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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200791

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200791

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 6-5 et 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du défait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est illégale dès lors que le préfet n'a pas tenu compte des circonstances humanitaires.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation d'une décision portant refus de titre de séjour, comme dirigées contre une décision inexistante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 9 décembre 2002, est entré en France le 27 juillet 2017, sous couvert d'un visa de court séjour. M. B a présenté le 18 septembre 2020 une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté en date du 24 novembre 2020, le préfet de l'Aube a refusé de faire droit à sa demande et a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement. M. B s'étant maintenu sur le territoire, par un arrêté du 29 mars 2022, le préfet de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre une décision portant refus de titre de séjour :

2. M. B demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Toutefois, il résulte des termes mêmes de l'arrêté litigieux que le préfet n'a pas pris une telle décision. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Aube a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour ne peuvent qu'être rejetées comme dirigées contre une décision inexistante.

En ce qui concerne les autres décisions contenues dans l'arrêté contesté :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, né en novembre 2002, est entré en France au mois de juillet 2017, soit depuis près de cinq années à la date de l'arrêté litigieux, et y a été scolarisé. L'intéressé, qui est hébergé chez sa mère où vit également son petit frère, tous deux en situation régulière, fait valoir sans être contredit qu'il a quitté l'Algérie en raison des actes de maltraitance commis par son père. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment des attestations produites, que M. B, qui travaille comme bénévole à l'unité locale de la Croix-Rouge à raison de trois demi-journées par semaine, est intégré sur le territoire où il a noué de nombreuses relations amicales. Enfin, M. B s'est fiancé avec une ressortissante française, Mme C, avec qui il a déposé une demande de logement social en vue de s'installer ensemble. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué a porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la décision par laquelle le préfet de l'Aube a obligé M. B à quitter le territoire français doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête. Par voie de conséquence, les décisions subséquentes doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique seulement que la préfète de l'Aube procède au réexamen de la situation personnelle de M. B. Par suite, il y a lieu de prescrire à cette autorité de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, alors que M. B n'a pas eu recours aux services d'un conseil et ne justifie pas des frais qu'il aurait engagés dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Aube du 29 mars 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Poujade, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Gauthier-Ameil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

F. DLe président,

Signé

A. POUJADE

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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