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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200866

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200866

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantROUSSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, Mme B D, représentée par Me Rousseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 octobre 2021 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Troyes a décidé de ne pas renouveler son contrat de travail à son échéance et lui a refusé le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Troyes de lui accorder le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter de la fin de son congé de maternité ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Troyes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige a été adoptée par une personne qui ne bénéficiait d'aucune délégation de signature ;

- elle est entachée d'erreur de droit, étant donné que sa suspension n'avait pas débuté au moment du terme de son engagement ;

- la fin de la relation contractuelle n'est donc pas à son initiative et elle doit pouvoir bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Le centre hospitalier de Troyes, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture d l'instruction a été fixée au 16 janvier 2023 par une ordonnance du 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre,

- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a été recrutée par un contrat à durée déterminée à compter du 27 juillet 2020 par le centre hospitalier de Troyes (CHT) sur un poste d'adjointe administrative affectée au service des consultations externes, qui a été renouvelé à deux reprises. Par une décision du 5 octobre 2021, le directeur des ressources humaines a décidé de ne pas renouveler son contrat de travail arrivant à son terme le 26 octobre 2021 et lui a refusé le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE). Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement de contrat :

2. Par un arrêté du 16 juin 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Aube le 20 juillet suivant, diffusé sur le site internet de la préfecture, et donc accessible tant pour le juge que pour les parties, le directeur général des hôpitaux Champagne-Sud, dont le centre hospitalier de Troyes fait partie, a donné délégation à M. C A, directeur des ressources humaines, à l'effet notamment de signer toutes les décisions individuelles et tous les actes administratifs relatifs aux dossiers des personnels non médicaux concernant les contrats de droit public conclus avec les professionnels non titulaires ainsi que les actes relatifs à la gestion des ressources humaines et à la situation administrative des agents, au nombre desquels figure donc les décisions de non renouvellement de contrat et de refus du bénéfice de l'aide au retour à l'emploi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".

4. Aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit / () Lorsque le contrat à durée déterminée d'un agent public non titulaire est suspendu en application du premier alinéa du présent III, le contrat prend fin au terme prévu si ce dernier intervient au cours de la période de suspension () ".

5. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois produire leurs effets qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

6. Il est constant que Mme D ne satisfaisait pas à l'obligation vaccinale prévue par les dispositions précitées de l'article 12 de la loi du 5 août 2021, raison pour laquelle une décision de suspension de ses fonctions a été adoptée à son encontre le 15 septembre 2021. La requérante ne saurait utilement invoquer les dispositions du dernier alinéa du III de l'article 14 de la même loi, dès lors que la suspension dont elle faisait l'objet ne pouvait, ainsi qu'il a été dit au point précédent, avoir commencé à produire ses effets à la date de la décision contestée en raison de son placement en congé de maladie depuis le 24 août 2021 et jusqu'au 15 avril 2022. Le moyen d'erreur de droit doit donc être écarté.

En ce qui concerne le refus de bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi :

7. D'une part, il résulte des dispositions combinées des articles L. 5421-1, L. 5422-1 et L. 5424-1 du code du travail, que les agents non titulaires des établissements publics de santé ont droit à une allocation d'assurance lorsqu'ils se trouvent être involontairement privés d'emploi.

8. D'autre part, aux termes du IV de l'article 72 de la loi du 6 août 2019 : " L'article L. 5424-1 du code du travail s'applique aux personnels mentionnés aux 1°, 2°, 5° et 7° du même article L. 5424-1, à l'exception de ceux relevant de l'article L. 4123-7 du code de la défense, lorsque ces personnels sont privés de leur emploi : / 1° Soit que la privation soit involontaire ou assimilée à une privation involontaire ; / () Les agents publics dont l'employeur a adhéré au régime d'assurance chômage en application de l'article L. 5424-2 du code du travail ont droit à l'allocation dans les cas prévus au 1° du présent IV. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application du présent IV () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 juin 2020 : " Sont considérés comme ayant été involontairement privés d'emploi : / () 2° Les personnels de droit public ou de droit privé dont le contrat est arrivé à son terme et n'est pas renouvelé à l'initiative de l'employeur () ".

9. Il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les circonstances du non-renouvellement d'un contrat à durée déterminée permettent d'assimiler celui-ci à une perte involontaire d'emploi.

10. Il ressort des pièces du dossier que le contrat de travail de Mme D arrivant à son terme le 26 octobre 2021 n'a pas été renouvelé. Dès lors, et en dépit de la circonstance qu'elle ne répondait pas à une obligation légale de son propre fait, elle doit être considérée comme involontairement privée d'emploi au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article 2 du décret du 16 juin 2020. Dans ces conditions, la décision lui refusant le bénéfice de l'ARE doit être annulée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2021 du directeur des ressources humaines du CHT, en tant qu'elle lui refuse le bénéfice de l'ARE.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement implique seulement que le centre hospitalier réexamine la situation de Mme D au regard des conditions pour bénéficier de l'ARE et prenne les dispositions nécessaires afin qu'une nouvelle " attestation de l'employeur " soit établie à son profit mentionnant que la rupture du contrat de travail a pour motif la fin du contrat à durée déterminée. Il y a lieu d'enjoindre au CHT d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHT une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 octobre 2021 du directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Troyes est annulée en tant qu'elle refuse à Mme D le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Troyes de réexaminer la situation de Mme D et de lui délivrer une " attestation de l'employeur " comportant comme motif de la rupture du contrat de travail la fin de celui-ci dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Troyes versera à Mme D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au centre hospitalier de Troyes.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

P-H. MALEYRELe président,

signé

A. DESCHAMPSLe greffier,

signé

A. PICOT

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