims, n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contre cet arrêté qui était alors devenu définitif, et ce alors même qu'il aurait été obtenu par fraude. Dans ces conditions, la commune de Reims et M. C sont fondés à soutenir que les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 4 décembre 2020, qui ont été présentées le 1er décembre 2021 après l'expiration du délai de recours contentieux, sont tardives. Ces conclusions sont dès lors irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le refus de retrait du permis de construire initial :

7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ". Selon le dernier alinéa de l'article R. 431-5 du même code : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une demande de permis. ".

8. Il résulte des dispositions des articles R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1.

9. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude.

10. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. Il en est notamment ainsi lorsque l'autorité saisie de la demande de permis de construire est informée de ce que le juge judiciaire a remis en cause le droit de propriété sur le fondement duquel le pétitionnaire avait présenté sa demande. Enfin, si postérieurement à la délivrance du permis de construire, l'administration a connaissance de nouveaux éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de sa décision, elle peut légalement procéder à son retrait sans condition de délai. La fraude est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration sur sa qualité pour présenter la demande d'autorisation d'urbanisme.

11. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi du recours d'un tiers dirigé contre un refus de retirer un acte administratif obtenu par fraude, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter, soit du maintien de l'acte litigieux, soit de son retrait.

12. D'une part, M. C a, lors du dépôt du dossier de permis de construire relatif au projet en litige, fourni l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, selon laquelle il remplissait les conditions définies à l'article R. 423-1 du même code. D'autre part, M. D soutient que M. C a ainsi faussement attesté avoir qualité pour déposer la demande de permis en litige qui méconnaît les termes du protocole d'accord conclu le 17 septembre 2019 entre eux et une troisième partie selon lequel ils ont, d'une part, fixé les surfaces d'un immeuble destinées à chaque partie, d'autre part, convenu de l'étendue des droits à construction de M. C et la SARL Marius selon des plans de construction annexés à cette convention et, enfin, décidé que toute modification du protocole devait être acceptée expressément par les trois parties. Toutefois, à supposer que ces circonstances soient de nature à établir l'existence d'une fraude, alors que la SARL Marius dispose seule d'un titre lui conférant la propriété du terrain d'assiette du projet et que le juge judiciaire s'est borné, pour ordonner, en référé, l'arrêt des travaux en cours, à constater que ledit projet méconnaît le protocole d'accord conclu le 17 septembre 2019 sans se prononcer au fond sur l'étendue du droit de propriété dont dispose cette société, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment du courrier du 29 juillet 2021 demandant le retrait du permis en litige, que ces informations aient été portées à la connaissance de la commune de Reims à la date à laquelle la décision contestée a été prise.

13. Enfin, M. D soutient que le dossier de permis de construire dissimulait la démolition complète de l'entrepôt existant et la nécessité de réaliser des terrassements, permettant ainsi au pétitionnaire de minorer l'assiette de la taxe d'aménagement, de bénéficier des droits acquis pour une partie du bâtiment et d'éviter de réaliser un diagnostic archéologique. Toutefois, en se bornant à produire une attestation rédigée par un voisin en juin 2021 qui indique avoir constaté que le toit de l'entrepôt aurait commencé à être découpé et démonté au cours du week-end de Pâques, l'intéressé ne démontre pas que l'intégralité du bâtiment existant aurait été démoli à la date à laquelle le permis en litige a été délivré. Par ailleurs, l'allégation selon laquelle le permis en litige nécessitait la réalisation de travaux de terrassement n'est pas assortie de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

14. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le permis de construire initial a été obtenu par fraude. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

15. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 40.2 du règlement sanitaire départemental de la Marne et des articles UA 3 et UA 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Reims sont sans incidence sur la légalité de la décision implicite par laquelle le maire de Reims a refusé de retirer le permis initial qui aurait été obtenu par fraude.

16. Il résulte de ce qui a été aux points 7 à 15, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet né du silence gardé par le maire de Reims sur sa demande de retrait du permis de construire délivré le 4 décembre 2020 à M. C.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le permis de construire modificatif :

17. En premier lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

18. Si M. D soutient que le permis modificatif contesté constitue en réalité une nouvelle autorisation de construire, il ressort des pièces du dossier que les seules modifications apportées au projet initial par le pétitionnaire portent sur l'étendue des démolitions de la toiture de l'entrepôt transformé, le changement de la toiture de la partie de l'entrepôt conservé et la conservation d'un bâtiment en brique en fond de parcelle avec la création d'une terrasse en R+1. L'ensemble de ces changements, qui portent la surface totale de plancher de la construction projetée de 300 m² à 318 m², ne sauraient être regardés comme apportant au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. L'intéressé n'est dès lors pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige ne présente pas le caractère d'un permis de construire modificatif.

19. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, M. D n'est pas fondé à soutenir que M. C a faussement attesté avoir qualité pour déposer la demande de permis modificatif en litige. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

20. En troisième lieu, si M. D soutient que le dossier de permis modificatif est incomplet à défaut de pièce représentant la façade de l'atelier côté jardin, ce moyen manque en fait et doit, par suite, être écarté.

21. En quatrième lieu, aux termes de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Reims : " - Implantation par rapport aux voies et emprises publiques / 3.1. Règle générale : () / Sauf dans les cas mentionnés dans les paragraphes 3.2 et 3.3, toutes les constructions nouvelles devront être implantées au ras de l'alignement, la façade sur rue devant être continue d'une limite séparative à l'autre. () / 3.3. Discontinuité des façades et des corps de bâtiments sur rue : / 3.3.1. Les constructions projetées - qu'elles soient ou non implantées à l'alignement - pourront être composées de façades et/ou de corps de bâtiments sur rue traités de façon discontinue dans les rues suivantes : () / - rue des Fuseliers, () ".

22. Si M. D soutient que la façade du projet n'est pas continue d'une limite séparative à l'autre en méconnaissance de la règle fixée au 3.1 de l'article UA 3 citées au point précédent, les dispositions du 3.3.1. de cet article prévoient une exception pour les projets situés, comme en l'espèce, dans la rue des Fuseliers. Par suite, ce moyen doit, en tout état de cause, être écarté.

23. En cinquième lieu, aux termes de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme de Reims : " Implantation par rapport aux limites séparatives : () / 4.1. Par rapport aux limites aboutissant aux voies : / 4.1.1. Dans la bande des 15m mesurée à partir de l'alignement / 4.1.1.1. Règle générale / À l'intérieur d'une bande de 15m mesurée à partir de l'alignement, les constructions doivent s'implanter sur les limites séparatives aboutissant aux voies. / 4.1.1.2. Cas particuliers / 1° A l'intérieur d'une bande de 15m mesurée à partir de l'alignement, les constructions nouvelles pourront être implantées en recul par rapport aux limites séparatives aboutissant aux voies dans les rues suivantes : () / rue des Fuseliers, () ".

24. Si le requérant soutient que l'atelier projeté n'est pas implanté d'une limite séparative à l'autre en méconnaissance de la règle générale posée au 4.1.1.1. de l'article UA 4 précité, les dispositions du 4.1.1.2. prévoient une exception pour les projets de construction situés rue des Fuseliers. Eu égard à la situation du projet en litige, ce moyen doit, dès lors, être écarté.

25. En dernier lieu, aux termes de l'article 40.2 du règlement sanitaire départemental de la Marne : " L'éclairement naturel au centre des pièces principales ou des chambres isolées doit être suffisant pour permettre, par temps clair, l'exercice des activités normales de l'habitation sans le secours de la lumière artificielle ". Selon l'article R. 111-1 du code de la construction et de l'habitation : " () / Un logement ou habitation comprend, d'une part, des pièces principales destinées au séjour ou au sommeil, éventuellement des chambres isolées et, d'autre part, des pièces de service, telles que cuisines, salles d'eau, cabinets d'aisance, buanderies, débarras, séchoirs, ainsi que, le cas échéant, des dégagements et des dépendances. ".

26. Si M. D soutient que la partie du projet à usage d'atelier ne comporte pas de fenêtres, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette partie de la construction constituerait une pièce principale destinée au séjour ou au sommeil ou une chambre isolée au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article 40.2 du règlement sanitaire départemental de la Marne et de l'article R. 111-1 du code de la construction et de l'habitation. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

27. Il résulte de ce qui a été dit aux points 17 à 26, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 août 2021 par lequel le maire de Reims a délivré un permis de construire modificatif à M. C.

Sur les frais liés au litige :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Reims, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. D une somme de 1 500 euros à verser, respectivement, à la commune de Reims et à M. C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. D sont rejetées.

Article 2 : M. D versera une somme de 1 500 euros respectivement à la commune de Reims et à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à M. A C et à la commune de Reims.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

Nos 2102643, 2200185

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions