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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201095

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201095

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 13 mai 2022, 23 mai 2022 et 8 décembre 2023, M. B A et Mme E A, représentés par Me Tourbier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le maire de Glannes a délivré, au nom de la commune, un permis de construire un établissement regroupant un stand de tir extérieur, un ciné tir, un magasin et un club-house à la société C du moulin du vent, sur un terrain situé Lieu-dit " C du moulin à vent " ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Glannes une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- si M. A est décédé avant l'introduction de ce recours, la requête est recevable dès lors que Mme A a la capacité à agir ; Mme A a, par ailleurs, intérêt à agir ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des articles R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il n'est pas établi que la société C du moulin à vent était propriétaire du terrain d'assiette du projet ;

- le dossier de demande de permis de construire était incomplet dès lors qu'il n'est pas établi qu'il comportait un plan cadastral, un plan de masse des travaux projetés, un plan en coupe du terrain et de la construction, une notice décrivant le terrain et présentant précisément le projet, un plan de coupe des façades, un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction dans son environnement et une photographie permettant de situer le terrain dans le paysage lointain ; il n'est pas établi que ces documents décrivent fidèlement l'état de l'environnement existant et l'impact du projet sur les lieux avoisinants et que le plan architectural comportait un plan de masse des constructions à édifier dans les trois dimensions et faisait apparaître les travaux extérieurs aux constructions ainsi que les plantations maintenues, supprimées ou créées ainsi que les modalités de raccordement du bâtiment principal aux réseaux publics ; il n'est pas établi qu'ont été joints à la demande les éléments prévus à l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme concernant les établissements recevant du public ; les avis visés dans l'arrêté en litige ne sont pas produits à l'instance ;

- il méconnaît l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dès lors que le projet n'est pas raccordable aux différents réseaux sans extension ou renforcement des réseaux ;

- il méconnaît les articles R. 111-2 et R. 111-3 du code de l'urbanisme et R. 1334-30 du code de la santé publique au regard des nuisances sonores pour le voisinage ; les prescriptions assortissant le permis de construire sont insuffisantes à cet égard ;

- il méconnaît les articles R. 111-2 et R. 111-3 du code de l'urbanisme dès lors qu'il comporte des risques en matière de sécurité des tiers et des usagers et que les prescriptions assortissant le permis de construire sont insuffisantes et imprécises ;

- la prescription dont est assorti le permis de construire concernant l'accès au projet est insuffisamment précise, et la faisabilité technique de l'aménagement de cette voie d'accès est douteuse, outre qu'elle ne permettra pas le croisement de deux poids lourds sur cet axe ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'impact visuel du projet sur son environnement naturel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle C du moulin à vent, représentée par Me Malblanc, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qui concerne M. B A, dès lors qu'il est décédé le 30 avril 2019 et qu'il n'a dès lors pas pu introduire cette requête ;

- elle est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 septembre 2022 et 22 décembre 2023, la commune de Glannes, représentée par la SELAS Devarenne associés Grand Est, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qui concerne M. B A, dès lors qu'il est décédé le 30 avril 2019 et en ce qui concerne Mme A faute de justifier d'un mandat donné à Me Tourbier pour introduire cette requête ;

- elle est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. B A était décédé avant l'introduction de la requête ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 avril 2024.

Dans le cadre des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le tribunal a sollicité auprès de la commune de Glannes, par un courrier du 13 mai 2024, la production de pièces complémentaires. Les pièces sollicitées ont été produites, enregistrées le 16 mai 2024 et communiquées.

Des observations ont été présentées par Mme A, enregistrées le 7 juin 2024 et communiquées en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- les conclusions de M. Torrente, rapporteur public,

- et les observations de Me Tourbier, représentant Mme A, et de Me Devarenne-Odaert, représentant la commune de Glannes.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 15 mars 2022, le maire de Glannes a délivré, au nom de la commune, à la société C du Moulin à Vent un permis de construire, assorti de prescriptions, pour l'édification d'un établissement, sous l'enseigne " Gun Experience ", regroupant un stand de tir extérieur, un ciné tir, un magasin intégrant une armurerie et un club house, sur un terrain situé lieu-dit " C du moulin à vent " sur le territoire de cette commune. M. et Mme A, propriétaires d'un bien dit " le château de Glannes " situé 1 grande rue sur le territoire de cette commune, demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir opposées aux conclusions présentées au nom de M. B A :

2. Il est constant que M. B A était décédé à la date de l'introduction de la requête. Il s'ensuit que, comme le font valoir la commune de Glannes, le préfet de la Marne et la société C du moulin à vent, la requête est irrecevable en tant qu'elle a été présentée par M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ". Aux termes de l'article R. 431-35 du même code : " () / La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une déclaration préalable. () ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient soutenir utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif.

