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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2200986

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2200986

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2200986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP AUBERSON DESINGLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 avril 2022 et 11 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Desingly, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le président de la communauté d'agglomération Ardenne Métropole a refusé de le titulariser et a mis fin à son détachement et l'a réintégré dans son cadre d'emploi d'origine ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Ardenne Métropole de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Ardenne Métropole la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son dossier individuel ne lui a pas été communiqué ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la communauté d'agglomération Ardenne Métropole ne caractérise pas d'insuffisance professionnelle ;

- l'unique fait qui lui est reproché, s'il pouvait recevoir une qualification disciplinaire, ne saurait justifier une insuffisance professionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 juillet 2022 et le 9 juin 2023, la communauté d'agglomération Ardenne Métropole conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le décret n°2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Michel Soistier,

- les conclusions de Mme Stéphanie Lambing, rapporteure publique,

- et les observations de Me Desingly, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est agent adjoint technique principal 2ème classe titulaire affecté au service de la gestion de l'eau potable de la communauté d'agglomération Ardenne Métropole depuis le 1er juillet 2014. Par un arrêté du 3 février 2021, pris à la suite d'un examen professionnel, il a été nommé agent de maîtrise stagiaire " qualité et environnement " de la production de l'eau potable au sein de la direction du cycle de l'eau et de l'environnement d'Ardenne Métropole par voie de détachement à partir du 1er février 2021 pour une durée d'un an. Par un arrêté du 7 avril 2022, notifié par lettre recommandé avec accusé réception du 21 avril 2022, il a été mis fin à son détachement. M. B a été réintégré dans son cadre d'emploi d'origine à compter du 1er avril 2022.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 du décret du 4 novembre 1992 : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par les statuts particuliers des cadres d'emplois. / Sous réserve de dispositions contraires prévues par ces statuts et de celles résultant des articles 7 et 9 du présent décret, la durée normale du stage est fixée à un an. Elle peut être prorogée d'une période au maximum équivalente si les aptitudes professionnelles du stagiaire ne sont pas jugées suffisantes pour permettre sa titularisation à l'expiration de la durée normale du stage. () ". Selon les dispositions de l'article 5 du même décret : " Lorsque le fonctionnaire territorial stagiaire a, par ailleurs, la qualité de titulaire dans un autre corps, cadre d'emplois ou emploi, il est mis fin à son détachement, et il est réintégré dans son corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine, dans les conditions prévues par le statut dont il relève. Il n'est pas versé d'indemnité de licenciement. () " et celles de l'article 6 : " () Lorsque le fonctionnaire territorial stagiaire a, par ailleurs, la qualité de titulaire dans un autre corps, cadre d'emplois ou emploi, il est mis fin à son détachement sans préjudice des mesures disciplinaires qui pourraient être prises à son égard dans son corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. ".

3. Aux termes de l'article 10 du décret 22 décembre 2006 : " A l'issue du stage, les stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés par décision de l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination au vu notamment d'une attestation de suivi de la formation d'intégration établie par le Centre national de la fonction publique territoriale. (). Les adjoints techniques territoriaux principaux de 2e classe stagiaires qui n'ont pas été autorisés à effectuer un stage complémentaire, ou dont le stage complémentaire n'a pas été jugé satisfaisant, sont soit licenciés s'ils n'avaient pas auparavant la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur grade d'origine. ".

4. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé.

5. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait été alors mis à même de faire valoir ses observations. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment de sa fiche de poste en qualité d'agent de maitrise traitement de l'eau potable, que M. B avait, principalement, pour mission de superviser l'activité de l'unité de traitement de l'eau du site Warcq 6000, devait assurer les tournées courantes de contrôle et organiser quotidiennement le contrôle distant des installations via les outils de supervision, organiser le travail des agents placer sous ses ordres. Alors que la décision attaquée se borne à indiquer que les aptitudes professionnelle de l'agent ne sont pas assez satisfaisantes pour permettre sa titularisation en qualité d'agent de maîtrise, il ressort des écritures en défense que l'administration s'est fondée sur le fait que le dimanche 11 décembre 2021, il a manqué à ses obligations professionnelles en ne se déplaçant pas alors qu'une alarme s'était déclenchée, indiquant que le traitement de l'unité du site Warcq 6000 présentait un défaut de fonctionnement dans le système de chloration de l'eau. Il est établi que ce sont l'agent d'astreinte et son responsable qui sont intervenus afin de remettre en service la chloration de l'eau en marche forcée, évitant ainsi le risque d'une baisse du taux de chlore qui aurait pu être ressentie dans l'eau potable distribuée du secteur ouest de l'agglomération de Charleville-Mézières. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a tenté de masquer ces faits en portant dans le logiciel de suivi des informations erronées.

7. Toutefois, d'une part, la communauté d'agglomération des Ardenne ne fait valoir que ces faits pour motiver sa décision de refus de titularisation. D'autre part, les comptes rendus d'évaluations professionnelles de M. B font état d'une manière de servir globalement " très satisfaisante " en 2021 et 2022, nonobstant une croix cochée en " peu satisfaisant " à " sens du service public " ou une autre en " insuffisant " dans la case " respect de la hiérarchie ". Dans ces conditions, alors que l'insuffisance professionnelle ne peut résulter d'un acte ponctuel et isolé ou de difficultés passagères mais d'une manière de servir, prise dans son ensemble, révélant l'incapacité de l'agent à accomplir correctement les missions qui lui sont confiées dans le cadre normal de ses fonctions ou, s'agissant plus précisément d'un stagiaire, des fonctions auxquelles il peut être appelé, la communauté d'agglomération des Ardennes s'est essentiellement fondée sur l'incident du 11 décembre 2021, pour prendre la décision en litige. Or, il apparait manifeste que cet incident, aussi regrettable qu'il soit, constituait un acte ponctuel et isolé ayant le caractère d'une faute disciplinaire, ce qui est par ailleurs confirmé par la circonstance que ces mêmes faits ont été sanctionnés ultérieurement d'une exclusion temporaire de fonctions de trente jours, par un arrêté du 8 août 2022 suivant l'avis du conseil de discipline. Cet acte, alors que les appréciations portées sur le manière de servir de l'intéressé étaient positives, ne pouvait justifier à lui seul, un refus de titularisation. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, mettant fin à son détachement, lui refusant sa titularisation dans le grade d'agent de maitrise pour insuffisance professionnelle, et le reclassant dans son cadre d'emploi d'origine, était entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté de la communauté d'agglomération Ardenne Métropole du 7 avril 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

10. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement à ce qu'il soit enjoint d'office à la communauté d'agglomération Ardenne Métropole de réexaminer la question de la titularisation du requérant, dans le cadre d'emploi d'agent de maitrise consécutivement à sa fin de stage, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la communauté d'agglomération Ardenne Métropole demande au titre des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Ardenne Métropole, le versement de la somme de 1500 euros à M. B, au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint d'office à la communauté d'agglomération des Ardenne de réintégrer M. B, de réexaminer la question de la titularisation de M. B, dans le cadre d'emploi d'agent de maitrise, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La communauté d'agglomération Ardenne Métropole versera à M. B, la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération Ardenne Métropole.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. SOISTIER

Le président,

O. NIZETLa greffière,

I. DELABORDE

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