jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2200693 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LE CAB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 mars 2022 et 2 mai 2023, M. A F, représenté par Me Boia, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 4 novembre 2021 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier Auban-Moët d'Epenay a prolongé son placement en position de disponibilité d'office du 20 septembre 2021 au 19 mars 2022 ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier Auban-Moët d'Epenay de le réintégrer dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Auban-Moët d'Epenay la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Boia en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il revenait à la commission de réforme de donner son avis, non au comité médical, en vertu des dispositions des articles 37 et 38 du décret du 30 juillet 1987 ;
- dans l'hypothèse où il appartenait au comité médical d'émettre un avis, les dispositions de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 ont été méconnues et il n'a pas été informé en temps utile de sa réunion ;
- s'il s'agit de la commission de réforme, la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 ;
- dans les deux cas de figure, il a été privé d'une garantie ;
- il ne pouvait être à nouveau placé en position de disponibilité d'office dès lors qu'il n'est pas définitivement inapte à l'exercice de tout emploi ;
- la procédure visant à sa mise à la retraite pour invalidité a débuté le 8 novembre 2018 et n'est toujours pas achevée, signe qu'il n'est pas définitivement inapte à l'exercice de tout emploi ;
- la décision contestée est donc entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.
Le centre hospitalier Auban-Moët d'Epernay, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces le 21 avril 2023, lesquelles ont été soumises au contradictoire.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.
Les parties ont produit des observations en réponse à ce moyen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- le décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,
- les conclusions de M. Deschamps, rapporteur public,
- et les observations de Me Choffrut pour le compte de M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, qui appartient au corps des personnels ouvriers avec le grade d'agent d'entretien qualifié, a intégré les effectifs du centre hospitalier Auban-Moët (CHAM) d'Epernay à partir du mois d'août 2007, d'abord comme agent contractuel, puis en qualité d'agent titulaire à compter du 1er juillet 2011, affecté au service blanchisserie. L'intéressé a développé un état dépressif majeur durant le mois de juin 2014, qui a notamment conduit à ce qu'il soit placé en congé de longue maladie (CLM) à partir du 12 décembre 2014, puis en congé de longue durée (CLD) à compter du 20 juin 2017, renouvelé jusqu'au 19 mars 2020, date de la fin de ses droits à ce congé. Par un avis du 16 janvier 2020, le comité médical, amené à se prononcer sur la dernière période de CLD de M. F, a considéré qu'il était en situation de présomption d'inaptitude définitive et qu'il devait être placé en position de disponibilité d'office pour raison de santé le temps nécessaire à ce que la situation de l'intéressé soit soumise à la commission de réforme. Il a été placé en disponibilité d'office à compter du 20 mars 2020, renouvelée jusqu'au 19 septembre 2021. Par une décision du 4 novembre 2021, la directrice générale du CHAM d'Epernay a renouvelé ce placement en disponibilité d'office pour la période allant du 20 septembre 2021 au 19 mars 2022. M. F demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Par une décision du 1er septembre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Marne le 10 septembre suivant, la directrice générale de cet hôpital a donné délégation à M. D B, chargé en particulier des fonctions de directeur adjoint du pôle ressources humaines du CHAM d'Epernay, à l'effet notamment de signer toutes les décisions entrant dans ses attributions, parmi lesquelles figurent celles plaçant en disponibilité d'office un agent d'entretien qualifié ou renouvelant un tel placement, qui ont trait à la gestion des personnels non médicaux. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
3. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 alors en vigueur à la date de la décision contestée : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement () ". L'antépénultième et le dernier alinéas de l'article 62 de la même loi disposent : " La disponibilité est prononcée soit () d'office à l'expiration des congés prévus aux () 4° de l'article 41 () / Un décret en Conseil d'Etat détermine les cas et conditions de mise en disponibilité, sa durée ainsi que les modalités de réintégration des fonctionnaires intéressés à l'expiration de la période de disponibilité " et l'article 29 du décret du 13 octobre 1988 prévoit que : " La mise en disponibilité d'office prévue à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus () au 4° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ne peut être prononcée que s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues par la section 3 du chapitre V de cette loi. / La durée de la disponibilité prononcée d'office ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié ".
