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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200053

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200053

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 1ère chambre
Avocat requérantSELARL LE CAB AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi par Mme D d’un recours pour excès de pouvoir contre une décision de la caisse d’allocations familiales de l’Aube confirmant un trop-perçu de revenu de solidarité active et de prime d’activité de 6 972 euros pour la période de décembre 2019 à juillet 2021. La requérante contestait le bien-fondé de ce trop-perçu, soutenant que le père de ses enfants n’avait pas vécu à son domicile durant la période concernée. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que les pièces produites par Mme D étaient contradictoires et ne permettaient pas d’établir l’absence de vie maritale, conformément aux articles L. 114-10 du code de la sécurité sociale et R. 262-6 du code de l’action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et des mémoires enregistrés les 11 janvier 2022, 2 décembre 2022 et 12 février 2024, Mme C D, représentée par Me Assailly, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Aube a confirmé le trop-perçu d'allocations (RSA et prime d'activité) pour la période du 1er décembre 2019 au 31 juillet 2021 par la commission des recours amiables de l'Aube d'un montant total de 6 972 euros ; 2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Aube de restituer les sommes indûment perçues ; 3°) de mettre à la charge de la CAF de l'Aube le versement à Me Assailly, avocat de Mme D, de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Elle soutient que : - le père de ses enfants n'a jamais vécu à son domicile du 1er janvier au 21 août 2021 ; - la CAF a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et que le trop-perçu n'est pas justifié. Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2023, la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Aube conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les pièces produites sont contradictoires et ne permettent pas d'établir l'absence de vie maritale avec le père des enfants de la requérante. Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024, le département de l'Aube conclut au rejet de la requête. Il soutient que le trop-perçu est fondé et que la précarité de la requérante n'est pas établie. Par une décision du 11 février 2022, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de l'action sociale et des familles ; - le code de la sécurité sociale ; -la loi du 10 juillet 1991 ; - le code de justice administrative. Le rapporteur public a été dispensé, sur la proposition de la Présidente, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :- le rapport de Mme Mégret, présidente du tribunal ;- les observations de Me Assailly, représentant Mme D. La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative. Considérant ce qui suit : 1. Après un rapport de contrôle établi le 4 août 2021, la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Aube a constaté un trop perçu de revenu de solidarité active (RSA), de prime d'activité, d'allocation de soutien familial, d'allocations familiales et d'allocation logement d'un montant de 12 406,69 euros pour la période de 1er décembre 2019 au 31 juillet 2021 à l'encontre de Mme D. Cette décision a été confirmée par la commission de recours amiable le 8 novembre 2021. Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle vise le trop-perçu de RSA d'un montant de 5 198,91 euros et le trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 1 773,09 euros. Sur le bien-fondé des trop-perçus : 2. Aux termes de l'article L. 114-10 du code de sécurité sociale, applicable à l'espèce : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. ()Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire. " 3. Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, applicable au RSA : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. " 4. Aux termes de l'article R. 842-3 du code de la sécurité sociale : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; et 3° Des enfants et personnes à charge remplissant les deux conditions suivantes : a) Ouvrir droit aux prestations familiales ou avoir moins de vingt-cinq ans et être à la charge effective et permanente du bénéficiaire ou de son conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité à condition, en cas d'arrivée au foyer après le dix-septième anniversaire, d'avoir avec le bénéficiaire ou son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité un lien de parenté jusqu'au quatrième degré inclus ; b) Ne pas bénéficier ou avoir bénéficié, au cours de l'année civile de droit, de la prime d'activité en tant que bénéficiaire ou conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité d'un bénéficiaire. " 5. En l'espèce, la CAF et le département de l'Aube soutiennent que les pièces produites par Mme D sont contradictoires et ne permettent pas d'établir l'absence de vie commune entre M. A B, père de ses deux enfants , ce dernier ayant notamment indiqué lors de la naissance d'un des enfants et à l'occasion de deux contrôles de police en février et mai 2021 vivre chez cette dernière. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des nombreuses pièces produites dans la présente instance par la requérante, que M. B a notamment déclaré comme adresse fiscale pour les années 2019, 2020 et 2021 une autre adresse que celle de la requérante ainsi que dans les courriers adressés à d'autres organismes sociaux ou commerciaux. Ensuite, le tribunal judiciaire de Troyes dans un jugement du 10 mars 2023 a jugé que la vie commune n'est pas suffisamment caractérisée pour la période en cause et que la bonne foi de la requérante est présumée. Mme D est donc fondée à soutenir que c'est à tort que les trop-perçus de RSA et de prime d'activité ne sont pas justifiés. Il s'ensuit que la décision du 8 novembre 2021 doit être annulée. Sur les conclusions en injonction : 6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision du 8 novembre 2021 implique nécessairement que la CAF de l'Aube restitue à Mme D les sommes déjà versées par la requérante au titre des trop-perçus de 5 198,91 euros (RSA) et de 1 773,09 euros (PA), dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Sur les frais liés au litige : 7. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Assailly, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la CAF de l'Aube le versement à Me Assailly de la somme de 1 500 euros. D É C I D E : Article 1er : La décision du 8 novembre 2021 de la caisse d'allocations familiales de l'Aube est annulée. Article 2 : La CAF de l'Aube restituera à Mme D les sommes versées au titre des trop-perçus de 5 198,91 euros (RSA) et de 1 773,09 euros (PA), dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.Article 3 : la CAF de l'Aube versera à Me Assailly une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Assailly renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au département de l'Aube et à la caisse d'allocations familiales de l'Aube. Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024. La Présidente-rapporteure,SignéS. MégretLa greffière,SignéF. Daroussi Djanfar La République mande et ordonne au ministre du logement et de la rénovation urbaine, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les hommes et les femmes en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 2N° 2200053

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