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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2102904

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2102904

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2102904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBILLY-FLORY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne la condamnation de la commune de Châlons-en-Champagne à lui verser la somme de 10 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son éviction et le versement par cette commune d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 1602428 du 27 juin 2018, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de Mme A.

Par une décision n° 436802 du 9 décembre 2021, rectifiée par une ordonnance du 10 janvier 2022, le Conseil d'Etat, auquel la Cour administrative d'appel de Nancy avait transmis le dossier par une ordonnance du 16 décembre 2019, statuant au contentieux, a, saisi d'un pourvoi en cassation présenté pour Mme A, annulé le jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 27 juin 2018 et renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Procédure devant le tribunal administratif :

Le tribunal a informé les parties par courriers du 20 janvier 2022 et du 17 février 2022 de la reprise de l'instance sous le n° 2102904.

Par des mémoires enregistrés le 26 janvier 2023 et le 27 mars 2023, Mme A, représentée par Me Laetitia Journé-Léau, conclut à la condamnation de la commune de Châlons-en-Champagne à lui verser une somme de 22 104,21 euros majorée des intérêts en réparation de son préjudice et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Châlons-en-Champagne une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la commune de Châlons-en-Champagne a commis une faute en ne renouvelant pas le contrat à durée déterminée dont elle bénéficiait sans lui proposer de contrat à durée indéterminée ;

- sa perte de revenus jusqu'au 31 décembre 2022 s'élève à 17 104,21 euros et son préjudice économique futur peut être évalué à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, la commune de Châlons-en-Champagne, représentée par Me Patricia Flory, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle excède le montant de 10 000 euros qui avait fait l'objet de la demande préalable ;

- la créance est prescrite ;

- les sommes demandées ne sont pas justifiées.

La clôture de l'instruction a été fixée au 28 avril 2023 par une ordonnance du 29 mars 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Deschamps en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Cette affaire, qui relève du 10° de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, a été renvoyée en formation collégiale par le magistrat désigné, en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps,

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,

- les observations de Me Journé-Léau, représentant Mme A,

- et les observations de Me Cuitot, substituant Me Flory, représentant la ville de Châlons-en-Champagne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par la commune de Châlons-en-Champagne en tant qu'adjointe technique territoriale de 2ème classe pour effectuer l'accueil et l'accompagnement des enfants sur les temps périscolaires, par des contrats à durée déterminée à temps non complet, régulièrement renouvelés du 21 septembre 2006 au 31 août 2016. Par un courrier du 19 juillet 2016, la commune l'a informée de son intention de ne pas renouveler son contrat à son terme le 31 août 2016. Par courrier du 3 octobre 2016, resté sans réponse, Mme A a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son éviction, dont elle soutient qu'elle est irrégulière. Dans le dernier état de ses écritures, elle a porté de 10 000 euros à 22 104,21 euros majoré des intérêts le montant de la réparation des préjudices dont elle demande l'indemnisation par la commune de Châlons-en-Champagne.