5. Le formulaire de demande de permis de construire comportait l'attestation signée par la société C du moulin à vent selon laquelle elle disposait de la qualité pour présenter cette demande. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas allégué, que l'autorité compétente aurait disposé d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de cette demande ou faisant apparaître que ce pétitionnaire ne disposait d'aucun droit pour déposer cette demande. Au surplus, il ressort des pièces du dossier qu'un compromis de vente portant sur le terrain d'assiette du projet a été signé le 7 avril 2021 entre la commune de Glannes et M. D, incluant une clause de faculté de substitution que ce dernier a, en date du 7 septembre 2021, mise en œuvre en lui substituant dans cette opération la société C du moulin à vent alors en cours de constitution. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les articles R. 423-1 et R. 435-1 du code de l'urbanisme.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; /c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-7 du même code : " Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

7. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

8. D'une part, il ressort du dossier de demande de permis de construire en litige qu'étaient joints un plan cadastral, un plan de masse des travaux projetés, un plan en coupe du terrain et de la construction, une notice décrivant le terrain et présentant précisément le projet, un plan de coupe des façades, un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction dans son environnement et une photographie permettant de situer le terrain dans le paysage lointain. Contrairement à ce que fait par ailleurs valoir Mme A, ces documents ne présentent pas un caractère insuffisant.

9. D'autre part, le plan de masse des constructions à édifier ne comporte pas les dimensions de hauteur de celles-ci, ni ne fait précisément apparaître les plantations maintenues, créées ou supprimées en se bornant à indiquer une zone paysagère. Toutefois, les autres pièces du dossier de demande de permis de construire, et en particulier plusieurs autres plans, dont les plans de coupe, sur lesquels figurent les mesures des constructions dans les trois dimensions, et les plans de toitures sur lesquels est représentée l'implantation d'arbres, ainsi que les indications détaillées de la notice descriptive du projet et les documents graphiques et photographiques, ont été de nature à mettre l'autorité administrative en mesure d'apprécier la conformité du projet à la réglementation applicable.

10. Enfin, aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code ".

11. Il ressort des pièces du dossier qu'ont été joints à la demande de permis de construire en litige, un dossier permettant de vérifier la conformité des établissements recevant du public aux règles d'accessibilité et de sécurité contre l'incendie et la panique, ainsi qu'un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, ces dossiers ayant, d'ailleurs, donné lieu à des avis favorables assortis de prescriptions de la sous-commission départementale pour la sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public et les immeubles de grande hauteur le 6 janvier 2022 et de la sous-commission départementale pour l'accessibilité aux personnes handicapées le 16 décembre 2021.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit utile à cet égard que la commune produise l'ensemble des avis qu'elle a recueillis dans le cadre de l'instruction de la demande de permis de construire en litige, que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire entache d'illégalité l'arrêté attaqué.

13. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés ".

14. Mme A soutient qu'eu égard à son emplacement, le projet en litige n'est pas raccordable aux différents réseaux sans une extension ou un renforcement des réseaux et qu'aucune indication n'a été apportée sur les délais et les modalités d'exécution des travaux. Toutefois, d'une part, il ressort du courrier adressé par la société Enedis au service en charge d'instruire la demande de permis de construire que le raccordement du projet en litige pour une puissance de 36 kVA triphasé était réalisable sans aucune contribution financière de la collectivité publique. En outre, le permis de construire est assorti, à son article 2, de la prescription non contestée selon laquelle si le projet nécessitait une puissance supérieure, les travaux de desserte seraient financés par le demandeur. D'autre part, selon un avis de la communauté de communes Vitry, Champagne et Der du 29 novembre 2021, la parcelle constituant le terrain d'assiette est desservie par un réseau public d'eau potable et relève de l'assainissement non collectif. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme doit être écarté comme manquant en fait.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

