jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2200788 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | PARASTATIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 1er avril 2022, 22 juillet 2022 et 18 octobre 2022, Mme A C épouse B, représentée par Me Parastatis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sans délai à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a reçu un document administratif sans interprète ;
- elle n'a pas été convoquée à la réunion de la commission départementale du 16 décembre 2020 ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- le préfet des Ardennes n'a pas procédé à un examen de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Le préfet des Ardennes a produit des pièces, enregistrées les 26 avril 2022 et 8 novembre 2022.
Mme C épouse B a produit un mémoire, enregistré le 16 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mach, présidente,
- et les observations de Me Gruet, représentant Mme C épouse B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse B, ressortissante tunisienne née en 1998, est entrée en France le 30 octobre 2018, sous couvert d'un visa de court séjour. L'intéressée a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français du 17 mars 2020 au 16 mars 2021. Par un arrêté du 21 avril 2021, le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Cet arrêté a été annulé par jugements du présent tribunal des 5 mai 2021 et 16 septembre 2021. Par arrêté du 24 mars 2022, dont Mme C épouse B demande l'annulation, le préfet des Ardennes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. Si Mme C épouse B soutient ne pas avoir été destinataire de la convocation pour la séance de la commission départementale du titre de séjour réunie le 16 décembre 2020, il ressort des pièces du dossier que l'avis du 16 décembre 2020 de cette commission a été rendu préalablement à l'intervention de l'arrêté du préfet des Ardennes du 21 avril 2021, lequel a été au demeurant annulé par le présent tribunal par jugements des 5 mai 2021 et 16 septembre 2021. Par suite, la requérante n'est pas fondée à invoquer l'irrégularité affectant la précédente mesure prise à son encontre, laquelle est sans incidence sur la décision contestée.
3. Les conditions de notification d'un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision contestée lui a été notifiée sans le recours à un interprète.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. La décision contestée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est, dès lors, suffisamment motivée.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Ardennes n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation individuelle, et notamment personnelle, de Mme C épouse B avant de prendre la décision contestée.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme C épouse B se prévaut de son entrée régulière en France le 30 octobre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour ainsi que de son mariage avec un ressortissant français le 12 août 2019 et du titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français dont elle a été titulaire du 17 mars 2020 au 16 mars 2021. Si la requérante soutient être soupçonnée de mariage frauduleux à raison de faux témoignages et invoque un complot dirigé contre sa famille, il ressort des pièces du dossier que, par jugement du 18 octobre 2021, le tribunal judiciaire de Charleville-Mézières a condamné Mme C à une peine d'emprisonnement de 4 mois avec sursis pour des faits de mariage contracté pour l'obtention d'un titre de séjour et de détention frauduleuse d'un document délivré par une autorité publique et son époux à une peine de 800 euros d'amende pour des faits de mariage contracté pour l'obtention d'un titre de séjour. Si la requérante produit de nombreuses attestations relatives à leur vie commune depuis juin 2019 ainsi que des pièces mentionnant une adresse commune, il résulte notamment des procès-verbaux d'audition en 2020 ainsi que des motifs du jugement du 18 octobre 2021, que les intéressés ont expressément reconnu au cours de l'enquête la réalité d'une rémunération pour le mariage ainsi que l'absence de vie commune, son époux résidant au domicile de sa mère tandis qu'elle résidait au domicile conjugal que son époux avait pris à son nom. Il ressort au surplus d'un procès-verbal d'audition en mai 2022 dans le cadre d'une plainte pour des faits de violences que son époux a confirmé les faits de mariage contracté pour l'obtention d'un titre de séjour. A supposer même qu'une communauté de vie se serait formée postérieurement au mariage, elle présente un caractère récent à la date de la décision attaquée. Si la requérante soutient avoir suivi plusieurs formations et qu'elle exerce une activité professionnelle en qualité d'agent de service hôtelier, il ressort des pièces du dossier qu'elle exerce à temps partiel dans le cadre d'un remplacement. Il n'est ni allégué ni établi que l'intéressée, qui ne peut se prévaloir que d'une durée de présence en France de trois ans, serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a résidé jusqu'à l'âge de 20 ans. Dans ces conditions, et eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, la décision n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, Mme C épouse B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
9. La décision contestée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est, dès lors, suffisamment motivée.
10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, Mme C épouse B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les () décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
12. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger.
13. Il ressort des termes de la décision contestée que, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de Mme C épouse B, le préfet des Ardennes a visé l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application et a mentionné les motifs permettant d'attester de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées.
14. Mme C épouse B n'est présente en France que depuis le 30 octobre 2018. Si l'intéressée est mariée avec un ressortissant français, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 7, qu'elle a été condamnée pour des faits de mariage contracté pour l'obtention d'un titre de séjour. L'intéressée ne démontre par ailleurs pas l'absence de toute attache privée et familiale dans son pays d'origine. Elle ne peut davantage se prévaloir de son activité professionnelle exercée à temps partiel dans le cadre d'un remplacement. Aucune circonstance humanitaire ne justifie qu'elle ne fasse pas l'objet d'une interdiction de retour. Par suite, et compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet des Ardennes n'a pas, en prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Ardennes du 24 mars 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C épouse B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme C épouse B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet des Ardennes.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Mach, présidente,
- Mme Castellani, première conseillère,
- M. Gauthier-Ameil, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
A-C CASTELLANILa présidente-rapporteure,
Signé
A-S MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
No 2200788
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026