mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2200457 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n°221016279 du 23 février 2022, le tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne la requête présentée par la société Champenoise des Barons et Associés.
Par une requête enregistrée les 25 novembre 2021, la société Champenoise des Barons et Associés demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 31 mai 2021 de la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la Mer, dit A, en tant que cette décision a limité à 395 719,17 euros le montant de l'aide qui lui a été octroyée
dans le cadre du programme de promotion de vins en dehors de l'Union européenne au titre de l'année 2018 ;
2°) d'enjoindre à A de porter le montant totale de l'aide qui lui a été attribuée à la somme de 658 255 euros.
Elle soutient que :
- la décision en litige a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière car elle n'a pas été informée, lors de la phase contradictoire, des motifs pour lesquels A considère que les dépenses de promotion en Chine, au Japon et à Hong Kong ne sont pas éligibles à l'aide ;
- son recours gracieux n'a pas été convenablement instruit ;
- la directrice générale de A a commis une erreur d'appréciation en considérant que des dépenses de promotion d'un montant de 525 073,64 euros n'étaient pas éligibles à l'aide en litige ;
- ces dépenses ouvrent droit à un complément d'aide de 262 536 euros, ce qui porte le montant total de l'aide à laquelle elle a droit à la somme de 658 255 euros ;
- les services de A n'ont pas correctement analysé une clé USB qui contenait l'ensemble des pièces justificatives produites ;
- elle est de bonne foi, la décision en litige a pour elle des conséquences excessives, ce qui méconnait la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance ;
Par un mémoire en défense, enregistré l4 mai 2024, l'établissement national
des produits de l'agriculture et de la Mer, dit A, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 3 juin 2024 par une ordonnance du 17 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil
du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué (UE) 2016/1149 de la Commission du 15 avril 2016 ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision INTV-POP-2017-26 du 18 mai 2017 du directeur général
de A ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller ;
- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Champenoise des Barons et Associés, dont l'activité consiste notamment à commercialiser du vin de Champagne, a conclu le 15 mai 2018 une convention d'aide à la promotion de vins en dehors de l'Union européenne au titre de l'année 2018 avec l'établissement national des produits de l'agriculture et de la Mer, dit A.
Cette convention, qui portait sur un budget prévisionnel de promotion total de 1 447 176 euros, fixait à 723 588 euros le montant maximum de l'aide pouvant être allouée à la société Champenoise des Barons et Associés. Une avance d'un montant de 361 794 euros, correspondant à la moitié du montant maximum de l'aide prévisionnelle, a été versée à la société
le 13 juillet 2018. Par un courrier du 19 juin 2019, la société Champenoise des Barons et Associés a indiqué que le montant des dépenses de promotion exposé durant l'année 2018 s'élevait à 1 112 009,42 euros et a sollicité le versement d'une aide d'un montant total
de 556 004,71 euros. Par un courrier du 19 janvier 2021, A a informé la société qu'au regard des pièces justificatives produites, le montant de l'aide à laquelle elle pouvait prétendre s'élevait à 20 426,10 euros, certaines dépenses n'étant pas éligibles à l'aide et d'autres constituant une modification majeure du programme de promotion approuvé initialement. Par un courrier du 10 février 2021, la société Champenoise des Barons et Associés a présenté une demande de modification du programme de promotion pour la Chine, Hong-Kong et les États-Unis. Par un courrier du 11 février 2021, la société a fourni des explications complémentaires sur les dépenses de promotion qu'elle avait engagées au Japon, au Vietnam, au Canada et en Suisse. Par un avenant du 23 avril 2021, le budget prévisionnel de promotion a été revu
à 1 198 690 euros et le montant maximum de l'aide à 599 345 euros. Par une décision
du 31 mai 2021, la directrice de A a fixé à 395 719,17 euros le montant de l'aide finalement octroyée à la société Champenoise des Barons et Associés. La société a contesté cette décision par un recours gracieux qui a été implicitement rejeté par A. La société Champenoise des Barons et Associés demande au tribunal l'annulation de la décision
du 31 mai 2021.
