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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200181

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200181

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 janvier 2022, 4 novembre 2022,

14 février 2023, 18 mars 2023, 28 mars 2023 et 5 juin 2023, Mme A D et M. B D, représentés par Me Mathieu Malblanc, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la délibération du 10 novembre 2021 par laquelle le conseil municipal d'Herpont a refusé de leur céder une emprise sur le chemin communal jouxtant la parcelle C305 ;

2°) d'enjoindre au conseil municipal d'Herpont de réexaminer leur demande d'acquisition ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Herpont la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération attaquée est insuffisamment motivée ;

- la convocation pour siéger au conseil municipal du 10 novembre 2021 n'a pas été adressée aux conseillers municipaux dans le délai légal ;

- l'ordre du jour sur lequel le conseil municipal a délibéré le 10 novembre 2021 était entaché d'irrégularité ;

- le compte-rendu de la séance du conseil municipal du 10 novembre 2021 a été affiché tardivement ;

- les conseillers municipaux n'ont pas disposé d'une information suffisante avant de délibérer ;

- aucun vote n'a eu lieu pour l'adoption de cette délibération ;

- l'un des conseillers municipaux était, en sa qualité de tante des requérants, en situation de conflit d'intérêts et cette situation faisait obstacle à ce qu'elle participe à la délibération en litige ;

- le plan de bornage réalisé le 14 décembre 2012 laissait penser que la commune d'Herpont allait leur céder l'emprise de 24 m² ;

- le refus est irrégulier, dès lors que leur permis de construire déposé en 2012 est entaché d'irrégularités et que leur maison aurait dû être positionnée différemment sur leur parcelle ;

- cette emprise constitue un délaissé de voirie et, à supposer qu'elle constitue une dépendance du domaine public routier communal, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que la parcelle en cause fasse l'objet concomitamment d'une aliénation et d'un déclassement ;

- ils sont les seuls à emprunter la voie qui est attenante à la parcelle en cause ;

- la délibération attaquée constitue un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril 2022, 22 février 2023, 4 avril 2023 et 9 mai 2023, la commune d'Herpont, représentée par Me Bruno Choffrut, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 800 euros soit mise à la charge des époux D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a plus de lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la délibération du 10 novembre 2021, dès lors que le conseil municipal d'Herpont a adopté, le

10 mars 2023, une délibération ayant le même objet que la précédente ;

- les moyens soulevés par les époux D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clemmy Friedrich,

- les conclusions de Mme Violette de Laporte, rapporteure publique,

- les observations de Me Malblanc, représentant les époux D.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux D, propriétaires d'une parcelle inscrite au cadastre de la commune d'Herpont sous le n° C305, ont demandé à son maire, pour un courrier du

3 août 2021, de soumettre au conseil municipal une proposition tendant à acquérir auprès de la commune une parcelle de 24 mètres carrés attenante à leur propriété. Par la présente requête, les époux D demandent au tribunal d'annuler la délibération du 10 novembre 2021 par laquelle le conseil municipal d'Herpont a rejeté cette proposition d'acquisition.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. La cession par une commune d'une parcelle dont elle est propriétaire n'est pas un droit pour celui qui en fait la demande. Il suit de là qu'une décision portant refus de la céder n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

3. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. "

4. Il ressort des pièces du dossier que la convocation qui a été adressée aux conseillers municipaux pour la séance du 10 novembre 2021, et dont un exemplaire a été affiché en mairie, a fixé à l'ordre du jour, parmi les " questions diverses ", l'examen de la demande d'acquisition que les époux D ont soumis au conseil municipal d'Herpont. Cette question, indiquée par la mention " bornage C305 ", était suffisamment précise, compte tenu en particulier de la circonstance, qui est non démentie par les requérants, d'après laquelle ces derniers, en transmettant au maire d'Herpont leur demande sur laquelle le conseil municipal a délibéré le

10 novembre 2021, en ont adressé copie à chacun des conseillers municipaux qui y ont pris part. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération en litige serait intervenue en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. / En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire, sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. Le maire en rend compte dès l'ouverture de la séance au conseil municipal qui se prononce sur l'urgence et peut décider le renvoi de la discussion, pour tout ou partie, à l'ordre du jour d'une séance ultérieure. "

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'extrait du registre des délibérations du conseil municipal d'Herpont que la convocation à la séance du 10 novembre 2021 a été adressée aux conseillers municipaux le 30 octobre 2021, soit dans le respect du délai de trois jours francs prévu par les dispositions précitées de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales. Si les requérants contestent que les convocations aient été faites dans les délais légaux, ils n'assortissent leurs allégations d'aucun élément circonstancié, de sorte que celles-ci ne sauraient conduire à remettre en cause les mentions du registre des délibérations, qui font foi jusqu'à preuve contraire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du délai de convocation des conseillers municipaux doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. "

8. Si les requérants soutiennent que la délibération en litige est intervenue en méconnaissance des dispositions citées au point précédent, celles-ci ont pour seul objet de conférer droit aux conseillers municipaux, sur leur demande, d'obtenir du maire toutes informations intéressant les affaires communales. Alors que l'obligation pour le maire d'adresser aux conseillers municipaux, de sa propre initiative, les documents de nature à les éclairer sur les affaires destinées à être soumises à délibération ne s'imposent que pour les communes de

3 500 habitants et plus, ce qui n'est pas le cas de la commune d'Herpont, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doit être écarté comme inopérant.

9. Aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. En application du II de l'article L. 1111-6, les représentants des collectivités territoriales ou des groupements de collectivités territoriales mentionnés au I du même article L. 1111-6 ne sont pas comptabilisés, pour le calcul du quorum, parmi les membres en exercice du conseil municipal. "

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme C D, dont il n'est pas contesté qu'elle est la tante d'un des requérants, a pris part, en sa qualité de conseillère municipale, à la séance du 10 novembre 2021 au terme de laquelle la délibération en litige a été adoptée. Si, lors de la séance du 10 mars 2023 au cours de laquelle le conseil municipal d'Herpont s'est de nouveau prononcé sur la demande d'acquisition des époux D, Mme C D s'est retirée après avoir estimé être intéressée à l'affaire, cette seule circonstance, qui procède d'une appréciation personnelle de cette dernière, n'est pas suffisante pour permettre de considérer, en l'absence d'éléments circonstanciés, que, à la date de la délibération en litige, cette conseillère municipale aurait été intéressée à ce que la parcelle en cause soit cédée aux requérants ou à ce qu'elle ne le soit pas. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération du 10 novembre aurait été adoptée en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

11. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 2121-20 du code général des collectivités territoriales : " Les délibérations sont prises à la majorité absolue des suffrages exprimés. " Pour l'application de ces dispositions, l'adoption d'une délibération par le conseil municipal n'est pas subordonnée à l'intervention d'un vote formel ou d'une discussion préalable dès lors que l'assentiment de la totalité ou de la majorité des conseillers présents a pu être constaté par le maire ou le président de séance.

12. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des témoignages précis et concordants de certains des conseillers municipaux qui ont siégé le 10 novembre 2021, que la délibération en litige a été adoptée avec l'assentiment unanime de tous les conseillers municipaux présents, après que chacun d'entre eux a donné sa position sur l'affaire débattue. Les époux D ne produisant aucun élément circonstancié susceptible de remettre en cause ces témoignages qui sont suffisamment probants, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la délibération en litige n'a pas été adoptée en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2121-20 du code général des collectivités territoriales et, par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

13. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 2121-25 du code général des collectivités territoriales : " Dans un délai d'une semaine, la liste des délibérations examinées par le conseil municipal est affichée à la mairie et mise en ligne sur le site internet de la commune, lorsqu'il existe. "

14. La légalité d'une décision administrative s'appréciant à la date de son édiction, les époux D ne sauraient utilement faire valoir, pour critiquer la légalité de la délibération en litige, qu'un élément postérieur à son adoption serait de nature à emporter son annulation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2121-25 du code général des collectivités territoriales doit être écarté comme inopérant.

15. Saisi d'une délibération par laquelle un conseil municipal refuse de vendre à un particulier une parcelle dont la commune est propriétaire, le juge de l'excès de pouvoir exerce sur les motifs de ce refus un contrôle qui se limite à apprécier s'ils ne sont pas étrangers à des préoccupations d'intérêt communal.

16. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la délibération en litige, que le conseil municipal d'Herpont, pour refuser de vendre aux époux D une parcelle du domaine communal attenante à leur propriété, a fondé cette décision sur le motif que cette parcelle, qui est située au droit de la " Ruelle de l'église ", contribue à en garantir l'accès pour les véhicules qui entendent s'y engager depuis la " Petite rue " dont le tracé est orthogonal à la voie précitée. Ainsi, et indépendamment du statut domanial de cette parcelle, le motif que le conseil municipal d'Herpont a retenu pour justifier le refus de la céder aux époux D n'est pas étranger à des préoccupations d'intérêt communal.

17. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la " Ruelle de l'église " aurait cessé d'être affectée à la circulation, ni que la parcelle en cause constituerait un délaissé de voirie, au sens des dispositions de l'article L. 112-8 du code de la voirie routière. Enfin, la seule circonstance que le permis de construire qui leur a été délivré en 2012 par le maire d'Herpont a pu entretenir les requérants dans la croyance que la parcelle en cause leur serait cédée par la commune est sans incidence sur la légalité de la délibération en litige.

18. Les époux D, en se prévalant de circonstances postérieures à la délibération en litige et des relations conflictuelles qu'ils entretenaient avec le maire qui était en fonction à la date de cette délibération, n'établissent pas, du seul fait que celle-ci leur est défavorable, qu'elle serait entachée d'un détournement de pouvoir.

19. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de non-lieu opposée en défense par la commune d'Herpont, que les conclusions tendant à l'annulation de la délibération du 10 novembre 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées à titre accessoire.

Sur les frais liés à l'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Herpont, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les époux D au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des époux D la somme demandée par la commune d'Herpont au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des époux D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Herpont présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. B D et à la commune d'Herpont.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Alain Poujade, président,

Mme Stéphanie Lambing, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

C. FRIEDRICH

Le président,

Signé

A. POUJADE

La greffière,

Signé

N. MASSON

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