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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200812

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200812

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantJANSSENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 avril 2022 et 16 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Janssens, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le maire de Prouilly s'est opposé, au nom de la commune, à sa déclaration préalable de travaux concernant la réfection d'un pan de la toiture de son chalet situé 38 La chute des eaux sur le territoire de cette commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Prouilly une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête initiale, qui a été rédigée par M. B et qui comporte des motifs de fait et de droit ainsi qu'une contestation du refus opposé, est recevable ;

- la construction objet des travaux en litige a fait l'objet d'un permis de construire ;

- l'habitation est démontable dès lors qu'elle est sans fondations ;

- les travaux réalisés sont achevés depuis plus de dix ans ;

- la limite de propriété n'est pas clairement établie en l'absence d'un bornage cadastral intervenu depuis 1986 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il est fondé sur le règlement du plan local d'urbanisme adopté en 2015, en méconnaissance du principe de non rétroactivité prévu à l'article 2 du code civil ;

- les travaux ayant seulement pour objet la mise hors eau, ils sont étrangers aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme méconnues par les constructions ;

- la substitution de motif demandée par la commune tirée de la non-conformité de la nature des toitures du projet avec le règlement du plan local d'urbanisme doit être écartée dès lors que le bac en acier du projet peut être peint.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juin 2022 et 13 mars 2023, la commune de Prouilly, représentée par la SELAS Devarenne associés Grand Est, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte pas de conclusions ni de moyens ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- l'arrêté en litige peut être fondé sur un motif, dont elle demande la substitution, tiré de ce que la construction initiale a été construite sans aucun permis de construire ;

- subsidiairement, il est également fondé sur un motif, dont elle demande la substitution, tiré de ce que le projet, compte tenu de la nature de la toiture, méconnaît les articles N 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Prouilly et 6 du règlement intérieur du parc de loisir.

Par ordonnance du 12 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 27 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- les conclusions de Mme Castellani, rapporteure publique,

- et les observations de Me Delachambre-Ferrer, représentant la commune de Prouilly.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a acquis le 31 août 2020 un chalet à usage d'habitation dans le parc résidentiel de loisir " La chute des eaux " sur le territoire de la commune de Prouilly. Il a déposé une déclaration préalable de travaux le 7 janvier 2022 concernant la réfection d'un pan de la toiture du chalet. Par arrêté du 4 février 2022, le maire de Prouilly s'est opposé, au nom de la commune, à ces travaux. Par sa requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Lorsqu'une demande porte sur des travaux qui concernent un bâtiment ayant été édifié sans l'autorisation prévue par les dispositions du code de l'urbanisme, cette demande doit porter sur l'ensemble du bâtiment, l'autorité compétente ayant compétence liée pour s'opposer à une déclaration de travaux concernant ces seuls travaux.

3. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

4. Il ressort des pièces du dossier que le chalet de M. B est constitué d'un bâtiment principal d'une surface hors œuvre brute de 63,62 m², dont la construction a été réalisée sur le fondement d'une autorisation d'aménager un parc résidentiel de loisir du 22 juillet 1986 valant, selon son article 3, autorisation de construire pour les habitations légères de loisirs. La création d'un abri de jardin a été autorisée en 1996 à la suite d'une déclaration préalable de travaux. Une extension du chalet correspondant à la création d'une surface hors œuvre brute de 27,40 m² a été autorisée par un permis de construire du 11 juin 1996.

5. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par M. B concernant la réfection d'un pan de toiture de son chalet, le maire de Prouilly a retenu que ce projet portait sur une partie du bâtiment ayant été construite sans autorisation d'urbanisme et que cette partie du bâtiment ne respectant pas, par son implantation, la distance minimale de trois mètres par rapport aux limites séparatives prévue par l'article N7 du règlement du plan local d'urbanisme, elle ne pouvait pas être régularisée.

6. D'une part, le maire de Prouilly a retenu à tort que l'extension du bâtiment principal, qui a été autorisée par un permis de construire en date du 11 juin 1996, n'a fait l'objet d'aucune autorisation d'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan fourni à l'appui de cette demande de permis de construire, que cette extension devait être implantée à une distance de trois mètres par rapport à la parcelle voisine située en fond de jardin. Il résulte du dossier de déclaration préalable déposée par M. B le 7 juin 2022 au titre des travaux en litige de réfection de la toiture, et notamment du plan fourni, que cette extension se situe à environ 1,50 mètre de distance de la parcelle voisine située en fond de jardin. Si M. B fait valoir qu'il existe une incertitude sur la situation des limites parcellaires, il ressort toutefois du plan réalisé à partir des données cadastrales et produit dans le cadre de la déclaration préalable en litige qu'une distance de trois mètres n'est manifestement pas respectée entre l'extension du chalet et la parcelle voisine, M. B indiquant au demeurant de manière contradictoire, dans sa requête, que cette distance serait de deux mètres par rapport au bâtiment principal de son chalet et d'un mètre par rapport à son extension. En outre, la commune se prévaut d'un procès-verbal de bornage et de rétablissement de limites du 8 décembre 2022 dont il ressort, sans que cela ne soit contesté par M. B, que la clôture légère en fond de jardin du terrain de ce dernier empiète largement sur la parcelle voisine. Dans ces conditions, l'extension du chalet a été réalisée sans respecter le permis de construire délivré le 11 juin 1996. D'autre part, le bâtiment principal étant constitué d'un chalet élevé sur rez-de-chaussée comprenant un séjour-salon, deux chambres, une salle d'eau, une cuisine, et un étage comprenant une chambre en mezzanine, M. B ne peut utilement soutenir que cette construction, bien que dépourvue de fondation, serait démontable. Une telle construction, qui a été réalisée sur le seul fondement de l'autorisation d'aménager un parc résidentiel de loisir du 22 juillet 1986 valant autorisation de construire pour des habitations légères de loisirs, nécessitait, ainsi que le fait valoir la commune de Prouilly en défense, un permis de construire lequel n'a été ni sollicité, ni délivré lors de son édification ou lors de son extension ultérieure. A les supposer invoquées, les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme faisant obstacle à un refus fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme qui est achevée depuis plus de dix ans ne sont pas applicables aux constructions réalisées sans aucun permis de construire. Dans ces conditions, les travaux de réfection de la toiture doivent être regardés comme portant sur une construction ayant été initialement édifiée sans autorisation d'urbanisme et ayant fait l'objet d'une extension ne respectant pas le permis de construire obtenu. Par suite, et alors même que la construction de l'extension était achevée depuis plus de dix ans, en l'absence de demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment, le maire de Prouilly était tenu de s'opposer à la déclaration préalable en litige qui ne portait que sur la réfection des toitures.

7. Compte tenu de ce qui précède, M. B ne peut pas utilement soutenir, d'une part, que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit en faisant application du règlement du plan local d'urbanisme adopté en 2015 à l'extension en litige, ni, d'autre part, que les travaux en litige, qui portent au demeurant sur des constructions illégalement érigées, seraient en eux-mêmes étrangers à la méconnaissance par la construction des règles actuelles du plan local d'urbanisme.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Prouilly, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Prouilly, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Prouilly et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Prouilly une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Prouilly.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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