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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201088

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201088

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 2ème chambre
Avocat requérantMAJNONI D'INTIGNANO-BUHAGIAR-JEANNIARD-PIZZOLATO-CHATRIOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai et 20 septembre 2022, M. A B et Mme D B, représentés par Me Chatriot, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite intervenue le 17 mars 2022 par laquelle la commune de Melay a refusé de leur communiquer l'entier arrêté n° 1785 du 18 avril 2019 et tout document attestant de son affichage, les autres arrêtés portant sur la source du Poncet, l'avis de l'hydrogéologue du 30 janvier 2019 et tout rapport technique et document de travail relatif à la détermination du périmètre de protection de la source du Poncet ;

2°) d'enjoindre à la commune de Melay de leur communiquer les documents administratifs sollicités, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Melay une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- les documents sollicités sont des documents administratifs communicables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le maire de la commune de Melay conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- sont produits à la présente instance l'arrêté n° 1785 du 18 avril 2019 et son annexe, l'avis de l'hydrogéologue du 30 janvier 2019, la délibération du conseil municipal du

10 décembre 2016 portant révision des périmètres de protection de la source du Poncet, la délibération du conseil municipal du 25 septembre 2020 qui approuve le devis du cabinet

Kolb-Bourrier aux fins d'établir des plans et états parcellaires de la source du Poncet en vue de l'organisation de l'enquête publique à venir, ainsi que divers courriers ;

- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 février 2023.

Un mémoire, présenté par la commune de Melay a été enregistré le 6 mars 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F C,

- et les conclusions de Mme E de Laporte, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont demandé à la commune de Melay, par des courriers des 14 avril, 14 juin et 3 décembre 2021, la communication l'arrêté n° 1785 du 18 avril 2019 et tout document attestant de son affichage, les autres arrêtés portant sur la source du Poncet, l'avis de l'hydrogéologue du 30 janvier 2019 et tout rapport technique et document de travail relatif à la détermination du périmètre de protection de la source du Poncet. En l'absence de réponse de la part de cette administration, ils ont saisi, le 20 janvier 2022, la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui a émis un avis le 17 février 2022. La commune ayant gardé le silence pendant les deux mois suivant la saisine de cette commission, une décision implicite est réputée être intervenue le 17 avril 2022 en rejet de ce recours administratif préalable. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler cette décision, en tant qu'elle leur refuse la communication des documents administratifs sollicités.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que la commune a communiqué dans la présente instance l'arrêté n° 1785 du 18 avril 2019 et son annexe, l'avis de l'hydrogéologue du

30 janvier 2019, la délibération du conseil municipal du 10 décembre 2016 portant révision des périmètres de protection de la source du Poncet, la délibération du conseil municipal du

25 septembre 2020 qui approuve le devis du cabinet Kolb-Bourrier aux fins d'établir des plans et états parcellaires de la source du Poncet en vue de l'organisation de l'enquête publique à venir, ainsi que divers courriers. Eu égard aux précisions apportées en réplique par les requérants, la demande de communication relative à tout rapport technique et document de travail relatif à la détermination du périmètre de protection de la source du Poncet doit donc être regardée comme ayant été intégralement satisfaite. Les conclusions tendant à la communication de ces documents sont donc devenues, dans cette mesure, sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de communication restant en litige :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, issu de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

4. Les requérants n'ont pas demandé les motifs du rejet implicite de leur demande au maire de la commune de Melay. En application des dispositions précitées, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. ". Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et

L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. "

6. Il résulte des dispositions du code des relations entre le public et l'administration que les documents doivent être existants pour pouvoir être communiqués. Par conséquent, l'administration n'est tenue de communiquer que les documents qu'elle détient. Il appartient, à ce titre, au juge administratif de tenir compte des allégations des parties pour apprécier si le document dont la communication est demandée existe bien et s'il est toujours aux mains de l'administration. Enfin, il revient à l'administration de démontrer qu'elle est dans l'impossibilité matérielle de produire les documents en cause.

7. Le maire de la commune a précisé dans ses écritures en défense être dans l'impossibilité d'attester de l'affichage de l'arrêté du 18 avril 2019. Compte tenu de cette impossibilité matérielle, qui n'est pas contestée, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la commune a refusé de leur communiquer l'ensemble des documents sollicités.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a plus lieu, partiellement, de statuer sur la demande de M. et Mme B et que le surplus des conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision implicite intervenue le 17 mars 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de justice :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, dès lors que les requérants ont été contraints d'introduire la présente requête afin d'obtenir communication de l'essentiel des documents sollicités, de mettre à la charge de la commune de Melay une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la communication des documents communiqués en cours d'instance.

Article 2 : La commune de Melay versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D B et à la commune de Melay.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La magistrate désignée,

S. C La greffière,

N. MASSON

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