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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200362

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200362

vendredi 1 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP SCRIBE-BAILLEUL-SOTTAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2022 M. C B, représenté par Me Scribe, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 17 décembre 2021 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est lui a infligé une amende d'un montant de 5 200 euros du fait de la méconnaissance, s'agissant d'une salariée, des règles relatives aux durées quotidienne et hebdomadaire maximale de travail, ainsi de celles relatives à la durée du repos quotidien et hebdomadaire ;

2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision du 17 décembre 2021 en substituant un avertissement à la sanction qui lui a été infligée.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'explication sur le temps de repos par jour est très floue ;

- aucun élément de la décision attaquée n'explique en quoi le temps de repos hebdomadaire n'a pas été respecté ;

- les heures supplémentaires effectuées par l'employée l'ont été à sa demande expresse ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022 par une ordonnance du 22 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public ;

- et les observations de M. B ainsi que celles de M. A, pour le compte du directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est.

Considérant ce qui suit :

1. La société L'Idéal de Bologne, dont M. B est le président et qui a pour activité principale la boulangerie-pâtisserie, a fait l'objet d'un contrôle d'agents de l'inspection du travail le 9 septembre 2020. À la suite de ce contrôle et de mesures d'instruction complémentaires, le directeur régional de l'économie, de l'emploi du travail et des solidarités (DREETS) du Grand Est a, par une décision du 5 octobre 2021, infligé à la société L'Idéal de Bologne une amende d'un montant 10 400 euros du fait de la méconnaissance, s'agissant d'une salariée, des règles relatives aux durées quotidienne et hebdomadaire maximales de travail, ainsi de celles relatives à la durée du repos quotidien et hebdomadaire. Par un recours gracieux du 6 novembre 2021, M. B a sollicité l'annulation de ces décisions en faisant valoir que son entreprise était en difficulté financière. Par une décision du 17 décembre 2021, le directeur de la DREETS a retiré sa décision du 6 novembre 2021 et a infligé à la société L'Idéal de Bologne une amende d'un montant de 5 400 euros. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 8115-1 du code du travail : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : 1° Aux dispositions relatives aux durées maximales du travail fixées aux articles L. 3121-18 à L. 3121-25 et aux mesures réglementaires prises pour leur application ; 2° Aux dispositions relatives aux repos fixées aux articles L. 3131-1 à L. 3131-3 et L. 3132-2 et aux mesures réglementaires prises pour leur application ". Selon l'article L. 3121-16 du même code : " Dès que le temps de travail quotidien atteint six heures, le salarié bénéficie d'un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes consécutives. " Aux termes de l'article L. 3121-18 du même code : " La durée quotidienne de travail effectif par salarié ne peut excéder dix heures, sauf : 1° En cas de dérogation accordée par l'inspecteur du travail dans des conditions déterminées par décret ; 2° En cas d'urgence, dans des conditions déterminées par décret ; 3° Dans les cas prévus à l'article L. 3121-19. ". Selon l'article L. 3121-20 du même code : " Au cours d'une même semaine, la durée maximale hebdomadaire de travail est de quarante-huit heures. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 3131-1 du même code : " Tout salarié bénéficie d'un repos quotidien d'une durée minimale de onze heures consécutives, sauf dans les cas prévus aux articles L. 3131-2 et L. 3131-3 ou en cas d'urgence, dans des conditions déterminées par décret. ". Selon l'article L. 3132-2 du même code : " Le repos hebdomadaire a une durée minimale de vingt-quatre heures consécutives auxquelles s'ajoutent les heures consécutives de repos quotidien prévu au chapitre Ier. ".

3. En premier lieu, la décision en litige rappelle que la durée quotidienne de repos est d'une durée de onze heures consécutives, en application des dispositions précitées de l'article L. 3131-1 du code du travail et que, la société L'Idéal de Bologne ne pouvant se prévaloir d'aucune dérogation, cette durée était applicable à ses salariés. En outre, la décision en litige, présente, dans un tableau détaillé, en indiquant leur date, les 32 jours pendant lesquels la salariée de la société a bénéficié d'un temps de repos quotidien de moins de onze heures, en précisant la durée du temps de repos effectif. Dès lors, la décision en litige est suffisamment précise et ne comporte aucune assimilation du temps de repos quotidien, défini à l'article L. 3131-1 du code du travail, au temps de pause, défini à l'article L. 3121-16 du même code. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait imprécise s'agissant du grief relatif au respect du repos quotidien doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision en litige rappelle que le temps de repos hebdomadaire doit être d'au moins 35 heures consécutives en application des dispositions précitées de l'article L. 3132-2 du code du travail. En outre, la décision indique sans ambigüité qu'il est reproché à la société L'Idéal de Bologne de n'avoir accordé aucun temps de repos hebdomadaire à sa salariée entre les 11 et 17 mai 2020, du 18 au 24 mai 2020 et du 25 au 31 mai 2020, ce que M. B ne conteste pas sérieusement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige n'exposerait pas en quoi le temps de repos hebdomadaire d'une salariée n'a pas été respecté doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'accord de la salariée pour effectuer des heures supplémentaires, qui n'est au demeurant matérialisé que par une lettre dont la date est postérieure aux faits ayant justifié le prononcé de la sanction en litige, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 8115-3 du code du travail : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. () ". Aux termes de l'article L. 8115-4 du même code : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges ".

7. Il résulte de l'instruction que la société L'Idéal de Bologne a commis au total 53 manquements aux dispositions précitées du code du travail relatives aux durées quotidienne et hebdomadaire maximales de travail et à la durée du repos quotidien et hebdomadaire, ces manquements ayant concerné une salariée. Par conséquent, en application des dispositions précitées de l'article L. 8115-3 du code du travail, le montant maximal total de l'amende susceptible d'être infligée à la société L'Idéal de Bologne s'élève à 212 000 euros. Par ailleurs, le directeur de la DREETS a pris en compte la situation financière de l'entreprise en abaissant à 5 200 euros le montant de l'amende initialement fixé à 10 400 euros. Dans ces conditions, eu égard à l'importance des règles applicables en matière de durée du travail pour la préservation de la santé des travailleurs et au nombre de manquements commis, la sanction en litige n'est pas disproportionnée, malgré le fait que les manquements en cause n'aient concerné qu'une salariée qui aurait été volontaire pour effectuer des heures supplémentaires. Par suite, le moyen tiré de ce que l'amende de 5 200 euros constituerait une sanction disproportionnée doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par le directeur de la DREETS, les conclusions de M. B doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est.

Délibéré après l'audience du 9 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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