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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200542

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200542

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSYGUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête et des mémoires enregistrés les 10 mars 2022, 23 juin 2022,

9 décembre 2022 et 27 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Abbar, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 7 juin 2021, par lequel le maire de la commune de Tinqueux a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie dont elle souffre et l'a placée en congé longue durée, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Tinqueux de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Tinqueux la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 7 juin 2021 est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que le maire s'est fondé sur une appréciation médicale du 20 février 2020 et n'a pas suivi l'avis de la commission de réforme du

25 mars 2021 ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation ;

- la décision de rejet du recours gracieux est entachée d'un défaut de motivation dès lors que la commune était en compétence liée pour communiquer les motifs de cette décision.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 avril 2022 et 24 août 2022, la commune de Tinqueux représentée par Me Sygut conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 avril 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 28 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur

- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjoint administratif principal de 2ème classe, employée à la mairie de Tinqueux, a déposé deux demandes de reconnaissance de maladie professionnelle les

15 octobre 2019 et 28 décembre 2019. La commission départementale de réforme a émis un avis favorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle hors tableau à compter du

30 juillet 2012. Le 7 juin 2021, le maire de Tinqueux a refusé de reconnaître la maladie professionnelle de Mme B et l'a placée en congé longue durée. Le 6 août 2021,

Mme B a saisi la commune de Tinqueux d'un recours gracieux contre cette décision, réceptionné le 11 août 2021. Une décision implicite de rejet de son recours est née, faute de réponse à l'issue d'un délai de deux mois. Mme B demande l'annulation de l'arrêté du maire du 7 juin 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Les décisions qui se bornent à rejeter un recours administratif contre une décision devant être motivée en vertu des dispositions précitées, n'ont pas à être motivées dès lors que la décision initiale était suffisamment motivée.

4. La décision initiale du 7 juin 2021, par laquelle le maire de la commune de Tinqueux a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident de Mme B vise

l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 modifiée portant sur la présomption d'imputabilité des maladies au service et les articles 37-1 à 37-20 du décret du 30 juillet 1987 portant sur les congés pour invalidité temporaire imputable au service. Elle mentionne les demandes de reconnaissance de maladies professionnelles hors tableau transmises par Mme B les 15 octobre 2019 et

28 décembre 2019, le sens de l'avis de la commission de réforme du 25 mars 2021 ainsi que les motifs pour lesquels le maire de la commune de Tinqueux a rejeté la demande de la requérante. Elle était, par suite, suffisamment motivée en droit et en fait et Mme B a pu en discuter utilement. La circonstance que l'arrêté mentionne le qualificatif " professionnel " de la maladie déclarée par Mme B pour ensuite en refuser l'imputabilité au service relève d'une maladresse de rédaction et le sens de la décision est parfaitement compréhensible. En conséquence, la décision implicite rejetant le recours gracieux de Mme B née du silence gardé par la commune n'avait pas à être motivée. Il en résulte que l'intéressée ne pouvait se prévaloir de ce que les délais de recours contentieux auraient été prorogés par sa demande, présentée le 6 décembre 2021, tendant à obtenir la communication des motifs de la décision rejetant son recours gracieux. Dans ces conditions, la commune de Tinqueux est fondée à soutenir que la requête de Mme B, enregistrée le 10 mars 2022, est tardive et, par suite, irrecevable.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Tinqueux présentées sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Tinqueux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Tinqueux.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Alain Poujade, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

O. ALVAREZ

Le président,

A. POUJADELa greffière,

N. MASSON

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