2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 45 du règlement (UE)
n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 : " Promotion 1. L'aide accordée au titre du présent article porte sur les mesures d'information ou de promotion concernant les vins de l'Union : a) qui sont menées dans les États membres en vue de fournir aux consommateurs des informations concernant la consommation responsable de vin et les systèmes d'appellations d'origine et d'indications géographiques dans l'Union ; ou b) qui sont menées dans les pays tiers en vue d'améliorer leur compétitivité. 2. Les mesures visées au paragraphe 1, point b), s'appliquent aux vins bénéficiant d'une appellation d'origine protégée ou d'une indication géographique protégée, ou aux vins dont le cépage est indiqué et ne peuvent consister qu'en: a) des actions de relations publiques, de promotion ou de publicité, visant en particulier à mettre en évidence que les produits de l'Union répondent à des normes élevées en termes, notamment de qualité, de sécurité sanitaire des aliments ou d'environnement ; b) une participation à des manifestations, foires ou expositions d'envergure internationale ; c) des campagnes d'information, notamment sur les régimes de l'Union relatifs aux appellations d'origine, aux indications géographiques et à la production biologique; d) des études de marchés nouveaux, nécessaires à l'élargissement de débouchés ; e) des études d'évaluation des résultats des actions d'information et de promotion. 3. La participation de l'Union aux actions d'information ou de promotion visées au paragraphe 1 n'excède pas 50 % de la dépense admissible au bénéfice de l'aide. ".
3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 6
de la décision INTV-POP-2017-26 du 18 mai 2017 du directeur général de A relative à la mise en œuvre par A des opérations de promotion des vins sur le marché des pays tiers par les entreprises et les interprofessions pour la programmation 2014 à 2018 en application de l'article 45 du règlement (UE) n°1308/2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles : " 6.1. Convention. Pour les opérations retenues, A signe avec l'opérateur une convention qui en précise les caractéristiques principales (l'intégralité des budgets par opération, le détail des actions et sous actions des différentes opérations figurent en annexe à la convention) ainsi que leurs modalités de financement La convention précise le montant maximum de l'aide qui pourra être octroyée pour chaque opération sous réserve du respect par le bénéficiaire de ses obligations. () ". Selon l'article 4 de la convention n°460-18 du 15 mai 2018 conclue entre A et société Champenoise des Barons et Associés : " Montant de l'aide. La participation financière de l'Union européenne est égale à 50% des dépenses réellement supportées par l'Opérateur pour
la réalisation des actions prévues au budget prévisionnel et reconnues éligibles à l'issue de l'instruction de la demande de paiement. Le montant maximum d'aide pour l'ensemble des opérations est de 723 588 €. L'aide est versée au titre de chaque opération () sous la forme : - d'une avance cautionnée pouvant être demandée au début de l'année, d'un montant égal à 25% du montant du budget prévisionnel de la période annuelle concernée () - d'un solde versé après réception et instruction, par les services de A, de la demande de paiement et de toutes les pièces justificatives requises. () ".
4. En premier lieu, la société Champenoise des Barons et Associés ne peut utilement se prévaloir des vices affectant la décision implicite portant rejet de son recours gracieux à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision de la directrice de A du 31 mai 2021.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre
le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande,
les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-2 du même code :
" Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".
6. La décision en litige du 31 mai 2021 par laquelle la directrice de A a fixé à 395 719,17 euros le montant de l'aide finalement octroyée à la société Champenoise des Barons et Associés fait suite à une demande de la société requérante du 19 juin 2019 tendant au versement de cette aide. Par conséquent, la décision du 31 mai 2021, qui a été édictée après examen des justificatifs fournis à l'appui de de la demande de versement, n'est pas au nombre des décisions soumises par les dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration à la procédure contradictoire qu'elles instituent. Par suite, le moyen tiré de ce que la société n'aurait pas été mise à même de présenter
ses observations préalablement à l'édiction de cette décision est inopérant.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 10 de la décision INTV-POP-2017-26
du 18 mai 2017 du directeur général de A, intitulé " composition de la demande de paiement " : " () 10.3. Justificatifs de dépenses. Lors de la demande de paiement,
le bénéficiaire déclare ses dépenses à A au moyen d'un état récapitulatif des dépenses (ERD) pour chaque pays cible. Cet état récapitulatif est exclusivement rédigé en français. A cet état récapitulatif doivent obligatoirement être jointes l'intégralité des copies des factures listées dans l'état. Les dépenses présentées doivent impérativement être acquittées
à la date de dépôt de la demande de paiement. On entend par acquittement, le décaissement effectif dans les comptes de l'entreprise tel qu'il apparaît sur un relevé bancaire. En conséquence, toute dépense présentée et non acquittée au moment du dépôt de la demande de paiement, est inéligible. Les factures et attestation du commissaire aux comptes ou de l'expert-comptable doivent se présenter de la façon suivante : Factures Les factures servant de preuve de réalisation de l'action doivent : - être libellées au nom du bénéficiaire de l'aide, - porter l'indication de l'identité du fournisseur, - indiquer précisément le détail des actions facturées ainsi que les montants détaillés correspondants, - porter l'indication d'une numérotation (éventuellement manuscrite), équivalente à celle dans la comptabilité de l'entreprise (ou tout au moins qui permette de retrouver rapidement la facture dans la comptabilité de l'entreprise) ; ce numéro doit être reporté dans l'onglet correspondant de l'ERD, - sur chaque facture (et le cas échéant, sur chaque ligne de la facture), doivent figurer la référence de l'action et la période de réalisation, sous la forme du codage repris dans le rapport d'activité. "
8. Il ressort des tableaux annexés à la décision attaquée que la directrice de FanceAgriMer a estimé que des dépenses d'un montant de 504 878,50 euros, sur des dépenses de promotion d'un montant total de 1 358 035,43 euros, ne sont pas éligibles à l'aide en litige.
Ces dépenses, qui concernent diverses activités de promotion réalisées au Vietnam, au Canada, en Suisse, aux États-Unis et en Chine, ont été considérées comme totalement ou partiellement inéligibles à l'aide en raison de l'absence de production par la société Champenoise des Barons et Associés de justificatifs de ces dépenses et de factures suffisamment précises en méconnaissance des dispositions de l'article 10 précité de la décision INTV-POP-2017-26 et de l'annexe 1 de cette même décision. Pour contester ces motifs, la société requérante se borne à affirmer, sans produire aucune pièce justificative, qu'elle a fourni à l'appui de sa demande de paiement des documents analogues à ceux fournis dans le cadre de précédentes demandes d'aide et qu'une clé USB contenant des justificatifs n'aurait pas été consultée par les agents de A. Les allégations de la société requérante, qui ne sont étayées par aucune production, ne sont pas établies. Par suite, le moyen tiré de ce que la directrice générale de A aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que des dépenses d'un montant de 504 878,50 euros ne sont pas éligibles à l'aide en litige doit être écarté.
9. En quatrième lieu, lorsque l'autorité compétente constate la méconnaissance d'une condition à laquelle l'octroi d'une subvention a été subordonnée, il lui appartient, sans préjudice des mesures qui s'imposent en cas de constat d'une irrégularité au regard du droit de l'Union européenne, d'apprécier les conséquences à en tirer, de manière proportionnée eu égard à la teneur de cette méconnaissance, sur la réduction ou le retrait de la subvention en cause.
10. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée du 31 mai 2021 fixe à 395 719,17 euros le montant de l'aide finalement octroyée à la société Champenoise des Barons et Associés, soit un montant supérieur à l'avance de 361 794 euros qui lui a été versée
le 13 juillet 2018. Dès lors, la décision en litige n'induit aucun remboursement de la part
de la société requérante. En outre, en signant l'avenant du 23 avril 2021, la société Champenoise des Barons et Associés a consenti à ce que le budget prévisionnel de promotion bénéficiant de l'aide soit abaissé à 1 198 690 euros, ramenant de ce fait montant maximum de l'aide
à 599 345 euros. Par conséquent, le montant total de l'aide qui lui a finalement été versé correspond à environ deux tiers du montant maximum qu'elle pouvait espérer. Enfin, la société Champenoise des Barons et Associés avait été informée notamment par les dispositions précitées de l'article 4 de la convention n°460-18 du 15 mai 2018 que la détermination du montant définitif de l'aide à laquelle elle pouvait prétendre serait arrêté à l'issue de l'instruction par A de sa demande de paiement. Dans ces conditions, la décision du 31 mai 2021 en litige n'a pas eu pour la société requérante des conséquences disproportionnées et n'a pas méconnu le principe de confiance légitime. Par suite, le moyen tiré de ce la société Champenoise des Barons et Associés aurait été de bonne foi et de ce que la décision critiquée aurait méconnu ce principe doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société Champenoise
des Barons et Associés tendant à l'annulation de la décision de la directrice générale de A du 31 mai 2021 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête la société Champenoise des Barons et Associés est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Champenoise des Barons et Associés et à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la Forêt en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution
de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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