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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2201379

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2201379

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2201379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 17 juin 2022, 21 juin 2022 et 7 octobre 2022, M. D F, représenté par Me Bazin, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération du 8 novembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Bairon et ses environs a décidé de vendre la parcelle située rue de l'Église et cadastrée 261 B 208 à M. B Chopin et Mme E A ;

2°) d'enjoindre à la commune de Bairon et ses environs de verser aux débats le rapport écrit de l'étude technique rédigé par le SIAEP et assainissement non collectif de Louvergny relatif à la parcelle 261 B n° 208 ainsi que le rapport du SPANC des crètes pré-ardennes concernant l'assainissement individuel de la même parcelle à la suite du transfert, sous astreinte de 500 euros par jour de retard après l'expiration d'un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bairon et ses environs une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération attaquée est irrégulière au regard de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales en raison de l'influence exercée par la tante de M. Chopin, conseillère municipale ;

- l'information des conseillers municipaux a été insuffisante au regard de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, dès lors qu'ils n'ont été destinataires que des lettres de volonté d'achat de M. F et de M. Chopin et Mme A, et d'aucun document écrit concernant l'impossibilité technique de pouvoir installer un système d'assainissement non collectif sur la moitié de la parcelle en cause ; ils n'ont pas non plus été informés de l'antériorité de ses démarches pour acquérir cette parcelle, de ce qu'il avait engagé la procédure de déclaration de bien sans maître et de ce que sa profession de vétérinaire lui impose des gardes et des sorties en urgence et que la parcelle en cause lui aurait permis, à cet égard, de stationner en dehors de sa cour ;

- c'est à tort que seule la proposition de vendre la parcelle dans son intégralité à M. Chopin et Mme A a été mise au vote ;

- il a fait l'objet d'une discrimination ;

- la délibération est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 août 2022 et 1er décembre 2022, la commune de Bairon et ses environs conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. B Chopin et Mme E A, qui n'ont pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 3 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- et les conclusions de M. Torrente, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Bairon et ses environs a, par une délibération du 24 septembre 2018, décidé d'engager une procédure de reconnaissance de parcelle sans maître concernant la parcelle située rue de l'Eglise, cadastrée 261 B 208 et d'une superficie de 2a et 28ca. Cette parcelle est contiguë à la maison d'habitation cédée, par acte du 23 août 2018, par la commune à M. Chopin et Mme A et est par ailleurs située en face de la propriété de M. F. Par arrêté du 8 juillet 2019, le maire de Bairon et ses environs a engagé une procédure d'appréhension de cette parcelle. A la suite de cet arrêté, M. F, d'une part, et M. Chopin et Mme A, d'autre part, ont manifesté auprès de la commune leur souhait d'acquérir cette parcelle. Par une délibération du 8 novembre 2021, le conseil municipal a estimé la valeur de la parcelle à 4 000 euros et a décidé de la vendre à ce prix à M. Chopin et Mme A. Par courrier du 16 février 2022, M. F a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette délibération pour en demander le retrait, qui a été implicitement rejeté. Par sa requête, M. F demande l'annulation de la délibération du 8 novembre 2021 du conseil municipal de la commune de Bairon et ses environs.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité. De même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation préalable ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération.

4. Mme C G, membre du conseil municipal de Bairon et ses environs et tante de Mme A, a, lors de la seconde réunion de concertation le 1er octobre 2021 avec le maire, son adjoint, M. F et M. Chopin, assisté ce dernier en qualité de membre de sa famille et non en qualité de conseillère municipale. S'il ressort d'une attestation du maire qu'elle s'est bornée à poser des questions et à prendre des notes, elle doit ainsi être regardée comme intéressée à l'affaire. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la délibération en litige que Mme G, qui a pris part à la séance du 8 novembre 2021, n'a pas participé au vote concernant l'attribution de la parcelle à M. Chopin et il n'est ni allégué ni établi qu'elle aurait participé au débat qui l'a précédé. La désignation de M. Chopin et Mme A comme acquéreurs de la parcelle a été adoptée avec une large majorité par les conseillers municipaux avec quatorze voix pour, deux voix contre et deux abstentions. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la participation de Mme G a été de nature à exercer une influence sur la délibération en litige et à vicier la procédure à l'issue de laquelle elle a été adoptée. Ce moyen doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ". En application de ces dispositions, le maire est tenu de communiquer aux membres du conseil municipal les documents nécessaires pour qu'ils puissent se prononcer utilement sur les affaires de la commune soumises à leur délibération.