16. Aux termes de l'article R. 1336-4 du code de la santé publique : " Les dispositions des articles R. 1336-5 à R. 1336-11 s'appliquent à tous les bruits de voisinage à l'exception de ceux qui proviennent des infrastructures de transport et des véhicules qui y circulent, des aéronefs, des activités et installations particulières de la défense nationale, des installations nucléaires de base, des installations classées pour la protection de l'environnement ainsi que des ouvrages des réseaux publics et privés de transport et de distribution de l'énergie électrique soumis à la réglementation prévue à l'article 19 de la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d'énergie. () ". Aux termes de l'article R. 1336-5 du même code : " Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité ". Aux termes de l'article R. 1334-6 du même code : " Lorsque le bruit mentionné à l'article R. 1336-5 a pour origine une activité professionnelle autre que l'une de celles mentionnées à l'article R. 1336-10 ou une activité sportive, culturelle ou de loisir, organisée de façon habituelle ou soumise à autorisation, l'atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme est caractérisée si l'émergence globale de ce bruit perçu par autrui, telle que définie à l'article R. 1336-7, est supérieure aux valeurs limites fixées au même article. / Lorsque le bruit mentionné à l'alinéa précédent, perçu à l'intérieur des pièces principales de tout logement d'habitation, fenêtres ouvertes ou fermées, est engendré par des équipements d'activités professionnelles, l'atteinte est également caractérisée si l'émergence spectrale de ce bruit, définie à l'article R. 1336-8, est supérieure aux valeurs limites fixées au même article. () ". Aux termes de l'article R. 1336-11 du même code : " Lorsqu'elle a constaté l'inobservation des dispositions prévues aux articles R. 1336-6 à R. 1336-10, l'autorité administrative compétente peut prendre une ou plusieurs des mesures prévues à l'article L. 171-8 du code de l'environnement ".

17. Il ressort des pièces du dossier que le projet comporte trois pistes de tir en extérieur, correspondant à une quinzaine de postes de tir, qui sont susceptibles d'exposer les habitations les plus proches, dont la plus immédiate est située à environ 150 mètres du projet et celle de la requérante à environ 250 mètres, à des nuisances sonores liées aux tirs. Cependant, et ainsi que le fait valoir la société C du moulin à vent, l'espace extérieur où se tiendront les tireurs est couvert par une couverture en bac acier et des buttes d'une dizaine de mètres de hauteur entoureront le projet notamment pour atténuer le bruit des tirs. En outre, les pas de tirs sont orientés dans une direction opposée à celle des habitations, la construction du projet étant par ailleurs interposée entre ces pas de tir et ces habitations. L'autorité en charge de l'instruction de la demande de permis de construire a en outre consulté l'agence régionale de santé Grand Est qui a rendu, en date du 22 novembre 2021, un avis favorable au projet sous réserve des prescriptions selon lesquelles le pétitionnaire devra prendre toutes les mesures nécessaires afin d'éviter toutes nuisances pour le voisinage et porter une attention particulière aux nuisances sonores, indiquant que le niveau de bruit généré par l'installation sera régi par les dispositions des articles R. 1334-30 et R. 1334-37 du code de la santé publique, qui ont été recodifiées depuis le 10 août 2017 respectivement aux articles R. 1336-4 et R. 1334-11 du même code, et qu'une étude d'impact acoustique devra être prévue dans le cadre de la réalisation de ce projet. L'arrêté portant délivrance du permis de construire comporte, en son article 5, une prescription tenant au strict respect des prescriptions ainsi édictées par l'agence régionale de santé Grand Est. Dans ces conditions, et eu égard aux mesures déjà prévues pour atténuer les nuisances sonores et à l'avis favorable de l'agence régionale de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en accordant le permis de construire pour le projet en litige, le maire de Glannes ait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ce moyen doit donc être écarté comme non fondé.

18. Aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. / Toutefois les dispositions des articles R. 111-3 () ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. () ".

19. Il est constant que la commune de Glannes est couverte par un plan local d'urbanisme. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme, lesquelles ne sont pas applicables en application de l'article R. 111-1 du même code. Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.

