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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200687

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200687

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEGRAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 mars 2022, 24 février 2023 et 17 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Legras demande au tribunal :

1°) de modifier l'arrêté du 25 janvier 2022 par lequel la maire de la commune de Saint André les Vergers a fixé les horaires d'ouverture du terrain synthétique du complexe sportif Jean Bianchi afin de les restreindre aux horaires suivants : du lundi au vendredi de 8h00 à 12h00 et de 17h30 à 19h00 et le samedi de 8h00 à 13h00 ;

2°) de modifier l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Saint André les Vergers a modifié les horaires d'ouverture du terrain synthétique du complexe sportif Jean Bianchi afin de les restreindre aux horaires suivants : du lundi au vendredi de 8h00 à 12h00 et de 17h30 à 19h00 et le samedi de 8h00 à 13h00 ;

3°) de condamner la commune de Saint André les Vergers à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices subis de mars 2021 à mars 2022 ;

4°) d'enjoindre à la commune de Saint André les Vergers de mettre fin à la mise à disposition du terrain synthétique de complexe sportif Jean Bianchi à compter du jugement à intervenir jusqu'à la réalisation de travaux tendant à la limitation de la nuisance émise, permettant le respect du seuil d'émergence réglementaire toléré sous astreinte de 5 000 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Saint André les Vergers la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les arrêtés méconnaissent les dispositions des articles R. 1336-6 et R. 1336-7 du code de la santé publique ;

- la commune a commis une faute en ne cherchant pas à protéger les riverains des nuisances sonores par des mesures préventives ;

- elle a commis une faute en ne cherchant pas à résoudre les nuisances sonores alors que celles-ci ont été révélées par le rapport de l'ARS Grand Est depuis le 30 septembre 2021 ;

- elle subit un préjudice anormal et spécial de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- elle subit une dégradation de son état de santé du fait du non-respect des normes en matière de bruit ;

- elle subit un préjudice physique et moral du fait de la mauvaise conception et exploitation du terrain synthétique du complexe sportif Jean Bianchi depuis mars 2021 s'élevant à 50 000 euros ;

- il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint André les Vergers de mettre fin à la mise à disposition du terrain synthétique jusqu'à la réalisation de travaux tendant à la limitation de la nuisance émise permettant le respect du seuil d'émergence réglementaire toléré.

Par des mémoires en défense enregistrés le 8 juillet 2022, les 22 mars 2023, 21 avril 2023 et 13 octobre 2023, la commune de Saint-André-les-Vergers, représentée par Me Colomes, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme A d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle contient à la fois des conclusions relevant de l'excès de pouvoir et des conclusions indemnitaires relevant du plein contentieux ;

- les conclusions de Mme A tendent à la modification des arrêtés des 25 janvier et 4 mars 2022 et non à leur annulation et qu'aucun moyen de légalité n'est soulevé ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de la santé publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Oscar Alvarez, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Colomes représentant la commune de Saint André les Vergers.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A réside sur le territoire de la commune de Saint-André-les-Vergers. Elle y occupe un pavillon d'habitation depuis 2001 jouxtant le complexe sportif Jean Bianchi. Un terrain de football synthétique a été mis en service en mars 2021 en remplacement d'un terrain en herbe situé au même endroit à une distance de quinze mètres de son habitation et de cinq mètres de sa clôture. Mme A fait valoir subir des nuisances sonores en raison de l'usage fait de ce terrain, dont par deux arrêtés en date du 25 janvier 2022 et du 4 mars 2022, la maire de la commune de Saint-André-les-Vergers a modifié les horaires d'utilisation. Mme A demande au tribunal de modifier ces arrêtés, de condamner la commune au versement d'une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle soutient avoir subis et d'enjoindre à la commune de mettre fin à la mise à disposition du terrain synthétique jusqu'à la réalisation de travaux d'insonorisation.

Sur le cadre du litige

2. Outre les conclusions indemnitaires, à fin d'injonction et de condamnation aux frais non compris qu'elle formule dans sa requête, Mme A doit être regardée comme demandant également au tribunal d'annuler la décision de la maire de la commune de Saint-André-les-Vergers rejetant implicitement sa demande tendant à ce qu'elle fasse usage de ses pouvoirs de police pour mettre fin aux nuisances sonores qu'elle estime subir du fait de l'utilisation du terrain synthétique jouxtant sa propriété.

Sur les conclusions à fin d'annulation

3. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les () les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique () ". Il incombe au maire, en vertu des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, de prendre les mesures appropriées pour empêcher sur le territoire de sa commune les bruits excessifs de nature à troubler le repos et la tranquillité des habitants et d'assurer l'observation de la réglementation édictée à cet effet.