Sur la recevabilité du mémoire en défense de la commune de Châlons-en-Champagne :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 2122-21 et L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales que le maire ne peut représenter en justice la commune en demande ou en défense qu'après délibération ou sur délégation du conseil municipal. Par deux délibérations des 5 avril et 9 octobre 2014, régulièrement publiées et transmises au contrôle de légalité, le maire de la commune de Châlons-en-Champagne a été autorisé par le conseil municipal à défendre la commune dans le cadre d'actions de toute nature intentées contre elle notamment devant les juridictions administratives. Dès lors, il n'y a pas lieu d'écarter des débats les écritures en défense présentées par celui-ci.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 21 de la loi n°2012-347 du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " A la date de publication de la présente loi, la transformation de son contrat en contrat à durée indéterminée est obligatoirement proposée à l'agent contractuel, employé par une collectivité territoriale ou un des établissements publics mentionnés à l'article 2 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 précitée conformément à l'article 3 de la même loi, dans sa rédaction antérieure à celle résultant de la présente loi, qui se trouve en fonction ou bénéficie d'un congé prévu par le décret pris en application de l'article 136 de ladite loi. / Le droit défini au premier alinéa du présent article est subordonné à une durée de services publics effectifs, accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement public, au moins égale à six années au cours des huit années précédant la publication de la présente loi. / Toutefois, pour les agents âgés d'au moins cinquante-cinq ans à cette même date, la durée requise est réduite à trois années au moins de services publics effectifs accomplis au cours des quatre années précédant la même date de publication / Les cinquième, avant-dernier et dernier alinéas du I de l'article 15 de la présente loi sont applicables pour l'appréciation de l'ancienneté prévue aux deuxième et troisième alinéas du présent article. () ". Aux termes de l'article 15 de la même loi : " () Pour l'appréciation de l'ancienneté prévue aux alinéas précédents, les services accomplis à temps partiel et à temps incomplet correspondant à une quotité supérieure ou égale à 50 % d'un temps complet sont assimilés à des services à temps complet. Les services accomplis selon une quotité inférieure à ce taux sont assimilés aux trois quarts du temps complet () ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme A a été employée sans discontinuer du 21 septembre 2006 au 31 août 2016 par la commune de Châlons-en-Champagne dans le cadre de contrats de travail à durée déterminée à temps partiel pour une quotité de travail inférieure à 50%. La requérante, qui était âgée de 25 ans à la date de publication de la loi du 12 mars 2012, ne saurait utilement invoquer la durée de services effectifs de trois années prévue par les dispositions de l'article 21 de cette loi en faveur des personnes âgées d'au moins cinquante-cinq ans à la date de publication de cette loi. Il résulte des dispositions précitées que la durée de services postérieure à la publication de la loi du 12 mars 2012 ne doit pas être pris en compte. La durée des services accomplis entre le 21 septembre 2006 et le 14 mars 2012 correspond à 2 001 jours. Compte tenu d'une quotité de travail inférieure à 50%, la durée à retenir est de 1 500 jours, soit 4 ans et 40 jours. Ainsi, la requérante ne satisfaisait pas à la condition tenant à une durée de services publics effectifs d'au moins six années au cours de huit années précédant la publication de la loi du 12 mars 2012. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la commune de Châlons-en-Champagne aurait commis une faute en ne lui proposant pas la conclusion d'un contrat à durée indéterminée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, en vigueur à la date du non renouvellement du contrat de Mme A le 31 août 2016 : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / () / - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans. / () / La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa version antérieure au 14 mars 2012 : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 ne peuvent recruter des agents non titulaires pour occuper des emplois permanents que pour assurer le remplacement momentané de fonctionnaires () ". Ces dispositions ont été transférées à compter du 14 mars 2012 au nouvel article 3-1 de la même loi, qui dispose que : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels ". Enfin, aux termes du premier alinéa du nouvel article 3 de cette loi, dans sa version applicable à compter du 14 mars 2012 : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ".

6. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A a été recrutée le 21 septembre 2006 par la commune de Châlons-en-Champagne par un contrat à durée déterminée régulièrement renouvelé par la suite, dans un premier temps et jusqu'au 31 août 2015, en remplacement de fonctionnaires momentanément indisponibles sur le fondement du premier alinéa de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa version en vigueur jusqu'au 14 mars 2012, puis sur le fondement des mêmes dispositions transférées à l'article 3-1 de cette loi à compter de cette date, et, dans un second temps, pour faire face à un besoin lié à un accroissement temporaire d'activité du 1er septembre 2015 au 31 août 2016 sur le fondement du premier alinéa du nouvel article 3 de cette loi dans sa version en vigueur depuis le 14 mars 2012. Aucun texte ni principe ne prévoit la possibilité de reconduire en contrat à durée indéterminée un contrat conclu sur ce dernier fondement. A la date de non renouvellement de son dernier contrat, Mme A n'avait, par ailleurs, jamais été recrutée sur un emploi permanent au titre de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 en vigueur depuis le 14 mars 2012. Par suite, la requérante, qui ne rentrait pas dans les prévisions de l'article 38-1 du décret précité, ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions pour soutenir que la décision de la commune de ne pas renouveler son dernier contrat aurait dû être précédée d'un entretien préalable.