20. En sixième lieu, l'arrêté en litige est fondé notamment sur le motif selon lequel le projet reste incomplet sur la partie " espace tir " nécessitant d'inclure dans la réflexion de la conception et des dimensions de la sécurisation les circonstances que la ville de Vitry-le-François est située à 2,5 kilomètres du site, qu'il existe une maison individuelle à proximité et que la route départementale D2 est dans la zone de ricochet de 500 mètres, et que concernant le fusil, le cône de sécurité trajectoire directe (ogive passant au-dessus de la butte) impacte la route et des habitations. Ces risques liés à l'exploitation des pas de tirs extérieurs ressortent également d'un avis du 13 décembre 2021 de la Fédération française de tir, laquelle n'est pas compétente pour l'espace bâti mais uniquement sur l'homologation des sites de tir pour les règles sportives et les recommandations concernant la sécurité de l'installation, en particulier pour garantir l'" hermétisme " des stands de tir. Cependant, le permis de construire en litige est assorti d'une prescription, en son article 3, selon laquelle " Toutes dispositions nécessaires seront prises pour garantir la sécurité des usagers et des tiers, ainsi la partie du projet " espace tir " stand 25, 50 et 100 m, devra être complétée et inclure dans la réflexion de la conception les dimensions suivantes : - sécurisation des installations (conception de la butte de tir, piège à ogives, pare-balle, protections latérales, pas de tir, ) ; - sécurisation passive (accès au stand, accès aux cibles, ) ; sécurisation et protection des spectateurs ; Impact des nuisances sonores (proximité des habitations) ; Impact pollution (récupération ogives, aération des pas de tir, ) ". En accordant le permis de construire à la société pétitionnaire en l'assortissant de ces prescriptions, qui sont suffisamment précises et qui sont de nature à écarter les risques encourus pour la sécurité des usagers et des tiers au regard des pas de tirs, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le maire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

21. En septième lieu, l'arrêté en litige est assorti d'une prescription selon laquelle la stabilisation prévue du chemin d'accès existant à la route départementale n°602, au P.R.0+296, en agglomération, devra faire l'objet, avant le démarrage des travaux, d'une demande de permission de voirie faite par le pétitionnaire auprès des services de la circonscription sud-est des infrastructures et du patrimoine. Il ressort des pièces du dossier que ce service du département de la Marne, par un avis du 22 février 2022, a indiqué que ce projet n'appelait pas d'observations de sa part dans la mesure où les règles de sécurité en vigueur relatives à ce type d'établissement devront être respectées vis-à-vis des usagers de la route départementale, et que la stabilisation du chemin d'accès devra faire l'objet de la demande de permission de voirie reprise dans la prescription ci-avant. Cette prescription n'est, contrairement à ce que soutient Mme A, pas insuffisamment précise. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient Mme A, l'aménagement de ce chemin d'accès serait techniquement infaisable. Enfin, si Mme A fait valoir que deux poids lourds ne pourront pas se croiser sur ce chemin d'accès même après son aménagement, et à supposer qu'elle soulève à cet égard une méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme précité, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que la prescription ainsi imposée ne permettrait pas d'assurer la desserte de la construction projetée dans des conditions suffisantes de sécurité. Les moyens soulevés par Mme A concernant l'accès au site doivent donc être écartés.

22. En dernier lieu, le projet est situé dans la zone 1AUX du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Glannes, qui correspond à une zone d'urbanisation future réservée aux activités économiques et aux installations classées pour la protection de l'environnement. Aux termes de l'article 1AUX 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " En application de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme, le permis de construire peut-être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages, naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

23. Il ressort des pièces du dossier que le projet correspond à la destination des parcelles en zone 1AUX précédemment indiquée. Il est, en outre, situé dans un environnement de vaste plaine agricole, à l'écart de la partie urbanisée de la commune de Glannes, ce site ne présentant pas d'intérêt particulier au sens des dispositions précitées. En outre, le projet qui s'intègre dans une ancienne carrière, sera masqué par de hautes buttes de terre et des arbres de l'actuel site qui seront conservés. Dès lors, Mme A, qui se borne à invoquer l'impact du projet sur les lieux avoisinants, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 1AUX 11.1 précité.

24. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Glannes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros à verser respectivement à la commune de Glannes et à la société C du moulin à vent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la commune de Glannes et à la société C du moulin à vent une somme de 1 500 euros chacun, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à la commune de Glannes, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société par actions simplifiée unipersonnelle C du moulin à vent.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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