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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201024

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201024

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAS CABINET DEVARENNE ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 5 mai 2022, 8 août 2022, 12 mars 2024 et 22 mars 2024, M. A B, représenté par la Selas Devarenne Associés Grand Est, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2022 par laquelle le maire de Corribert lui a délivré, au nom de la commune, un certificat d'urbanisme opérationnel positif, en tant que son article 1er soumet la possibilité de réaliser l'opération envisagée à la réserve tenant à un avis favorable de la chambre d'agriculture au titre d'une dérogation au périmètre de réciprocité des exploitations agricoles ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Corribert une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le certificat d'urbanisme en litige est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il est fondé sur le périmètre de réciprocité des exploitations agricoles tel qu'il figure dans la carte communale de Corribert ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors que son projet respecte une distance de plus de 50 mètres avec le bâtiment d'élevage le plus proche de l'exploitation agricole à l'égard duquel la distance de réciprocité est applicable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, la commune de Corribert doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle doit être regardée comme soutenant que les moyens de M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- les conclusions de M. Torrente, rapporteur public,

- et les observations de Me Devarenne-Odaert, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé une demande de certificat d'urbanisme concernant la construction d'une maison d'habitation sur un terrain situé rue du centre à Corribert et cadastré B 251 et B 252. Le maire de Corribert a délivré, au nom de la commune, un certificat d'urbanisme opérationnel positif dont l'article 1er dispose " Le terrain, objet de la demande, peut être utilisé pour la réalisation de l'opération envisagée, sous réserve de l'avis favorable de la Chambre de l'Agriculture (dérogation au périmètre) et de l'application de l'arrêté d'alignement concernant le terrain et la rénovation de la grange ". Par sa requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté en tant qu'il comporte une réserve tenant à l'obtention de l'avis favorable de la chambre de l'agriculture.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque des dispositions législatives ou réglementaires soumettent à des conditions de distance l'implantation ou l'extension de bâtiments agricoles vis-à-vis des habitations et immeubles habituellement occupés par des tiers, la même exigence d'éloignement doit être imposée à ces derniers à toute nouvelle construction et à tout changement de destination précités à usage non agricole nécessitant un permis de construire, à l'exception des extensions de constructions existantes. () / Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, une distance d'éloignement inférieure peut être autorisée par l'autorité qui délivre le permis de construire, après avis de la chambre d'agriculture, pour tenir compte des spécificités locales. Une telle dérogation n'est pas possible dans les secteurs où des règles spécifiques ont été fixées en application du deuxième alinéa. () ".

3. Aux termes de l'article 153 du règlement sanitaire départemental de la Marne relatif aux règles d'implantation des bâtiments d'élevage ou d'engraissement : " () / 153.4 Sans préjudice de l'application des documents d'urbanisme existants dans la commune ou de cahiers des charges de lotissement, l'implantation des bâtiments renfermant des animaux doit respecter les règles suivantes: () / - les autres élevages, à l'exception des élevages de type familial et de ceux de volailles et de lapins, ne peuvent être implantés à moins de 50 m des immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers, des zones de loisirs et de tout établissement recevant du public à l'exception des installations de camping à la ferme ; / - les élevages de volailles et de lapins ne peuvent être implantés à une distance inférieure à 25 mètres pour les élevages renfermant plus de 50 animaux de plus de 30 jours et, à 50 mètres, pour les élevages renfermant plus de 500 animaux de plus de 30 jours, des immeubles habités ou normalement occupés par des tiers, des zones de loisirs ou de tout établissement recevant du public, à l'exception des installations de camping à la ferme. () ".

4. Aux termes du rapport de présentation de la carte communale de la commune de Corribert adoptée le 2 mai 2007 : " () deux exploitations pratiquant l'élevage sont soumises au Règlement Sanitaire Départemental (RSD), générant un périmètre de réciprocité de 50 m (cf carte jointe). / Contraintes : La distance d'implantation des bâtiments d'élevage, soumis au règlement sanitaire départemental, vis-à-vis des habitations occupées par des tiers et vis-à-vis des zones d'habitation par des documents d'urbanisme opposables aux tiers, est de 50 mètres. / L'article L. 111-3 du Code rural impose la même exigence d'éloignement pour toute construction, à usage d'habitation ou à usage professionnel, envisagée dans la périphérie des élevages et nécessitant une autorisation administrative de construire (). / Par dérogation, une distance d'éloignement inférieure peut être autorisée par l'autorité qui délivre le permis de construire, après avis de la chambre d'agriculture pour tenir compte des spécificités locales ". Sur le document graphique joint figurent deux cercles d'un diamètre de 50 mètres représentant le périmètre de réciprocité des exploitations agricoles, en précisant que ce périmètre a été défini d'après les informations fournies par les exploitants agricoles et qu'il " est susceptible d'évoluer en fonction de la réglementation ou des exploitations ".

5. Il résulte de ces dispositions que les règles de distance imposées, par rapport notamment aux habitations existantes, à l'implantation d'un bâtiment agricole en vertu, en particulier, du règlement sanitaire départemental, sont également applicables, par effet de réciprocité, à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme concernant une habitation située à proximité d'un tel bâtiment agricole. Il appartient ainsi à l'autorité compétente pour délivrer une telle autorisation ou un certificat d'urbanisme opérationnel de vérifier le respect des dispositions législatives ou réglementaires fixant de telles règles de distance, quelle qu'en soit la nature.

6. En l'espèce, si le document graphique de la carte communale de Corribert indiquant le périmètre de réciprocité des exploitations agricoles inclut le terrain d'assiette du projet en litige, il ressort des mentions relatives à ce document graphique, que ce dernier revêt un caractère purement indicatif et demeure sans préjudice d'une évolution postérieure tant des circonstances de fait que des dispositions précitées du règlement sanitaire départemental de la Marne auxquelles cette carte communale n'a pas entendu déroger. Dès lors, la distance de réciprocité doit être appréciée en fonction de la distance effective entre les bâtiments d'élevage et le bâtiment à usage d'habitation qui fait l'objet de la demande d'autorisation d'urbanisme à la date où l'autorité compétente statue sur celle-ci.

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour assortir le certificat d'urbanisme délivré à M. B de la réserve en litige tenant à l'avis favorable de la chambre d'agriculture, le maire de Corribert s'est seulement fondé sur le périmètre de réciprocité tel qu'il figure sur le document graphique de la carte communale de cette commune, sans tenir compte de la distance effective entre le projet et les bâtiments d'élevage existants au jour de sa décision. Ce faisant, le maire de Corribert a entaché sa décision d'une erreur de droit.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux est situé à plus de 50 mètres du bâtiment d'élevage à l'égard duquel un périmètre de réciprocité des exploitations agricoles de 50 mètres doit être respecté. Dès lors, le maire de Corribert a également entaché la réserve en litige d'une erreur de fait.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation du certificat d'urbanisme opérationnel positif du 9 mars 2022 en tant qu'il comporte la réserve tenant à un avis favorable de la chambre d'agriculture tel que prévu par l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Corribert une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 mars 2022 par laquelle le maire de Corribert a délivré, au nom de la commune, à M. B un certificat d'urbanisme opérationnel positif, est annulée en tant que son article 1er soumet la possibilité de réaliser l'opération envisagée à la réserve tenant à un avis favorable de la chambre d'agriculture au titre d'une dérogation au périmètre de réciprocité des exploitations agricoles.

Article 2 : La commune de Corribert versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Corribert.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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