7. D'autre part, il résulte des dispositions du premier alinéa du nouvel article 3 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa version en vigueur depuis le 14 mars 2012, sur le fondement desquelles a été conclu le dernier contrat à durée déterminée de Mme A, que de tels contrats peuvent être conclus pour une durée maximale de douze mois, compte tenu le cas échéant du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs. Mme A, qui avait été recrutée sur ce fondement du 1er septembre 2015 au 31 août 2016, avait atteint la durée maximale pour laquelle elle pouvait être recrutée à ce titre. Par suite, son dernier contrat n'était pas susceptible d'être renouvelé. De ce fait, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que la commune n'aurait pas respecté le délai de prévenance prévu par les dispositions de l'article 38-1 précité qui ne trouvent à s'appliquer qu'aux contrats pouvant être renouvelés.

8. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la décision de ne pas renouveler le contrat de Mme A aurait été prise pour un motif disciplinaire. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision est irrégulière faute d'avoir été précédée d'une procédure disciplinaire.

9. Enfin, aux termes de l'article 13 de la loi du 12 mars 2012, dans sa version applicable au litige : " Par dérogation à l'article 36 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, l'accès aux cadres d'emplois de fonctionnaires territoriaux peut être ouvert par la voie de modes de recrutement réservés valorisant les acquis professionnels, dans les conditions définies par le présent chapitre et précisées par des décrets en Conseil d'Etat, pendant une durée de six ans à compter de la date de publication de la présente loi. " ; qu'aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - L'accès à la fonction publique territoriale prévu à l'article 13 est réservé aux agents occupant, à la date du 31 mars 2013, en qualité d'agent contractuel de droit public et, dans le cas d'agents employés à temps non complet, pour une quotité de temps de travail au moins égale à 50 % : / () " ; qu'aux termes de l'article 15 de cette même loi : " I. - Le bénéfice de l'accès à la fonction publique territoriale prévu à l'article 13 est subordonné, pour les agents titulaires d'un contrat à durée déterminée, à une durée de services publics effectifs au moins égale à quatre années en équivalent temps plein : / () / II. - Peuvent également bénéficier de l'accès à la fonction publique territoriale prévu à l'article 13 les agents remplissant, à la date de publication de la présente loi, les conditions d'accès à un contrat à durée indéterminée en application de l'article 21, sous réserve, pour les agents employés à temps non complet, d'exercer à cette même date leurs fonctions pour une quotité de temps de travail au moins égale à 50 % d'un temps complet. ".

10. Le dispositif d'accès à la fonction publique, prévu par les dispositions précitées des articles 13, 14 et 15 de la loi du 12 mars 2012 est réservé aux agents contractuels de droit public employés sur certains emplois au 31 mars 2013 ou remplissant les conditions d'accès à un contrat à durée indéterminée à la date de publication de cette loi, le 13 mars 2012, et exerçant dans les deux cas leurs fonctions sur une quotité de temps de travail au moins égale à 50% d'un temps complet. Il résulte de l'instruction que Mme A a exercé ses fonctions du 1er septembre 2011 au 31 août 2012 pour une quotité de temps de travail de 14,48%, puis du 1er septembre 2012 au 31 août 2013 pour une quotité de 28,44%. Dès lors, la requérante, qui n'exerçait pas ses fonctions pour une quotité de temps de travail au moins égale à 50% d'un temps complet ni au 13 mars 2012 ni au 31 mars 2013, ne remplissait en tout état de cause pas les conditions pour pouvoir bénéficier du dispositif d'accès à la fonction publique prévu par les articles 13 à 15 de la loi du 12 mars 2012.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'établit pas que la décision de la commune de Châlons-en-Champagne de ne pas renouveler son dernier contrat, arrivé à son terme le 31 août 2016, serait illégale. Dès lors, la commune n'a commis aucune faute engageant sa responsabilité à l'égard de la requérante en prenant ladite décision. Ainsi, Mme A n'est pas fondée à rechercher la condamnation de la commune de Châlons-en-Champagne à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son éviction. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la ville de Châlons-en-Champagne, sa requête doit ainsi être rejetée, y compris les conclusions tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Châlons-en-Champagne.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

P-H. MALEYRELe président-rapporteur,

signé

A. DESCHAMPSLe greffier,

signé

A. PICOT

N°2102904

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