mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2201378 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juin 2022, M. C A, représenté
par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le préfet de la Marne a refusé
de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou,
à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard,
et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions
de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Concernant la décision portant refus de titre de séjour :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation au regard de son ancienneté professionnelle, de ses qualifications et de ses expériences professionnelles dans les conditions fixées par la circulaire INTK1229185C
du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour ;
- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code
de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne
de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Concernant la décision lui octroyant un délai de départ volontaire :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle doit être annulée par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter
le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations
de l'article 7 de la directive 2008/115/CE ;
Concernant la décision fixant le pays de destination :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- elle doit être annulée par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter
le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne
de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête de M. A a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour
des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né en 1988, serait selon ses dires entré sur le territoire français en mars 2017 muni d'un visa de court séjour valable du 18 janvier 2017
au 16 juillet 2017. Il s'est maintenu en France après l'expiration de ce visa et a déposé,
le 2 août 2021, une demande de régularisation de son séjour par le travail sur le fondement
de l'article 3 de l'accord franco-tunisien auprès des services de la préfecture de la Marne. Par un arrêté du 23 mai 2022, le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé
à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur les moyens communs aux décisions :
2. M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire
de l'arrêté attaqué, a reçu, par un arrêté préfectoral du 4 avril 2022 régulièrement publié
le 5 avril 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Marne, délégation
à l'effet de signer tous actes relevant de la compétence de l'Etat dans le département,
à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière
de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions et stipulations applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile et de l'accord franco-tunisien de 1988. Elle comporte également
les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
4. Il ne ressort pas des termes de la décision en litige que le préfet de la Marne se soit abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de M. A. Contrairement
à ce que le requérant soutient, le préfet a fait état dans sa décision de son contrat de travail
à durée indéterminée conclu le 4 mars 2020 en qualité de technicien fibre optique mais il ne peut être reproché au préfet de n'avoir pas pris en compte ce contrat dès lors qu'aucune demande d'autorisation de travail ou de titre de séjour " salarié " n'avait été déposée auparavant
et que M. A est ainsi employé irrégulièrement. Il s'ensuit que le moyen d'erreur de fait doit être écarté.
5. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixe notamment les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner
en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien
du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée,
un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1, s'agissant d'un point déjà traité
par l'accord franco-tunisien. Toutefois, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet
de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble
des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments
de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A, qui a sollicité
la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé, ne peut utilement se prévaloir, dans la présente instance, des dispositions
de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En outre, et à supposer que M. A soit regardé comme soutenant que le préfet
de la Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage
de son pouvoir de régularisation, il ressort des pièces du dossier que le requérant se prévaut
de son activité professionnelle en tant que technicien de fibre optique depuis le 8 avril 2019
et de son ancienneté de séjour sur le territoire français. Toutefois, s'il ressort des pièces
du dossier que le requérant est présent sur le territoire français depuis l'année 2017, l'intéressé s'y est maintenu irrégulièrement après l'expiration de la validité de son visa. Par ailleurs, bien que M. A puisse se prévaloir d'une intégration professionnelle, ce seul élément n'est pas suffisant compte tenu des conditions du séjour en France de l'intéressé pour établir que le préfet de la Marne, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions et stipulations applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme
et des libertés fondamentales. Elle comporte également les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue
une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale,
à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement
et alors que M. A n'établit, ni même n'allègue, entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français, le moyen tiré
de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :
11. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Elle comporte également les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite,
cette décision est suffisamment motivée.
12. M. A n'étant pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre
de la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours doit être écartée.
13. Aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen
et du Conseil du 16 décembre 2008 relatives aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier :
" La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire () Si nécessaire, les Etats membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux () ".
Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :: " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
14. Si le requérant soutient que le préfet de la Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, il se borne, à l'appui de ce moyen, à soutenir qu'il présente des circonstances particulières sans, toutefois, apporter de précisions sur ce point. Par ailleurs, il n'indique pas davantage quel délai aurait dû lui être accordé. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
15. M. A n'étant pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre
de la décision portant fixation du pays de destination doit être écartée.
16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Le requérant, qui n'a pas présenté de demande de protection internationale, ne fait état d'aucun risques sérieux, actuels et personnels auxquels il serait exposé en cas de retour en Tunisie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions
à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A
et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président-rapporteur,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Gauthier-Ameil, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
L'assesseur le plus ancien,
dans l'ordre du tableau,
Signé
P-H. MALEYRELe président-rapporteur,
Signé
P. B
Le greffier,
Signé
A. PICOT
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