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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201353

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201353

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - 3ème chambre
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2022, M. C B, représenté par Me Pierre-Henry Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 février 2022 par laquelle la commission des recours amiables de la caisse d'allocations familiales de l'Aube a confirmé la décision du 26 novembre 2021 mettant à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 1 420,03 euros constitué sur la période du 1er juillet au 30 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Aube de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement de lui accorder une remise totale de dette ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Aube le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée ne comporte pas la signature de son auteur, la signature de la secrétaire de la commission sur le courrier de notification ne pouvant pallier cette absence de signature ;

- la décision attaquée ne mentionne pas le décompte de l'indu ;

- les retenues mensuelles ont été pratiquées en méconnaissance des dispositions de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale ;

- la preuve de l'assermentation de l'agent ayant procédé au contrôle n'est pas rapportée ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- l'erreur déclarative quant au type de ressources n'a pas conduit à l'omission de déclaration de certaines ressources ;

- l'origine de l'erreur se trouve non pas dans une volonté de frauder mais dans un manquement de la caisse d'allocations familiales à son devoir d'information.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 6 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours amiable doit contenir outre la signature de son auteur, la mention en caractères lisibles de ses nom, prénom et qualité. S'agissant d'un organisme collégial, il est satisfait à ces exigences dès lors que la décision prise comporte la signature de son président, ou de l'ensemble de ses membres présents, accompagnée des mentions en caractère lisibles prévues par cet article. Enfin, l'article L. 212-2 du même code dresse la liste des décisions dispensées de la formalité prescrite par l'article L. 212-1 précité.

3. La décision de la commission de recours amiable en date du 7 février 2022 ne comporte pas la signature de son auteur. Dans l'hypothèse où la commission de recours amiable aurait désigné un président, il appartenait à celui-ci de signer la décision. Dans l'hypothèse où aucun président n'aurait été désigné, il appartenait à chacun des membres de la commission d'apposer sa signature sur la décision. La production par le défendeur de la feuille d'émargement de la réunion du 7 février 2022 n'est pas de nature à satisfaire aux exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration précité. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Aube du 7 février 2022 confirmant l'indu de prime d'activité d'un montant de 1 420,03 euros pour la période du 1er juillet au 30 novembre 2021.

5. Le présent jugement, qui annule pour un motif de forme la décision confirmant l'indu de prime d'activité mis à la charge de M. B, n'implique pas nécessairement la décharge de l'obligation de payer cet indu. Il y a seulement lieu d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Aube de lui rembourser les sommes le cas échéant récupérées au titre de l'indu de prime d'activité, sauf à ce que l'autorité administrative ne reprenne régulièrement, et sous réserve qu'une règle de prescription n'y fasse obstacle, dans un délai de quatre mois suivant la notification du présent jugement, une nouvelle décision de récupération de l'indu de prime d'activité.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Desfarges en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 février 2022 de la commission des recours amiables de la caisse d'allocations familiales de l'Aube confirmant un indu de prime d'activité à la charge de M. B pour un montant de 1 420,03 euros pour la période du 1er juillet au 30 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de l'Aube de rembourser à M. B les sommes éventuellement récupérées au titre de l'indu de prime d'activité annulé au point précédent, sauf à ce que l'autorité administrative ne reprenne régulièrement, dans un délai de quatre mois suivant la notification du présent jugement, une nouvelle décision de récupération de cet indu de prime d'activité.

Article 3 : L'Etat versera à Me Desfarges une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à Me Pierre-Henry Desfarges.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

P. ALe greffier,

Signé

A. PICOT

No 2201353

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