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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200893

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200893

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre
Avocat requérantSELAS CABINET DEVARENNE ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril 2022 et 31 août 2022, M. A C, représenté par Me Francine Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite du 13 décembre 2021 par laquelle le directeur de l'office public de l'habitat de Saint-Dizier a refusé de lui communiquer son dossier individuel ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'office public de l'habitat de Saint-Dizier de lui communiquer son dossier individuel, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'office public de l'habitat de Saint-Dizier la somme de

2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est en droit d'obtenir la communication de son dossier individuel, en vertu de l'article L. 137-4 du code de général de la fonction publique ;

- le refus de communication qui lui a été opposé par la décision attaquée est illégal.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er juillet 2022 et 28 octobre 2022, l'office public de l'habitat de Saint-Dizier, représenté par la SELAS Devarenne associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, aucune conclusion à fin d'annulation n'est formellement présentée et, dès lors, les conclusions à fin d'injonction, qui sont présentées à titre principal, sont irrecevables ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 2 février 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que l'office public de l'habitat de Saint-Dizier a communiqué à M. C son entier dossier individuel qui a été joint au mémoire en défense enregistré au greffe du tribunal le 28 octobre 2022 et que, dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision en litige, ni sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées à titre accessoire.

Des observations présentées pour l'office public de l'habitat de Saint-Dizier en réponse à l'information précédente ont été enregistrées le 7 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B E,

- les conclusions de Mme D de Laporte, rapporteure publique,

- les observations de Me Thomas, représentant M. C, et celles de Me Michelot, représentant l'office public de l'habitat de Saint-Dizier.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui était agent de l'office public de l'habitat de Saint-Dizier avant qu'il ne soit admis à la retraite d'office le 21 septembre 2020, a demandé au directeur de l'office la communication de son dossier individuel par un courrier du 12 octobre 2021. En raison du silence gardé par l'administration sur cette demande, dont il est résulté une décision implicite de rejet réputée être intervenue le 13 décembre 2021, M. C a saisi, le 23 décembre 2021, la Commission d'accès aux documents administratifs qui a émis le 9 mars 2022 un avis favorable sur la communication à l'intéressé de son dossier individuel. Par la présente requête, celui-ci demande au tribunal d'annuler la décision précitée du 13 décembre 2021.

Sur le cadre du litige :

2. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

3. M. C, qui demande l'annulation de la décision du 13 décembre 2021 par laquelle le directeur de l'office public de l'habitat de Saint-Dizier a refusé de lui communiquer son dossier individuel, a introduit devant la Commission d'accès aux documents administratifs un recours administratif préalable que le directeur de l'office, en raison du silence gardé pendant les deux mois suivant cette saisine, est réputé, en application des dispositions de l'article

R. 343-4 du code des relations entre le public et l'administration, avoir rejeté par une décision implicite intervenue le 23 février 2022. Cette dernière décision s'étant substituée à la décision précitée du 13 décembre 2021, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, si M. C demande l'annulation de cette dernière décision, ses conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 23 février 2022.

Sur le non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de contrôler la régularité et le bien-fondé d'une décision de refus de communication de documents administratifs sur le fondement des articles L. 311-1 et L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration. Pour ce faire, par exception au principe selon lequel le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité d'un acte administratif à la date de son édiction, il appartient au juge, eu égard à la nature des droits en cause et à la nécessité de prendre en compte l'écoulement du temps et l'évolution des circonstances de droit et de fait afin de conférer un effet pleinement utile à son intervention, de se placer à la date à laquelle il statue.

5. L'office public de l'habitat de Saint-Dizier a joint à son second mémoire, qui a été enregistré au greffe du tribunal le 28 octobre 2022, le dossier individuel de M. C, y compris la fiche synthétique procédant à l'enregistrement et au classement des pièces composant ce dossier, conformément à ce que prescrivent les dispositions de l'article L. 137-4 du code général de la fonction publique. Alors que son dossier lui a été communiqué dans le cadre des débats contradictoires de la présente instance, M. C ne soutient, ni même n'allègue que cette communication serait partielle. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 23 février 2022, ainsi que, par voie de conséquence, sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées à titre accessoire.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dès lors que l'office public de l'habitat de Saint-Dizier a communiqué à M. C son dossier individuel après que celui-ci a saisi le tribunal de la présente requête, celui-là doit être regardé comme la partie perdante pour la mise en œuvre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, lesquelles font ainsi obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C la somme que l'office public de l'habitat de Saint-Dizier demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'office public de l'habitat de Saint-Dizier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de la décision du 23 février 2022, ainsi que sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Article 2 : L'office public de l'habitat de Saint-Dizier versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de l'office public de l'habitat de Saint-Dizier présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'office public de l'habitat de Saint-Dizier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le magistrat désigné,

C. ELa greffière,

N. MASSON

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