4. Pour l'application de ces dispositions à un fonctionnaire bénéficiant d'un congé de longue durée, il résulte de l'article 31 du décret du 19 avril 1988 dans sa version alors applicable que le comité médical doit donner son avis sur l'aptitude ou l'inaptitude présumée du fonctionnaire à reprendre ses fonctions lorsqu'il atteindra le terme de ses droits à congés. Aux termes du dernier alinéa de cet article : " Si le comité médical estime qu'il y a présomption d'inaptitude définitive, le cas de l'intéressé est soumis à la commission départementale de réforme prévue au décret du 9 septembre 1965 susvisé, qui se prononce sur l'application de l'article 35 ci-après ". Cet article 35 prévoit quant à lui : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit admis au bénéfice de la période de préparation au reclassement ou reclassé dans les conditions prévues par le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 pris pour l'application de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et relatif au reclassement des fonctionnaires pour raisons de santé, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme. / Pendant toute la durée de la procédure requérant l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ". Aux termes de l'article 36 de ce décret : " La mise en disponibilité prévue aux articles 17 et 35 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission départementale de réforme sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. / Elle est accordée pour une durée maximale d'un an et peut être renouvelée à deux reprises pour une durée égale. / () l'avis est donné par la commission de réforme lorsque le congé antérieur a été accordé en vertu du deuxième alinéa du 4° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. Le renouvellement de la mise en disponibilité est prononcé après avis du comité médical. Toutefois, lors du dernier renouvellement de la mise en disponibilité, c'est la commission de réforme qui est consultée ".
5. M. F ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles 37 et 38 du décret du 30 juillet 1987, qui s'appliquent aux seuls fonctionnaires territoriaux. En tout état de cause, il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 3 et 4, applicables en l'espèce, le requérant étant fonctionnaire hospitalier, que, d'une part, la mise en disponibilité d'office est d'un an renouvelable deux fois et que, d'autre part, lors du dernier renouvellement, il appartient à la commission de réforme d'émettre un avis, non au comité médical. Il ressort des pièces du dossier que M. F a été placé en position de disponibilité d'office à compter du 20 mars 2020 et que la décision contestée prolonge la disponibilité du requérant du 20 septembre 2021 au 19 mars 2022, sans que cette décision constitue le dernier renouvellement dans la mesure où à l'issue de cette prolongation l'intéressé n'aura été en position de disponibilité d'office que deux années sur les trois possibles. Dès lors, la commission de réforme n'avait pas à être consultée et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. M. F ne peut également utilement se prévaloir, pour le même motif que précédemment, de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été informé de la réunion du comité médical le 7 octobre 2022 par un courrier du 28 septembre 2022, qui comportait les indications prévues à l'article 7 du décret du 19 avril 1988 dans sa version applicable à la date de la décision contestée, dont l'intéressé a reçu notification le 30 septembre 2022, soit dans un délai suffisant pour faire valoir ses droits.
7. Eu égard à ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 19 du décret du 14 mars 1986, ne peut qu'être écarté comme inopérant.
8. M. F soutient que l'administration ne pouvait prolonger son placement en position de disponibilité d'office dans la mesure où il était apte à reprendre ses fonctions. L'intéressé se prévaut de l'expertise conduite par le docteur C, psychiatre, le 4 juin 2018, qui concluait à son aptitude à la reprise rapide de ses fonctions, laquelle était programmée le 6 août suivant, et produit à l'appui de ses allégations des certificats médicaux de son médecin traitant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. F a été, à la demande du comité médical, notamment examiné par le docteur E, psychiatre, le 9 novembre 2018, qui a recommandé la prolongation de son CLD, et par le docteur G, psychiatre, le 28 mars 2019, qui a conclu à l'inaptitude définitive de l'intéressé à toute fonction publique, confirmant ainsi son expertise du 22 octobre 2018. En outre, les certificats médicaux de son médecin traitant sont peu circonstanciés, se bornant à mentionner que le requérant est apte à reprendre des fonctions. Si M. F soutient également que la procédure visant à sa mise à la retraite pour invalidité a débuté le 8 novembre 2018 et n'est toujours pas achevée, signe qu'il n'est pas définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, il ressort des pièces du dossier que cette durée est due à l'obstruction de l'intéressé, qui refuse de se soumettre à toute nouvelle expertise. Dans ces conditions, la directrice générale du CHAM, qui devait placer M. F dans une position administrative régulière, n'a pas entaché sa décision prolongeant son placement en position de disponibilité d'office d'erreurs de droit et d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la directrice générale du CHAM d'Epernay du 4 novembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au centre hospitalier Auban-Moët d'Epernay et à Me Boia.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Poujade, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Friedrich, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
P-H. MALEYRELe président,
Signé
P. CRISTILLELe greffier,
Signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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