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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201056

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201056

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP AUBERSON DESINGLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Desingly, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 8 novembre 2021 par laquelle le directeur de l'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille l'a suspendue de ses fonctions à titre conservatoire ;

2°) de mettre à la charge de l'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 8 novembre 2021 méconnaît les dispositions de l'article 30 de la loi n° 83-634 en ne limitant pas la durée de la suspension prononcée à son encontre ;

- la décision du 8 novembre 2021 est illégale car elle lui interdit d'entrer en contact avec ses collègues, les usagers de l'établissement ou leur famille.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 novembre 2022 et 5 octobre 2023, l'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille, représenté par la société d'avocats Houdart et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 février 2024 par une ordonnance du 23 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, qui était alors aide médico psychologique au sein de l'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille, a été suspendue de ses fonctions à titre conservatoire par une décision du 8 novembre 2021 édictée par le directeur de cet établissement. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes des dispositions de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. () "

3. La mesure provisoire de suspension prévue par ces dispositions législatives ne présente pas, par elle-même, un caractère disciplinaire. Elle est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. Elle peut être légalement prise dès lors que l'administration est en mesure d'articuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par la décision en litige, le directeur de l'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille a suspendu Mme A de ses fonctions à titre conservatoire à compter du 8 novembre 2021 sans préciser la durée de cette suspension. Si en application des dispositions précitées de l'article 30 de la loi n° 83-634 une telle suspension ne peut excéder une durée de quatre mois, aucune disposition n'impose à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire d'informer l'agent de la durée prévisible de la suspension, laquelle est fonction de la durée de la procédure disciplinaire engagée par ailleurs. De plus, aucune disposition n'impose d'informer l'agent de ce qu'il sera rétabli dans ses fonctions si, à l'issue d'un délai de quatre mois, aucune sanction n'est prononcée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait illégale du fait qu'elle n'indique aucune durée maximale de suspension doit être écarté.

5. En second lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'en application de la décision portant suspension de fonction, le directeur de l'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille a fait interdiction à Mme A d'entrer en contact avec les agents de cet établissement, ses usagers ainsi que leur famille, sans limiter cette interdiction à un cadre professionnel. L'objet d'une mesure de suspension à titre conservatoire étant d'écarter temporairement un agent du service, elle a pour effet de lui interdire de se rendre sur son lieu de travail et de faire usage des outils professionnels habituellement mis

à sa disposition. Cependant, une telle décision ne peut avoir pour effet d'interdire à un agent d'entrer en contact avec ses collègues ou des usagers du service en dehors du cadre professionnel. Par suite, la décision en litige, qui prescrit une telle interdiction, méconnaît, en cette mesure, les dispositions précitées de l'article 30 de la loi n° 83-634.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2021 en tant qu'elle lui interdit d'entrer en contrat " avec les salariés, les usagers et leurs familles ".

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 novembre 2021 par laquelle le directeur de l'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille a suspendu Mme A de ses fonctions à titre conservatoire est annulée en tant qu'elle interdit à Mme A d'entrer en contact " avec les salariés, les usagers et leurs familles ".

Article 2 : L'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille versa la somme de 1 500 euros à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Établissement départemental public d'accompagnement médico-social Jacques Sourdille.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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