6. D'une part, M. F fait valoir que lors de la réunion du conseil municipal du 8 novembre 2021, le maire a oralement indiqué détenir une copie d'une étude selon laquelle l'installation d'un système d'assainissement non collectif pour l'habitation de M. Chopin et Mme A ne nécessitait que la moitié de la parcelle à attribuer sans cependant l'avoir communiquée aux conseillers municipaux avant ou pendant la séance. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des attestations du maire des 14 décembre 2021 et 2 février 2022, de celle du président de la communauté de communes des Crêtes préardennaises du 10 août 2022, selon laquelle le service public d'assainissement non collectif (SPANC) de cette communauté n'a pas établi de rapport d'examen préalable à la conception de la filière d'assainissement non collectif sur la parcelle en litige, et de celle du président du syndicat intercommunal d'adduction d'eau potable (SIAEP) de la région de Louvergny du 8 août 2022 aux termes de laquelle le SPANC, en tant que mandataire du SIAEP, n'a pas établi de rapport d'assainissement pour ce terrain, qu'une telle étude n'existait pas à la date de la délibération litigieuse. Si M. F fait valoir qu'un conseiller technique du SPANC lui a confirmé la réalisation de ladite étude par téléphone le 8 décembre 2021, cette seule allégation ne saurait établir l'existence d'une telle étude et contredire les attestations précédemment mentionnées, et ce alors même que la commission d'accès aux documents administratifs a admis le principe de son caractère communicable. Dans ces conditions, M. F n'est pas fondé à soutenir que les conseillers municipaux n'ont pas été suffisamment informés concernant l'impossibilité d'installer une filière d'assainissement non collectif sur la moitié de la parcelle au seul motif qu'une étude technique permettant d'établir cette impossibilité, dont il n'est pas établi qu'elle existait à la date de la délibération, ne leur a pas été communiquée.

7. D'autre part, M. F fait valoir que le conseil municipal n'a pas eu connaissance de l'ensemble des éléments nécessaires à l'examen de son offre d'acquisition et tenant notamment aux circonstances selon lesquelles il est à l'origine de la procédure de reconnaissance de bien sans maître concernant cette parcelle, il a manifesté son souhait d'acquérir cette parcelle depuis 2013 et la possibilité de stationner, hors de sa cour fermée par un portail, sur la parcelle en cause lui serait utile pour pouvoir accéder rapidement à son véhicule lors de ses gardes de nuit et de week-end en qualité de vétérinaire. Toutefois, la commune fait valoir dans son mémoire en défense, sans être contredite, que l'assemblée délibérante a examiné cette nécessité de stationnement, en relevant que M. F disposait d'autres solutions et avait d'ailleurs automatisé son portail à la date de cette délibération. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la circonstance que M. F ait cherché à établir l'absence de propriétaire et manifesté son souhait d'acquérir cette parcelle depuis 2013, constituait une information nécessaire pour que les membres du conseil municipal puissent délibérer en connaissance de cause.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à soutenir que la délibération en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 2121-13 précitées. Par suite, ce moyen doit être écarté comme non fondé.

9. En troisième lieu, il ressort de la délibération litigieuse que la cession de l'intégralité de la parcelle à M. Chopin et Mme A a recueilli quatorze votes favorables, deux contre et deux abstentions. Dans ces conditions, et eu égard aux résultats de ce vote, il n'appartenait pas à l'assemblée délibérante de voter sur les autres hypothèses envisagées de cession, dont celui d'une cession par moitié de la parcelle à chacun des candidats. Ce moyen doit donc être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'a retenu le conseil municipal, la moitié de la parcelle aurait pu suffire à l'installation de la filière d'assainissement pour la maison de M. Chopin et Mme A. Si M. F produit un croquis réalisé par ses soins selon lequel l'installation d'une microstation d'assainissement non collectif serait possible sur la moitié de la parcelle, ce seul croquis, qui ne fait apparaître aucun réseau de raccordement à l'habitation ni épandage en fonction du modèle de filière, ne saurait établir l'absence d'impossibilité technique d'installer la filière sur cette portion du terrain. En outre, si M. F se prévaut de ses démarches depuis 2013 pour solliciter l'acquisition de la parcelle auprès de la commune, ainsi que l'utilité de pouvoir stationner sur la parcelle en litige dans le cadre de ses gardes en qualité de vétérinaire, ces éléments ne sont pas de nature à établir que la délibération en litige, qui a retenu M. Chopin et Mme A, propriétaires de la maison contigüe, comme acquéreurs pour leur permettre de réaliser la filière d'assainissement précédemment évoquée, serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. En cinquième lieu, si M. F soutient avoir fait l'objet d'une discrimination, il n'assortit toutefois pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de solliciter la production des pièces demandées, que la requête de M. F doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à la commune de Bairon et ses environs, à M. B Chopin et à Mme E A.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

Mme Castellani, première conseillère,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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