4. Aux termes de l'article R. 1336-6 du code de la santé publique : " Lorsque le bruit mentionné à l'article R. 1336-5 a pour origine une activité professionnelle autre que l'une de celles mentionnées à l'article R. 1336-10 ou une activité sportive, culturelle ou de loisir, organisée de façon habituelle ou soumise à autorisation, l'atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme est caractérisée si l'émergence globale de ce bruit perçu par autrui, telle que définie à l'article R. 1336-7, est supérieure aux valeurs limites fixées au même article. (). Aux termes de l'article R. 1336-7 du même code : " L'émergence globale dans un lieu donné est définie par la différence entre le niveau de bruit ambiant, comportant le bruit particulier en cause, et le niveau du bruit résiduel constitué par l'ensemble des bruits habituels, extérieurs et intérieurs, correspondant à l'occupation normale des locaux et au fonctionnement habituel des équipements, en l'absence du bruit particulier en cause. / Les valeurs limites de l'émergence sont de 5 décibels pondérés A en période diurne (de 7 heures à 22 heures) et de 3 décibels pondérés A en période nocturne (de 22 heures à 7 heures), valeurs auxquelles s'ajoute un terme correctif en décibels pondérés A, fonction de la durée cumulée d'apparition du bruit particulier : / 1° Six pour une durée inférieure ou égale à 1 minute, la durée de mesure du niveau de bruit ambiant étant étendue à 10 secondes lorsque la durée cumulée d'apparition du bruit particulier est inférieure à 10 secondes ; / 2° Cinq pour une durée supérieure à 1 minute et inférieure ou égale à 5 minutes ; / 3° Quatre pour une durée supérieure à 5 minutes et inférieure ou égale à 20 minutes ; / 4° Trois pour une durée supérieure à 20 minutes et inférieure ou égale à 2 heures ; /5° Deux pour une durée supérieure à 2 heures et inférieure ou égale à 4 heures ; / 6° Un pour une durée supérieure à 4 heures et inférieure ou égale à 8 heures ; / 7° Zéro pour une durée supérieure à 8 heures. ".

5. Il appartient au maire d'une commune d'éviter que le bruit engendré par les manifestations autorisées sur un terrain de sport ne porte une atteinte excessive à la tranquillité publique et méconnaisse les normes maximales d'émission fixées par le code de l'environnement et le code de la santé publique, en faisant notamment usage, en cas de besoin, des pouvoirs de police municipale qui lui sont confiés par l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ou, le cas échéant, des pouvoirs de police spéciale dont il dispose en vertu des articles L. 1311-1 et suivants et R. 1311-1 et suivants du code de la santé publique qui renvoient au code de l'environnement.

6. En premier lieu, Mme A produit deux prises de mesures acoustiques réalisées depuis sa propriété. La première étant réalisée par l'ARS le 30 septembre 2021 et la seconde effectuée par le bureau d'études spécialisé le 6 octobre 2021. Si la première étude révèle des valeurs d'émergence mesurées à 15 dB(A) lors de l'utilisation du terrain synthétique excèdent les valeurs fixées à 11 dB(A) admises en période diurne pour les bruits ne dépassant pas une minute, il ressort, toutefois, du courrier du 22 septembre 2021 que ces mesures n'ont pas été prises à 18h30 lors de l'arrivée de l'ingénieur au domicile de Mme A " car le début de soirée était occupé par les pré-adolescents les plus jeunes, dont le bruit est bien moindre que celui des adultes " mais après l'arrivée des plus âgés, plus tard en soirée soit entre 19h56 et 20h15. Il ne résulte donc pas de ces mesures effectuées sur une période ne correspondant pas à celle au titre de laquelle elle soutient que le maire aurait méconnu ses pouvoirs de police.

7. En deuxième lieu, l'intéressée n'établit pas que l'utilisation du terrain synthétique de 13h30 à 17h30 en semaine, par des collégiens permettrait de caractériser des valeurs excédant les limites fixées par les textes précités constatées.

8. En troisième lieu, Mme A ne produit pas davantage d'éléments concernant les dépassements éventuels des seuils lors de l'organisation de compétitions le week-end et ne pourraient, en tout état de cause, être comparées à l'activité effectuée lors d'un entrainement qui nécessite la réalisation de séances répétitives d'exercices générant des impacts de ballon.

9. Au regard des conclusions dont le tribunal est saisi, il n'est pas établi que la maire de Saint André les Vergers aurait commis une carence fautive en refusant d'interdire l'usage du terrain synthétique en début-après-midi en semaine et le samedi ainsi que le dimanche toute la journée.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer, sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires

En ce qui concerne la responsabilité pour carence fautive de la maire

11. Ainsi qu'il vient d'être dit, la décision du maire de la commune de Saint-André-les Vergers n'est entachée d'aucune illégalité et ne saurait, dès lors, engager la responsabilité de la commune au titre de sa responsabilité pour faute.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la commune

12. Le maître d'un ouvrage public est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Il appartient aux demandeurs ayant la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage d'apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'ils allèguent avoir subis et de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et ces préjudices, qui doivent, en outre, s'agissant de dommages permanents de travaux publics, présenter un caractère grave et spécial. Ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.

13. Il résulte de l'instruction que les certificats médicaux produits, qui se bornent à reprendre les propos tenus par Mme A, sont peu circonstanciés quant à l'origine des troubles dont elle fait état et au lien entre ces troubles et pathologies et l'ouvrage public. En l'absence de preuve de l'existence d'un lien de causalité entre les préjudices invoqués et la présence de l'ouvrage, la responsabilité sans faute de la commune ne saurait être engagée.

14. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution de sorte que les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-André-les-Vergers qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A une somme au titre des frais de même nature exposés par la commune de Saint-André-les-Vergers.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-André-les-Vergers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la commune de Saint-André-les-Vergers.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

O. ALVAREZ

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

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