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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102786

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102786

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre
Avocat requérantSELARL AHMED HARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 16 décembre 2021 et le 16 mars 2022, M. A C, représenté par Me Harir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2021 par laquelle le préfet des Ardennes a suspendu ses droits à conduire pour inaptitude à compter du 28 septembre 2021 ;

2°) d'ordonner une expertise médicale.

Il soutient que :

- la décision attaquée et l'avis d'inaptitude sont entachés d'un défaut de motivation ;

- il a procédé à des analyses démontrant l'absence d'élément médical justifiant une inaptitude à la conduite.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2022, le préfet des Ardennes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 21 décembre 2005 fixant la liste des affectations médicales incomptables avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire ou pouvant donner lieu à la délivrance de permis de conduire de durée de validité limitée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration: " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 211-6 du code : " Les dispositions de la présente loi ne dérogent pas aux textes législatifs interdisant la divulgation ou la publication de faits couverts par le secret ".

2. Le titulaire d'un permis de conduire peut-être soumis par le préfet au contrôle médical de son aptitude à la conduite, notamment, dans les cas prévus aux articles R. 221-13 et R. 221-14 du code de la route. En vertu des dispositions de l'article R. 226-2 du même code, le contrôle médical de l'aptitude est effectué par un médecin agréé par le préfet, consultant hors commission médicale, ou par des médecins siégeant dans une commission médicale primaire et dans une commission médicale d'appel. Par l'arrêté visé ci-dessus du 21 décembre 2005, alors en vigueur, les ministres chargés de la sécurité routière et de la santé, habilités à cet effet par les dispositions du 2° de l'article R. 226-2 du code de la route, ont fixé la liste des affections médicales incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire, en précisant, pour la plupart d'entre elles, les critères d'appréciation de l'incompatibilité et l'étendue de celle-ci. Les médecins chargés du contrôle médical sont tenus au secret médical dans les conditions rappelées au premier alinéa de l'article R. 4127-104 du code de la santé publique relatifs aux devoirs des médecins exerçant la médecine de contrôle, aux termes duquel : " Le médecin chargé du contrôle est tenu au secret envers l'administration ou l'organisme qui fait appel à ses services. Il ne peut et ne doit lui fournir que ses conclusions sur le plan administratif, sans indiquer les raisons d'ordre médical qui les motivent ".

3. La décision par laquelle le préfet suspend ou annule un permis de conduire, ou restreint sa validité, au motif que son titulaire est atteint d'une affection médicale incompatible avec la conduite d'un véhicule présente le caractère d'une mesure de police et doit, par suite, être motivée. Si le préfet ne peut que se référer, dans sa décision, pour en assurer la motivation, à l'avis qui lui a été communiqué par les médecins chargés du contrôle médical, lequel, conformément aux dispositions précitées de R. 4127-104 du code de la santé publique, se borne à indiquer que le titulaire du permis de conduire est inapte à la conduite d'un véhicule, il incombe aux médecins, afin d'assurer le respect des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration citées au point 1, d'informer le titulaire des motifs médicaux sur lesquels ils se sont fondés au regard des dispositions précitées de l'arrêté du 21 décembre 2005 fixant la liste des affections médicales incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire. La signature de l'intéressé sur l'avis d'inaptitude, sous une mention selon laquelle il reconnaît avoir été informé verbalement des motifs médicaux retenus, permet ainsi de vérifier le respect de cette obligation. Il est, par ailleurs, loisible au titulaire du permis de demander communication, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, des documents conservés par les médecins relatifs à son état de santé.

4. M. C soutient que la décision du préfet des Ardennes ainsi que l'avis d'inaptitude de la commission médicale primaire sont entachés d'un défaut de motivation. Il ressort de l'avis de la commission médicale du 12 août 2021 que la rubrique " déclaration en cas d'avis d'aptitude temporaire, d'aptitude avec restrictions ou d'inaptitude ", laquelle a pour objet d'établir que l'intéressé a eu connaissance des motifs d'ordre médicaux justifiant l'avis rendu, n'a pas été remplie par M. C. Par suite, cet avis ne permet pas de s'assurer que l'intéressé a été informé des motifs médicaux fondant son inaptitude à la conduite. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que la décision attaquée du 20 octobre 2021, qui vise l'avis du 12 août 2021, est entachée d'un défaut de motivation.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée, sans qu'il soit besoin ni d'examiner l'autre moyen de la requête ni d'ordonner une expertise médicale.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 octobre 2021 du préfet des Ardennes est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

O. BLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

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