vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2200581 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP LANCELIN & LAMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 mars et 30 août 2022, Mme A C, représentée par Me Alfonso, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Chaumont l'a suspendue de ses fonctions sans traitement, à compter du 1er octobre 2021 et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination et a suspendu ses droits à ancienneté et avancement à compter du 15 septembre 2021, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 30 janvier 2022 ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Chaumont à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral et économique, dont 1392, 69 euros au titre de ce dernier préjudice ;
3°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Chaumont de tirer toutes les conséquences de droit résultant de l'annulation en matière de traitement, de droits à la retraite et d'ancienneté, et de verser les sommes dues à titre de traitement assorties des intérêts au taux légal à compter du jour auquel elles auraient dû être versées, soit au plus tard le 31 octobre 2021 ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Chaumont la somme de 1 500 euros, à verser à Me Alfonso en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- cette décision ne pouvait prendre effet tant qu'elle était en congé de maladie, dont le point de départ était antérieur à son adoption, en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la loi du 11 janvier 1986 ;
- cette illégalité fautive, que son employeur n'a pas fait cesser en dépit des décisions rendues par les juridictions administratives et le Conseil d'Etat, a conduit à ce qu'elle soit sans ressources au mois d'octobre 2021 alors qu'elle a dû faire face aux charges courantes qui se sont élevées à 1 320 euros ;
- elle est mère célibataire avec une garde alternée ;
- cette situation l'a placée dans une situation de grande précarité matérielle et a généré, chez elle, une angoisse supplémentaire retardant son rétablissement dont la réparation s'effectuera par la condamnation de son employeur à lui verser la somme de 2 000 euros, préjudices qui sont suffisamment établis.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2022, le centre hospitalier de Chaumont, représenté par Me Lambert, conclut au rejet de la requête ou, à défaut, à ramener à de plus justes proportions l'indemnisation de Mme C.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, qui appartient au corps des aides-soignants et des agents des services hospitaliers qualifiés, devenu corps des aides-soignants et auxiliaires de puériculture de la fonction publique hospitalière, exerce ses fonctions au sein du centre hospitalier de Chaumont (CHC), au service de pédiatrie. Par une décision du 15 septembre 2021, son directeur a suspendu l'intéressée de ses fonctions sans traitement, à compter du 1er octobre suivant et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination valide. Par un courrier du 29 novembre 2021, Mme C a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision et présenté une demande indemnitaire préalable, qui ont fait l'objet d'un rejet implicite. L'intéressée a finalement été réintégrée dans ses fonctions à compter du 24 novembre 2021, après avoir satisfait à l'obligation vaccinale. Mme C demande au tribunal, d'une part, l'annulation de ces décisions et, d'autre part, la condamnation du CHC à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices économique et moral qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Par une décision n° 2021/03 du 4 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Marne le 12 mars suivant, diffusé sur le site internet de la préfecture, et donc accessible tant pour le juge que pour les parties, le directeur par intérim du CHC a donné délégation à Mme B D, directrice des ressources humaines par intérim, à l'effet notamment de signer " tous les courriers, décisions () en lien avec la gestion des ressources humaines du centre hospitalier de Chaumont ". Dès lors, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".
4. Aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
5. Il résulte des dispositions citées aux points 3 et 4 que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de celles produites par Mme C, que l'intéressée a été placée en congé de maladie à compter du 10 septembre 2021 pour une durée initiale fixée au 1er octobre suivant. Dès lors, à la date à laquelle la décision a été adoptée, le directeur du CHC pouvait prendre une mesure de suspension de ses fonctions à l'encontre de Mme C entrant en vigueur au 1er octobre 2021, terme initial de son congé de maladie.
7. Toutefois, il ressort de ces mêmes pièces que, postérieurement à la décision en litige, le congé de maladie de Mme C a été prolongé sans interruption jusqu'au 25 novembre 2021 inclus. Cette circonstance fait obstacle à ce que la décision en litige puisse prendre effet avant le 26 novembre 2021.
8. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 15 septembre 2021 prononçant sa suspension sans rémunération, ainsi que celle rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, rejetant les conclusions aux fins d'annulation, il n'implique aucune mesure d'exécution particulière.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
10. Mme C soutient qu'en raison de la suspension de fonctions sans rémunération elle a été placée dans une situation de grande précarité matérielle, qui a généré, chez elle, une angoisse supplémentaire. Elle demande que son employeur soit condamné à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation de ses préjudices économique et moral.
11. D'une part, Mme C doit être regardée comme invoquant la faute commise par son employeur à ne pas avoir décalé l'entrée en vigueur de la suspension après l'expiration de son congé de maladie. Il résulte de l'instruction qu'en dépit de la prolongation sans interruption de l'arrêté de maladie de la requérante jusqu'au 25 novembre 2021 inclus, le CHC n'a pas adopté de décision reportant la date d'entrée en vigueur de la suspension. Un tel manquement est en l'espèce fautif et engage la responsabilité de l'hôpital. L'absence de rémunération de Mme C, qui a des charges de famille importantes avec cinq enfants mineurs, pendant plus de sept semaines a été à l'origine de troubles dans ses conditions d'existence. D'autre part, ce même fait générateur a causé à l'intéressée un préjudice moral, en particulier lié au sentiment d'injustice de se voir maintenue dans une situation illégale, qui a été accentué par son état de santé préexistant. Compte tenu notamment de la rémunération mensuelle de Mme C telle qu'établie par les bulletins de paie qu'elle produit, il sera fait une juste appréciation de ses préjudices en les évaluant à la somme de 2 000 euros.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
12. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Alfonso, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du CHC le versement à Me Alfonso de la somme de 1 500 euros.
DECIDE :
Article 1er Le centre hospitalier de Chaumont est condamné à verser à Mme C la somme de 2 000 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le centre hospitalier de Chaumont versera à Me Alfonso une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Alfonso renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au centre hospitalier de Chaumont et à Me Maria Alfonso.
Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme de Laporte, première conseillère,
M. Maleyre, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
Le rapporteur,
signé
P. H. MALEYRELe président,
signé
P. CRISTILLE
Le greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026